jeudi, 05 mars 2009
Ah, la criiiiiise !
Sapiens sapiens, définition : animal bipède terrestre en crise perpétuelle.
Crise de foie, crise de foi, crise de nerfs, crise du logement, crise amoureuse, crise de l'édition, crise cardiaque, crise des valeurs, crise morale, crise de l’emploi, crise économique, crise familiale….tout plein de crises. Partout des crises. Un univers de crises, le sapiens sapiens.
Sans doute faudra t-il attendre, mais pas certain qu’il arrive un jour, homo sapiens sapiens sapiens pour en finir enfin avec cet état de déséquilibre permanent dans lequel est englué l’animal le plus intelligent de la planète.
Alors, comment peut-il être toujours en crise, s’il est si intelligent que ça ? Hé ben, parce qu’il est en perpétuelle crise d’intelligence justement. C’est ça, le gros hic.
Tiens, au hasard, une crise financière, qu’est-ce que c’est ? hein ? Qu’est-ce que c’est que ça ? Alerte rouge : le monde connaît une crrrriiiiise financière énooooorrrrme !
On tremble d’effroi dans les chaumières et le vent furibond secoue les volets tout de guingois. On claque des dents. Une crise financière ? Où ça ? Comment ça ?
Dans les chaumières, on panique à juste titre que soit annoncé, d’en haut, de très haut, des olympes métaphysiques, du château, du palais, un événement catastrophique qui tomberait comme des cheveux gras sur la soupe qui ne l’est pas, événement avec lequel on vit depuis la nuit des temps…Pas de sous pour faire réparer le toit, pas de sous pour changer la voiture, pas de sous pour les vacances, pas de sous pour aider le gamin à se lancer dans sa vie, pas de sous pour aller au théâtre, pas de sous pour goûter les grands crus, pas de sous pour rembourser les dettes qu’on a contractées parce qu’on n'avait pas de sous…….Bref, c’est quoi la crise, hein, qu’est-ce qu’ils nous veulent encore, avec leur crise ?
Crise pas, je t’explique. La crise financière, c’est quand les banques ont plus d’sous ! Plus d’sous, les banques ? Alors ça, c’est la tuile ! Comment on va faire pour leur en emprunter, des sous, qui rembourseraient ceux qu’elles nous avaient gentiment prêtés pour acheter de quoi vivre un peu ? Hein ?
T’énerve pas, Chaumière…Tu me fais penser au manant d’avant la tête à Louis XVI qui se désolait parce que le seigneur du voisinage n’avait plus assez de fortune pour se payer de beaux équipages qui forceraient bientôt le cerf et le goupil dans ses blés en herbe.
Les banques ont plus d’sous parce qu’elles ont acheté trop d’argent. Voilà tout.
Ah ? Je savais que les banques vendaient de l’argent. Je savais pas qu’elles en achetaient.
Si. Beaucoup même. Le tien, par exemple. Celui que tu n’as jamais eu. Ta vie, si tu préfères...
Glups ? ! ?
Oui, mon gars, c’est comme ça…Et, à force, les banques, comme elles ont acheté de plus en plus de sous, elles n’ont plus eu de vrais sous pour acheter des vrais sous, alors elles ont acheté des sous qui n’existaient pas avec des sous qu’elles n’avaient pas…Tu me suis ?
Non. Pas trop.
Pas grave. Contente-toi de savoir que c’est ça, la crise financière. Des trucs qui sont en train de crever pour n’avoir jamais existé. Comme un gars qui n'aurait jamais mis les pieds sur terre et qui se mettrait en tête de vouloir y revenir !
C’est grave ça !
Ben oui, c'est grave ! Ecoute, Chaumière, je veux pas te faire trop la leçon, mais il faut que je t’explique quand même le mot… La crise, en fait, ça ne veut pas dire ça…C’est un vieux mot. Un mot aussi vieux que toi, Chaumière. Ça vient du 14ème siècle, tu vois que c’est pas d’hier…Crisis, « le moment le plus grave d’une maladie… »….Hé, pour qu’il y ait crise, faut donc une maladie avant…Tu vois ?
Je commence, oui… Je commence...Qu’est- ce qu’on fait, alors ?
Ecoute, si tu peux t’approcher du malade, si, par hasard, mais n’y compte pas trop, il est bien gardé ; Si tu pouvais quand même te porter à son chevet, subrepticement, tu sais quoi ?
Non ?
Fais-toi sapiens sapiens sapiens, Chaumière : débranche les tuyaux.
15:28 Publié dans Critique et contestation | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
| Tags : littérature |
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Commentaires
"elles ont acheté des sous qui n’existaient pas avec des sous qu’elles n’avaient pas." Que voilà un bon résumé!
Ecrit par : Feuilly | lundi, 02 mars 2009
N'est-ce pas ?
Et sois certain que les sous que débloquent les Etats pour les sortir du merdier, n'existent pas plus...
Regarde Sarkozy en ce moment : Il te sort des milliards d'euros comme qui rigole, comme ça, hop !!!! Lapin blanc qui s'extirpe d'un coup d'écritures magiques du chapeau du saltimbanque !
Ecrit par : B.Redonnet | lundi, 02 mars 2009
Et Larosière, lecteur, tu connais Larosière ? Pas l'arroseur-arrosé, de Larosière, nom du rapport sur quoi se base le projet-de-réforme-complète-du-système-financier-imaginé-par-la-Commission-youropéenne.
Laquelle Commission ne se mêlera que d'empêcher une "concurrence déloyale entre les Etats".
Lesquels Etats ont à choisir la manière "de sauver le système bancaire national : par une structure de défaisance, une bad bank ou des garanties".
Laquelle Commission youropéenne insiste pour que soit publiée avant l'intervention des gouvernements "l'exposition aux actifs toxiques."
C'est-y pas beau tout ça ? Ne sommes-nous t'y pas, citoyens, protégés du risque systémique ? De quoi t'y qu'on s'plaint ?
Ecrit par : michèle pambrun | jeudi, 05 mars 2009
Non, ça n'est pas beau ! C'est grand, c'est généreux, c'est magnifique !
AH, les doux philanthropes qu'au guidon nous avons !
Toujours à penser des solutions, des trucs pas possibles qu'on comprend même pas les virgules mais qui sont pour protéger notre bonheur et nous qui sommes là à grincher, à bougonner, pinailleurs jamais contents !
Ingrats ! Des ingrats que nous hommes !
Gloire à tous les Larosière ! Qu'on leur élève des monuments et si le peuple ignare ne vient pas s'y signer, qu'au moins les chiens errants soient autorisés à venir pisser dessus !
Ecrit par : Bertrand .R | jeudi, 05 mars 2009
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