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vendredi, 21 décembre 2007
Le bonheur

Dans un monde où le malheur des gens est planifié, seul le bonheur est subversif
09:44 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : litterature
mercredi, 12 décembre 2007
Bientôt dans toutes les bonnes pharmacies
J'ai un ami en France.
Enfin, j'en ai plusieurs, mais celui-ci, c'est un vrai...J'ai partagé avec lui, pendant deux ans, la joie de jouer Brassens en public.
Vous le connaissez, donc aussi ses poésies, ses doutes, ses colères, ses désirs, ses convictions, ces dernières pouvant muer puisqu’elles sont au vécu et non récitées. Vous vous demandez alors ce que vous allez découvrir que vous ne sachiez déjà.
Surtout quand vous vivez depuis plusieurs années loin du berceau linguistiquo-affectif.
Eh ben là, totale fut la surprise et ma première critique fut bien : « Ah, le salaud ! »
Parce que voilà un livre où l’écrivain a réussi cette irrévérence de n’écrire que quatre pages sur soixante huit ! Or, il est partout, dans chaque page, dans chaque ligne, dans chaque mot, dans chaque virgule et…dans tous les traits de crayon.
Ce livre sent mon copain à plein nez : désespoir tourné en dérision, regard désabusé mais toujours joyeux sur les frasques et le grotesque des imbéciles heureux qui font les grands d'ce monde.
J’ai écrit un jour à Dominique que la mélancolie était la révolte du quinquagénaire. Je rectifie que c’est aussi son éclat de rire.
La poésie, celle qui accompagne le monde de ses sarcasmes, de sa révolte autant que de son humour, celle que l’on porte en soi, n’a pas de copyright et n’appartient qu’à celui qui sait la lire.
Preuve en est faite.
C’est ainsi que ce livre se chante aussi, autant qu’il se dit ou qu’il se regarde.
Les textes de Georges Brassens sont ici détournés dans ce qu’ils ont d’absolu – je préfère l’absolu à l’intemporel - et semblent avoir été écrits pour tous ces dessins qui, eux, sont pourtant ponctuels.
L’illusion est parfaite. L’erreur de parallaxe est juste. Brassens était bien, parmi une foule d’autres choses, un humoriste de grand talent et Dominique a réussi la magie de faire se rencontrer deux regards d’une intelligence féroce.
Cette rencontre a eu lieu chez lui et c’est ce dont il nous rend compte.
J’ai au final cette conviction qui me peine beaucoup : Tous les négligents qui ne liront pas ce livre ou, pire encore, tous les béotiens qui se permettront la fantaisie de ne pas l’aimer, seront morts en 2523."
Bertrand REDONNET
Auteur de « Brassens, poète érudit » (Arthemus)
08:33 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : litterature
mardi, 04 décembre 2007
Tranches de vie
J’ai pris ma revanche beaucoup plus tard, par hasard.
Je suis content d’être passé par là parce que j’ai trouvé, bien à l’abri du vent derrière des portes closes, tout un microcosme plaisant et souterrain dont j’ignorais complètement les mœurs et la philosophie singulières.
Ce que je trouve accablant tout de même, c’est que j’ai croisé dans ces couloirs jaune pâle de l’ennui, quelques jeunes gens brillants, toutes lueurs en bon éveil sur le monde et que, étant appelé quelques années plus tard à commercer avec eux, je me suis aperçu qu’ils n’avaient plus sous leurs cheveux bien peignés qu’une machine à photocopier des raisonnements.
Au début, j’étais à peu près aussi confortablement installé là qu’un poisson peut l’être dans un tas de paille, ne sachant pas comment il fallait se tenir, quel déguisement adopter, ce qu’il fallait dire et surtout, c’est au final assez désobligeant, ce qu’il fallait faire. Puis lâchement, je me suis habitué. Faut dire que j’étais passablement fatigué et comme tout le monde là-dedans semblait épuisé, j’ai fini par me fondre dans la masse, comme le merle blanc de Musset.
Tout cela n’est pas très reluisant. Pour raconter vraiment, en ne blessant personne et pour rendre justice tout de même à quelques-unes de mes rencontres là-bas, il me faudrait besogner à un autre livre ou plutôt réaliser une bande dessinée qui amuserait tous ceux qui n’ont rien d’autre à faire.
Entre tout ce temps, de mes primes et brèves velléités de sociologue à celles plus mûres de fonctionnaire, j’ai usiné un peu en usine. Ce fut une bien douloureuse consternation de découvrir que les artisans de mes puérils idéaux de bonheur universel, de justice et de liberté pouvaient ressembler à ces gens qui me traitaient de voyou si j’osais apostropher un tant soit peu leur prolétarienne condition. Je suis parti en courant pour vérifier dans mes livres de cuisine si c’était bien d’eux dont j’avais entendu parler ou si je ne m’étais pas trompé d’adresse. Pas d’erreur, c’étaient bien ces apôtres qui devaient soulever le joug. Considérant l’ampleur dramatique du quiproquo, j’ai refermé les livres. Des amis, des vrais, des mélancoliques, des généreux, des apaches qui avaient marché jusques là pour retrouver eux aussi la saine odeur d’une tribu, qui avaient également refermé les livres de cuisine, sont venus.
Avant cela, j’ai oublié de dire que je m’étais un peu promené quelque temps dans l’instruction publique. Je n’ai reconnu ni mon instituteur ni mon professeur de français-latin, alors j’ai claqué la porte au nez d’un énorme apparatchik qui prétendait, avec juste raison peut-être, que j’étais toujours en retard.
La tentative m’ayant consommé pas mal d’énergie, je me suis longtemps reposé avant d’être pris d’une espèce de Rousseauisme, aussi subit qu’intempestif. Voilà que je me fis bûcheron. Retour aux sources de mon enfance bien aimée, aux valeurs de la tendre nature boisée où batifolent sous la brise légère des clochettes sauvages et où chantent, guillerets, les petits oiseaux du printemps.
Comme j’avais pris froid aux mains et comme j’avais tout de même beaucoup besogné, dans l’ombre et sous les brûlures du solstice, sous la pluie et dans le vent, dans la poussière des étés autant que dans les boues de l’hiver, c’est à ce moment-là que je suis allé faire un somme réparateur dans un faux vrai fauteuil d’inutilité publique.
J’en ai donc terminé de ce tour d’horizon. J’ai sans doute omis quelques contours mais dans l’ensemble, vous voyez que je ne vous ai pas menti. Il n’y a pas là de quoi fouetter un chat errant. Je n’ai rien fait de bien utile.
Ceux de ma racine disaient bien que je ne savais rien faire de mes dix doigts. Je m’inscris évidemment en faux contre ce jugement péremptoire. Mes doigts savent faire ruisseler des gammes, égrener des arpèges et chanter des accords de guitare. J’ai assez de talent pour en tirer un plaisir qui ne se dément jamais, mais pas assez pour être un artiste. De toutes façons, je ne finis jamais rien de ce que j’entreprends. Si on me demandait en quoi j’ai socialement échoué ma vie, disons plutôt alors ma survie - je sais bien qu’on ne me pose pas la question mais je vais y répondre quand même - je dirais que je n’ai su être ni musicien ni écrivain, en dépit d’une passion toujours aussi ardente pour ces deux langages de notre interprétation du monde et malgré des efforts répétés.
Quand les miens indexaient le handicap de mes doigts, ils voulaient simplement dire que je ne savais pas faire ce qu’ils prétendaient savoir faire. Après mûre réflexion, je me suis bien sûr aperçu qu’ils n’étaient pas mieux armés que moi.
10:57 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : litterature


