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dimanche, 18 novembre 2007

Brassens et de la corde de pendu

897fb13b0cfbd423227b53673ae802f8.jpgBrassens, dont les béotiens de tout poil ont dit, disent et diront encore longtemps qu’il ne s’engageait pas pour les grandes causes et sur les grandes préoccupations de son temps - ceux-ci considérant sans doute que s’engager c’est porter ostensiblement à bout de bras les drapeaux flottants de ses convictions - avait pourtant fait en même temps son entrée en scène et un scandale  par un pamphlet remarquable contre la peine de mort, Le Gorille.
Forestier raconte d'ailleurs cette anecdote où de jeunes artistes avaient justement organisé, bien plus tard, un concert contre la peine de mort.
Ils avaient invité Brassens qui gentiment avait décliné, arguant du fait qu’il n’était pas à son aise dans les grandes kermesses et que sa présence n’apporterait pas grand-chose de plus à cette manifestation qu’il soutenait de tout cœur.
A force d’insistance et pour faire finalement plaisir à ces sympathiques chevelus, Brassens consentit tout de même à faire une brève apparition, mais hors affiche.
Ce fut bref. Le poète moustachu offrit deux titres, le pied sur son éternelle chaise et aux lèvres le non moins éternel sourire, avant de céder précipitamment la vedette aux jeunes.
Ce fut même bien trop bref. Le public se leva, réclama, appela, se bouscula, hua, à tel point qu’on rattrapa Brassens qui déjà s’était installé au volant de sa voiture et qu’on le supplia de remonter, sans quoi la soirée  risquait de tourner à l’émeute.
On remit la chaise en place et Brassens interpréta, magistral, Le Gorille. Il y eut alors quelques secondes d’un silence pathétique avant le tonnerre d’applaudissements, sitôt  qu'il eut conclu :
« Comme l‘homme auquel le jour même il avait fait trancher le cou ! »
Emu, Forestier se souvient. « Tous avons su alors pourquoi il était venu. Mais pour cela, il nous a fallu attendre le dernier vers. Pour ne pas nous faire de l’ombre, à nous, jeunes artistes engagés…»

Ce fut la seule contribution  de Brassens à un concert militant et c’est vrai que le dernier vers tombait comme un couperet. C’est d’ailleurs l’unique fois, si ma mémoire ne me joue pas un sale tour, où Brassens dans ses poèmes fait directement allusion à cette horreur sanglante que fut la guillotine.
L’inconditionnel de Villon quand il évoque le châtiment suprême parle de la pendaison, que ce soit dans la Mauvaise réputation, la Messe au pendu, Celui qui a mal tourné, le Moyenâgeux, les Quatre bacheliers, le Grand chêne, Mourir pour des idées ou , magnifique, le Verger du roi Louis de Théodore de Banville.

Le temps est un faux-jeton et commet force erreurs de parallaxe.
« Plus de danse macabre autour des échafauds » et " Car enfin la Camarde n'a pas besoin qu'on lui tienne la faux", qui déjà peuvent nous paraître surannés,ont été écrits dix ans, oui, dix ans avant l’abolition de la peine de mort !
Pas engagé Brassens ? Je ne suis pourtant pas certain que les visions des poètes de cette fin  2007 portent aussi loin leurs lumières et leurs exigences humanistes.

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