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27.06.2014

L'aveu

imagedeguerre_accueil.jpgUn scandale secoue les superstructures politiques de la Pologne.
Des individus aux responsabilités énormes - soit  le directeur de la banque centrale, le ministre de l’intérieur et le chef de la diplomatie - ont en effet été piégés par des indélicats qui ont enregistré leurs conversations privées dans de grands restaurants de Varsovie.
Le moyen utilisé est crapuleux. Crapuleux comme le fut, en France, les mises sous écoute de Sarkozy - à l’égard duquel je ne puis pourtant pas être soupçonné de nourrir quelque sympathie - et la publication de ses conversations peu amènes.
Hélas, je le dis avec l’écœurement le plus sincère, dans un monde scrupuleusement crapuleux, seuls les moyens crapuleux permettent d’identifier ça et là des brins de vérité surnageant dans un océan de falsifications.
Tout ça est à vomir, tout ça relève d’une humanité qui a perdu le sens de toute mesure et de tout contrôle réel de son propre destin.

La sphère politique polonaise est donc en émoi.
Comme le serait un voleur en train de commettre quelque larcin et pris la main dans le sac.
Je passe sur tout ce qui s’est dit dans ces conversations privées. Les contradictions intestines des États m’indiffèrent.
Ce qui me fait bondir, ce sont les dires du chef de la diplomatie polonaise, le sieur Sikorski, celui-là même qui conduisit la délégation de trois diplomates européens à Kiev, dont le matois Fabius, un soir de février alors que les snipers tiraient sur la foule et que les cadavres se multipliaient à Maïdan.
Dans l’ambiance feutrée d’un salon pour VIP, Sikorski affirme en substance que la Pologne va se fâcher avec la Russie, peut-être même avec l’Allemagne et la France, parce qu’elle se croit protégée par les Américains alors que ce n’est là qu’une illusion et que cette sécurité promise par l’Outre-Atlantique ne repose sur rien…
On n’en croit pas ses oreilles car c’est exactement ce que nous pensons et disons, nous, tout petit, tout minuscule et sans voix, être méprisé des grands de ce monde, depuis le début de la guerre civile en Ukraine.
Et ce que ce diplomate, brillant, d’une intelligence hors du commun, ne peut pas dire publiquement, au risque même que son silence fasse basculer le monde dans le chaos nourri du sang de milliers et de milliers de pauvres gens, l’homme privé, redevenu par le fait sincère, humain, moral, le confie.
Stupeur jusqu’au silence tétanisé…
Je réécrirai simplement une phrase que je publiai ici même le 14 mars dernier dans un texte intitulé Impérities ou immondes calculs  ? :

«  […] Car une fois que Poutine, l’Oncle Sam, l’Allemagne, Londres et Paris - parce qu'ils n'ont que cette solution de compromis pour éviter le troisième cataclysme - se seront tendu la main par-dessus sa tête (de la Pologne), ils ne se fâcheront pas une deuxième fois pour les beaux yeux de Varsovie. »

Monsieur Sikorski lirait-il L’Exil des mots ? J’en doute fort…

J’accuse donc :

Avec la  guerre civile  dans  l’est de l’Ukraine, l’Europe a montré, à qui veut bien avoir le courage de le voir, son vrai visage.
Son masque publicitaire et fondateur qui est de garantir au vieux continent, maintes fois dévasté par les guerres les plus meurtrières de l’Histoire, paix et fraternité, est tombé.
Il n’y aura désormais plus que les menteurs intéressés à la confusion des genres pour tâcher de lui recoller tant bien que mal ce loup lénifiant sur le nez.

J’accuse l’Europe d’être, avec son allié étasunien, l’instigatrice première de tous les troubles qui ravagent l’Ukraine depuis novembre 2013 et d’être le bras armé  responsable de tous les hommes tombés sous les canonnades dans le Donbass.
C’est elle, et elle seule, qui, depuis le 7 février 2010, depuis l’élection de Ianoukovitch à la Présidence de la République ukrainienne, manœuvre en taupe pour saper l’État ukrainien et le faire discrètement entrer dans son giron, non pas politique, mais économique.
Politiquement, structurellement, l’Europe n’a plus les moyens d’un élargissement. C’est donc en impérialiste qu’elle cherche à déborder ses frontières et à usurper de nouveaux marchés.
Ses intérêts peu ragoûtants coïncident historiquement avec ceux des États-Unis, soucieux d’isoler et d’affaiblir la Russie, seul pays au monde capable de s’opposer avec une chance de succès à la destruction programmée à plus ou moins long terme de l’Iran.
Entre autres.
L’échiquier est en place.
Et on peut voir, sur cet échiquier dramatique, danser comme un grotesque bouffon, le Président français ânonnant toutes les vilénies guerrières d’Obama et de l’OTAN.
D’ailleurs lisez bien et décodez : Plus Poutine tâche de se montrer conciliant, fait annuler par le Sénat l’autorisation d’intervenir militairement en Ukraine, retire ses troupes de la frontière orientale, se dit prêt à discuter avec le nouveau milliardaire-président, déclare souhaiter que le fragile cessez-le-feu soit pérenne, plus Obama hausse le ton, menace de nouvelles sanctions, comme s’il voyait un gros poisson pris dans ses nasses en train de lui échapper.
Et Hollande répète comme un vil laquais…
Quelle honte !

D’ailleurs, lisez et décodez encore : le sang déjà versé n’est pas séché, tous les jours des hommes tombent encore mortellement dans le Donbass et pendant ce temps-là, frénétique, anxieuse, l’Europe s’empresse de faire signer sur un coin de table un accord de partenariat à Kiev.
Un accord signé d'une plume trempée dans le sang frais.
Honte éternelle à cette Europe-là !
Car qui cherche l’affrontement ? Qui cherche la guerre ? Qui court avec envie après le désastre ?
Allons, allons, écoutez soigneusement monsieur Sikorski en ses conversations frauduleusement captées : il en sait bien plus long que Vous et moi sur la question...

11:54 Publié dans Ukraine | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : écriture, ukraine, politique |  Facebook | Bertrand REDONNET

12.05.2014

Ecce homo

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Je veux dire quelques lignes lointaines pour cet homme.
Cet homme que je ne verrai jamais, que je ne croiserai jamais, duquel je n’entendrai jamais un mot…
Un homme modeste. Un gars du commun des communs.
Et sur le visage de cet homme modeste, de ce villageois des environs de Slaviansk,  tout l’effroi, tout le dégoût et tout le désespoir du marin qui fait soudain naufrage.
Est-il séparatiste pro-russe ? Est-il pour Kiev et l’unité de son pays ?
Que lui importe à présent ! Que lui importe la couleur du drapeau sous lequel le canon veut le faire se coucher !
Ce matin, on a démoli sa maison ; une maison qu’il avait payée de sa sueur, de sa patience et de ses espoirs d'homme besogneux.
On a fait s’effondrer son toit, on a criblé ses murs de balles…
Toute une vie qui sombre dans la folie. Des repères qui volent en éclats.
Combien sont-ils ainsi ?
Des gens de peu, des miséreux, des simples, des nous, qui, en ce moment, se trouvent pris en otages par l’implacable  marche de l’histoire ?
Cet homme me fait peine. Beaucoup.
Europe et tes magouilles, Amérique et tes insatiables
appétits, Poutine et tes rêves de grandeur, voyez cet homme !

Nous aurons traversé des milliers d’années d’histoire pour en être encore à ce regard  foudroyé par l'absurde.

Image AFP

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10.05.2014

Vivre ensemble et le verbe

Une communauté, c'est aussi -  et peut-être d'abord - des gens qui usent du même verbe.
Sinon comment acter le "Vivre ensemble", comment se diriger vers un même point, même dans le débat contradictoire, si le sud et le nord ne disent pas la même chose ?
Mais, par-delà la langue stricto sensu, il y a l'héritage historique,
le bagage avec lequel chacun voyage et que traduit cette langue. 
La langue n'est en effet pas un code tombé du ciel. Elle ne se décrète pas. Elle est le chant qui met en musique l'origine et les références communes, celles du professeur autant que celles du laboureur, du maçon, du menuisier, du philosophe, de l'écrivain, du mendiant, du doux, du criminel, du juge, de l'avocat, du gendarme,
de l'abruti et du génie, du pauvre et du riche, du menteur et de l'honnête homme.

Alors, pourquoi donc l'Ukraine se déchire-t-elle ?

carte-langues-ukraine.jpg

12:53 Publié dans Ukraine | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature, ukraine |  Facebook | Bertrand REDONNET

07.05.2014

Odessa

Image1.jpgPlus de quarante insurgés - ceux que la presse occidentale appelle des «terroristes» alors que pour ceux de Maïdan elle parlait de «manifestants pacifistes» - sont brûlés vifs après un incendie allumé à dessein par les partisans de l’Ukraine unie et de l’Europe.
Un crime sauvage. Un guet-apens répugnant.
Que dit cette Europe des Sages ? Que disent les démocraties ? Que dit le général en chef Obama qui dirige la stratégie de son vassal européen ?
Que disent les bonnes âmes de Bruxelles ? Que dit Hollande ? Que dit Fabius ? Que disent les responsables polonais, anglais,  belges, allemands, suédois, italiens ?
Rien. Strictement rien. Bouche cousue. Mais où sont donc passés leur soif de justice, leur goût pour la paix, leurs incantations à la modération ? 
Ils balbutient quand même leur leitmotiv : c’est de la faute à Poutine !

Et qu’est-ce que j’en ai assez, moi, de me faire traiter de pro-russe parce que je refuse de cautionner les mensonges et les crimes et les magouilles de l’Europe, des Etats-Unis, de l’Otan et du FMI !
Les esclaves voient  toujours en filigrane un cheval de Troie dans la pensée de l’homme libre.
Parce que leurs âmes incapables sont binaires : on est « pour » ou on est « contre ». Avec ce schéma-là, elles ne peuvent se faire que le misérable écho du hurlement du plus grand nombre, soit le hurlement des loups qui les commandent à distance.
Pourtant, sciemment ou non, l’Europe est en train de scier la branche sur laquelle elle est assise.
Et la diplomatie américaine se frotte les mains, ouvre tout grand ses poches dans lesquelles se déverseront, après le chaos escompté, des torrents de dollars !
Si tel se concluait ce drame, je me demande aujourd’hui dans quels rangs je prendrais position. Pas du côté des occidentaux, c’est certain. Pas de celui de Poutine non plus. Peut-être de celui des Ukrainiens qui se réclameraient de leur lointain et généreux compatriote, Nestor Makhno.
Autant dire que je resterais certainement le cul sur ma chaise.

Illustration : Philip Seelen

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28.04.2014

Mensonges et manipulations à tous les étages

Ukraine.jpgBientôt sont les élections européennes...
Mais savez-vous vraiment pour qui vous vous apprêtez à voter, de quelque pays dont vous soyez le ressortissant parmi les 28 concernés ? 
Pour une organisation de dangereux falsificateurs qui ont tu et fait semblant d'ignorer, par intérêt, les exactions des pires nazis que le continent compte encore sur sa vieille croûte.
En effet, de plus en plus, s’accumulent ça et là les indices selon lesquels les snipers qui ont tué 30 personnes le 20 février dernier à Maïdan tiraient depuis le neuvième et le dixième étage de l’Hôtel Ukraina et visaient tantôt les manifestants, tantôt les policiers.
Le but était donc de créer le chaos et un point de non-retour pour prendre le pouvoir par le sang et le crime, en profitant de l’erreur, fort prévisible au demeurant, de Ianoukovitch qui venait de mobiliser ses forces spéciales.
On avait beaucoup de doutes, certes. Mais une télévision allemande, ARD, vidéos à l’appui, semble apporter aujourd’hui les preuves des différents soupçons et allégations.
Et c’est donc à ce pouvoir issu du meurtre, de l’assassinat, de la manipulation, que L’Europe, le FMI et les États-Unis, tout en accusant Poutine de tous les maux et des ambitions les plus crasses, s’apprêtent à déverser des milliards piqués dans la poche des contribuables !

Les assassins de Maïdan possédaient, de toute évidence, la dextérité nécessaire pour parvenir à leurs fins. Une précision redoutable, une minutie de tueurs : ils tiraient au cœur et à la carotide.
Un journal de gauche polonais, Nie, soutient d’ailleurs que les meurtriers avaient été entraînés en Pologne dans des sections spéciales de l’armée, en septembre 2013.
La rencontre entre Ianoukovitch et trois diplomates européens - français, polonais et allemand - qui suivit immédiatement, comme par hasard, le massacre, n’aurait donc été, si telle est la vérité, qu’une répugnante mascarade, puisque les susdits et soi-disant négociateurs européens savaient déjà que les putschistes qu’ils avaient formés à cet effet allaient dès le lendemain prendre le pouvoir.
Pire : tout était préparé pour que la Russie endosse le crime. Dans une moindre mesure, mais dans un esprit tout aussi barbare, ce fut exactement la méthode employée par Staline à Katyń : massacrer avec des armes allemandes pour faire endosser à l’Allemagne nazie la responsabilité du carnage !
Si cela s’avérait… écœurement et nausée.
Et découragement de l’esprit devant cette récurrence : les victimes n’ont toujours de cesse qu’ils n’imitent les perversités de leurs bourreaux, la délégation diplomatique étant conduite par Sikorski, un Polonais.

Pourquoi tout ça ? Pourquoi tant de mensonges, tant de falsifications, tant de presses et d’informations hurlant avec les mêmes loups ? Pourquoi ces Européens bassement complices de cette gigantesque fumisterie ?
Parce que les Etats-Unis sont ruinés, au bord de la faillite. Il leur faut dès lors conquérir de nouveaux marchés, notamment ceux que détiennent la Russie et la Chine, et il leur faut pour ce faire dessiner une nouvelle carte géopolitique capable de mettre ces conquêtes à pied d’œuvre. La Syrie et la Crimée ont à cet effet le même rôle : le contrôle de la Méditerranée orientale. En Syrie, les Américains ont échoué à la dernière minute, sur une ruse diplomatique russe. Ils essaient donc de forcer le barrage en Ukraine où ils feront coup double si l’histoire bascule dans leur sens.
Coup double parce qu’en fâchant définitivement Moscou et Bruxelles, les États-Unis s’accaparent la part du lion dans les marchés européens bientôt soumis aux clauses d’un infâme traité transatlantique où seules les multinationales auront le pouvoir réel de décision, au-dessus des structures politiques.
Déjà, magnanime, Obama a proposé de fournir le gaz et les matières premières que Moscou fournit actuellement.
Mais il faut préalablement préparer le terrain, c'est-à-dire ruiner la Russie, la mettre à genoux, briser son économie, faire fuir ses capitaux et, si possible, faire en sorte que le peuple russe, exsangue, appauvri, isolé,  renverse lui-même le pouvoir actuel. Tout cela, évidemment, en rendant aux yeux du monde
la folie expansionniste de son actuel dirigeant comme seule responsable du désastre.
Les États-Unis n’ont cependant pas encore les moyens juridiques, financiers et géopolitiques de le faire sous leur seule responsabilité. Ils s’appuient alors sur l’Europe, laquelle est en train de tuer son intérêt géopolitique, culturel et historique de voisinage continental avec la Russie pour se prostituer Outre-Atlantique.
Et tout ça au nom de la liberté du peuple ukrainien, lequel est, dans cette sale affaire, manipulé plus que tout autre. Une sale affaire, aux enjeux tellement énormes que si Poutine continue de faire la mauvaise tête et refuse de se plier aux ambitions de Washington, de l’Otan et des oligarques européens, elle risque de nous conduire, comme je le pressentais dès cet automne, au cataclysme.

Voilà donc l’enjeu des élections européennes : cautionner des gens qui, déjà, de fait, en dissimulant la réalité des faits survenus à
Maïdan et en continuant de soutenir mordicus le pouvoir insurrectionnel de Kiev, ont du sang sur les mains.
Il est par ailleurs à remarquer,
dans ce scénario suicidaire, qu’on fait jouer à la Pologne exactement le même rôle qu’on a fait jouer à la Turquie dans la guerre de Syrie : on s’appuie sur le vieux sentiment russophobe et revanchard en l’alimentant encore de propagande, on souffle sur la blessure, et on la place ainsi sur l’échiquier comme fer de lance de l’attaque.
Et ça fonctionne à merveille, avec l’amicale complicité des socialistes français et de la droite allemande. Mais tout ce beau monde, une fois que les dés seront jetés, une fois que sera franchi le Rubicon, tirera, c’est certain, son épingle du jeu bien mieux qu’elle ne saura le faire elle-même.

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15.04.2014

Apprenons à lire

écriture,histoire,ukraineJe vous propose un essai de décryptage de la presse officielle occidentale – et surtout française - sur l’Ukraine en m’appuyant sur un article signé Jacques Hubert-Rodier dans Les Echos.
Ce n’est pas que l’article en question soit plus brillant ou plus mauvais qu’un autre. Non. J’ai choisi celui-ci parce qu’il est un modèle du genre : suffit de lire le titre pour savoir la couleur de l'encre qui écrira le reste. Il reprend aussi tous les poncifs et montre l'art incomparable de l'éditorialiste qui consiste à tremper sa plume dans l’idéologie tout en faisant mine d’être impartial. En un mot comme en cent, l'art de faire rentrer une bonne fois pour toutes dans la tête des citoyens moyens que Poutine est un monstre et que nous, avec nos amis Américains – lesquels, comme chacun le sait, sont partout dans le monde les gardiens du Temple de la justice et de la paix -  nous sommes du bon côté du droit et de l’apaisement.
Un article typique de la propagande décomplexée.

Mais il me faut tout d'abord dire que Jacques-Hubert Rodier est un homme intelligent. Il écrit un article. Pas un tract. Donc, il commence par faire quelques concessions rapides, pour bien poser en guise de  prolégomènes à ce qui va suivre qu’il est un homme sérieux, sans opinion partisane.
Ça lui prend quatre lignes. Pas plus :

Certes, les pays occidentaux ont leur part de responsabilité dans cette crise. Les Etats-Unis et l'Union européenne en pratiquant une politique ambiguë à l'égard de Kiev, comme ce fut le cas pendant et après la « révolution orange » de 2004. Mais la responsabilité écrasante de la nouvelle crise en Ukraine incombe à Moscou.  

Quatre lignes sur lesquelles il faut cependant s’attarder un moment. Car en ces quatre lignes fortement condensées le journaliste évoque en les passant sous un savant silence tout le travail de taupes effectué en Ukraine par la CIA et les Européens de 2004 à 2010, avec une pression de plus en plus grande après 2010, c’est-à-dire après la victoire électorale du pro-russe corrompu Ianoukovitch.
En effet, la déconfiture du Président pro-occidental sortant, Viktor Iouchtchenko, 5,5% des suffrages au premier tour, immédiatement suivie de la victoire de Ianoukovitch au second tour face à l’oligarque milliardaire Ioulia Tymochenko, l’égérie venimeuse naviguant au gré de ses intérêts du moment d’un camp à l’autre, avait en effet plongé les Américains et les Européens dans la stupeur, les uns et les autres voyant s’éloigner les perspectives d’une mainmise politique et économique sur ce pays situé aux portes de Moscou, ouvrant sur la mer noire, peuplé par 45 millions d’habitants et aux ressources énergétiques potentiellement très riches.
Il faut donc revoir en profondeur cette page de l’Histoire de l’Ukraine, de la Révolution Orange, des combats incessants entre les pro-russes et les favorables à une coopération avec l’Ouest, cette éternelle opposition, congénitale, entre l’est et l’ouest, les fraudes électorales multiples et plus ou moins avérées, l’empoisonnement fortement soupçonné, sinon jamais prouvé, de Viktor Iouchtchenko, pour comprendre que la situation dramatique d’aujourd’hui ne tombe pas comme des cheveux sur la soupe et qu’en rejeter l’entière responsabilité sur Poutine, de la part d’un journaliste sérieux, aguerri, participe du confusionnisme intéressé. Certainement pas de l’ignorance.
La situation guerrière d’aujourd’hui est donc le fruit de l’exploitation par l’Occident d’une part et par Moscou d’autre part, de la faille culturelle et historique inhérente à l’Ukraine. Chacun y va ainsi de ses moyens, la Russie avec son armée plus ou moins déguisée, les Américains et les Européens avec leurs agents infiltrés, leurs promesses inconsidérées, le miroitement mordoré du fric du FMI et de Bruxelles et la propagande démocrate.
Non, Monsieur Jacques-Hubert Rodier, Les Etats-Unis et l'Union européenne n’ont pas pratiqué une politique ambiguë. Ils ont pratiqué la politique de déstabilisation la plus claire et qui servait leurs vues à moyen terme. Une politique sans équivoque.
En les édulcorant ainsi et en affublant Poutine des habits du diable, d’emblée, pour ceux qui savent encore lire, vous discréditez votre propos.

Le passage suivant est du même tonneau et reprend mot pour mot ce que n’importe lequel journaliste de base peut écrire :

Car l'ambition de Vladimir Poutine est bien de rétablir la « grandeur » de la Russie. Et il ne peut se contenter de la seule Crimée. En massant quelque 40.000 soldats russes à la frontière et en provoquant par l'intermédiaire de « milices armées pro-russes », suspectées souvent d'être des soldats russes sans écusson, des incidents dans l'est de l'Ukraine, Moscou a fait monter d'un cran la tension, alors que les autorités pro-occidentales de Kiev hésitent à donner l'assaut contre les bâtiments occupés par ces « miliciens »

«Est bien de rétablir la grandeur de la Russie.» Notez, je vous prie, comme cet emploi de l'adverbe bien indique aux lecteurs qu’il n’y a aucun doute là-dessus, que la chose est entendue une fois pour toutes, que l’heure n’est plus à lire avec un esprit ouvert et critique, alors qu’il s’agit là du fantasme préféré et mille fois rabâché de la propagande occidentale préparée à la sauce américaine : Poutine en quête de restauration de l’empire de la Grande Catherine ou de Staline !
Soyons sérieux, Monsieur… L’OTAN, Obama et Bruxelles sont en quête de quoi, eux ? Vous n’en dites pas un mot… De l’unique bon droit ? Allons, si tel était le cas le monde ne serait pas dans l'état où il est ! Et vous le savez aussi bien, voire mieux, que moi.
Poutine vous serait-il plus agréable s’il laissait sans broncher l’OTAN venir faire ses manœuvres sous les remparts de Moscou, si l’Ukraine versant dans la Grande Europe le privait de ses sorties vers la mer noire et si, comme le projet en avait été conçu pour la Pologne en 2005 et à 200 Km de l’enclave russe de Kaliningrad, des missiles était installés à Kiev et pointés sur le Kremlin ?
Voulez-vous dire qu’un vilain qui refuse que des renards rentrent dans son poulailler et s’arme de bâtons pour les en dissuader est un gars qui rêve de reconquérir toute la forêt où s’ébattent les goupils ?
Oui, sans doute. C'est aller un peu vite en besogne...

En menant cette politique au nom de la « protection des populations russophones », le chef du Kremlin prend un risque immense : celui de raviver l'esprit des alliances. Déjà, Européens et Américains ont resserré les rangs au sein de l'Otan. Anders Fogh Rasmussen, son secrétaire général, doit participer aujourd'hui à une réunion des Vingt-Huit à Luxembourg. L'Union, elle-même, pourrait tenir un sommet extraordinaire la semaine prochaine. Mais si l'Alliance atlantique revient en force, sur quelle alliance aujourd'hui Vladimir Poutine peut-il compter ? Jusqu'à présent, seuls le Venezuela et la Syrie ont réellement applaudi à l'annexion de la Crimée. La Biélorussie a été plus prudente. On est loin du compte. Mais la Russie est bien décidée à aller plus loin. A moins qu'Européens et Américains parviennent à l'en empêcher en l'isolant encore plus.

Là, je reste carrément  pantois… Jacques Hubert-Rodier fait les comptes, procède à l’appel des soldats qu’on serait amenés à se faire étriper entre eux si ce salaud de Poutine continuait à faire la mauvaise tête et conclut en filigrane : pas de soucis, on est les plus forts !
La Syrie et le Venezuela, Pffft !
Il aurait dû commencer par là et boucler ainsi toutes velléités de raisonnement de son lecteur.
Car, comme chacun le sait, la raison des plus forts […] même si Poutine est loin d’être un agneau, même si son régime ne m’inspire aucune sympathie - je ne le dirai jamais assez - il faut tout de même savoir qu’il a en face de lui des loups qui enragent de ce qu’il est venu troubler l’eau de leur rivière.

11:57 Publié dans Ukraine | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : écriture, histoire, ukraine |  Facebook | Bertrand REDONNET

31.03.2014

Ukraine : un ami témoigne

La photo de couverture de mon livre, Le Diable et le berger, tout récemment publié aux «éditions du Petit véhicule» m’avait gracieusement été offerte par Jacek Piasecki.
Jacek revient aujourd'hui d’Ukraine et livre ici, spécialement pour L’Exil des mots, son témoignage et les convictions qui en découlent.
Je l’en remercie de tout cœur. Même si je ne  suis pas d’accord avec toutes ses conclusions et toutes ses analyses - je me propose d’ailleurs de publier bientôt mes propres interrogations en forme de réponse -,  je considère son texte comme un précieux document, un écrit pris sur le vif et qui vaut au centuple toutes les spéculations que nous pouvons faire les uns et les autres, loin du théâtre où se déroule le drame.
Par-dessus tout, je rends honneur à une qualité, essentielle pour moi, qui surpasse même toutes les autres en toutes circonstances et dont Jacek a fait preuve : le courage.
Courage d’aller voir de ses propres yeux, qu’il a bien failli payer de sa vie.

    L’Ukraine : une datcha qu'on avait  "piquée" aux Russes

4.JPGMes amis, l’écrivain et barde français Bertrand Redonnet et sa compagne, m’ont demandé d’écrire quelques réflexions sur ma dernière mission d’observation en Ukraine.  Prenant cela comme une opportunité qui m’était offerte de partager mes observations, c’est avec un grand plaisir que je vous transmets donc quelques impressions ukrainiennes.
Envoyé en tant qu’observateur de l’Association «Pokolenie» de Katowice (ville de Silésie), je suis allé en Ukraine fin mars avec deux amis. Initialement, nous avions prévu d’arriver le 16 mars à Simfieropol pour observer le déroulement du pseudo-référendum en Crimée. Hélas, nous n’avons pas réussi à entrer dans la ville, car les séparatistes pro-russes prenaient grand soin de ce que le moins possible d’observateurs, indépendants de Moscou, puissent voir les exploits de ceux que l’on appelle là-bas les « petits bonhommes verts ». Il s’agit des soldats russes habillés en uniformes verts de combat, mais sans  signes distinctifs.
Pour vous décrire ce que j’ai eu l’occasion de voir en Ukraine, il faut que je vous dise d’abord que je connais ce pays depuis vingt ans et que je suis à l’aise dans les langues russe et ukrainienne. J’ai beaucoup d’amis dans ce pays qui sont citoyens ukrainiens, tout en constituant une large mosaïque culturelle et ethnique : des Ukrainiens, Russes, Juifs, Polonais, Tatars, Géorgiens, Arméniens, Grecs, Karaïmes.
Ne pouvant pas entrer en Crimée, de Kiev nous sommes donc allés, avec deux journalistes (un Ukrainien et un Polonais), à l'est, à Donetsk.
Donbass est une région industrielle dont la densité de population est la plus forte d’Ukraine. En Europe, on peut la comparer à la Ruhr allemande. L'industrie lourde, version soviétique, ce sont des mines et des aciéries gigantesques mais ruinées. Dans un mélange architectonique de tape-à-l'œil à l’occidental, de splendeurs byzantines et de pacotille primaire, cohabitent les Russes et les Ukrainiens. Malgré les subventions énormes provenant de Kiev, il n'y a que les oligarques qui y mènent bon train. Cela provient du système malade post-soviétique et du fonctionnement de l'économie, lequel repose sur le principe d'un subventionnement par l’État de l'exploitation du charbon et de la coulée de l'acier dans des entreprises semi-privées. Les bénéfices de la vente des matières premières tombent ainsi dans les poches des oligarques.
Dans cet endroit particulier, à moins de 100 km de la frontière avec la Russie - frontière qui de facto n'existe pas - coexistent une extrême pauvreté et une richesse inimaginable. C'est là-bas que j'ai eu l'occasion d'observer des manifestations de vingt mille séparatistes pro-russes. Les manifestants étaient surtout des gens qui avaient été amenés de Russie et appelés « touristes de Poutine ». La foule  était scindée en petits groupes de 30 à 40 personnes (un car) guidés par un leader qui donnait le ton en  les exhortant sur son signal à crier : RUSSIE ! LA MILICE AVEC LA NATION ! POUTINE ! RE-FE-REN-DUM et NATION DE DONETSK !
Ce sont ces exclamations appelant au référendum qui démasquent le plus le but des séparatistes. En effet, un référendum comme celui de Crimée pour « la nation de Donetsk » -  nation dont personne n’a jamais entendu parler jusqu'alors, - n’envisage rien d'autre qu’un nouveau morcellement de l'Ukraine.
La foule qui criait était surveillée par la milice  dite "Tituszki” (du nom de Wadim Tituszk qui, payé par le régime de Janukovich, rossa copieusement deux journalistes sous les yeux de la police au printemps 2013). Ces jeunes gens, très sportifs, qui se distinguent par les tatouages spécifiques à la prison, un style vestimentaire particulier et leur façon d’utiliser le dialecte propre aux prisons russes, déambulent le long de la manifestation et protègent les manifestants. En marchant moi aussi dans la foule, je me demandais de qui ils les protégeaient car personne ne les agressait : le vrai danger, c’étaient eux-mêmes.
Même ivres, dans la journée, ils sont assez calmes. Bridés comme par d’invisibles laisses, ils tiennent leurs dobermans marchant toujours derrière, grands, costauds chefs de gangs et de mafias particulières. Pour les gens du commun, les problèmes commencent à la nuit tombante. Laissés sans surveillance, ils rôdent par petits groupes dans le centre-ville à la recherche d’ennemis.
Nous avons d’ailleurs eu le plaisir - dont nous nous serions bien passés -  de rencontrer deux de ces groupes. La première fois, il s'est avéré que nous étions "des pédérastes européens" et qu’il serait bien de nous tuer sur-le-champ. La seconde fois, nous étions devenus des Ukrainiens de Bandera qu'il serait intéressant de découper au couteau. En fait, c'est le hasard qui nous a sauvés, et ce retour de nuit à la maison aurait bien pu nous être fatal. Comme ce fut le cas de Dmytro Czarniawski, jeune homme de 22 ans, à l'enterrement duquel j'ai assisté à Donetsk. Dmytro est mort d'un coup de couteau dans le dos assené par un criminel. Il assistait à une manifestation pour l'unité de l'Ukraine, soi-disant protégée par la police. Mais ce jour là, la police ne surveillait rien du tout, elle protégeait des bandits ! Derrière le dos de la milice, le groupe « tituszki” jetait des pierres aux manifestants, avant que les fonctionnaires de la milice ne fassent un corridor permettant à „tituszki” de se joindre aux manifestants pour les battre férocement. Pendant ce temps là, la milice n’intervenait pas et ne s’interposait pas pour défendre des gens complètement désarmés.
Ces événements qui se sont déroulés sur la place Lénine m'ont été racontés par un ami de Dmytro Czarniawski, à qui Dmytro avait donné son gilet pare-balles (les gilets pare-balles protègent des balles de petits calibres, des armes pneumatiques et des coups de couteau), en considérant que lui-même n’en avait pas besoin car il ne risquait rien en tant qu'assistant parlementaire d'un député.
Hélas, ce n'était pas vrai !
En me rendant à son enterrement, j'étais convaincu que dans cette ville d’un million d'habitants (Donetsk), ce serait une manifestation énorme de protestation contre la violence. Mais non ! Seulement 200 personnes
environ assistèrent aux funérailles et cela s’explique par le fait que les habitants de Donetsk sont terrorisés. Les gens n'ont pas confiance dans le pouvoir régional, la milice et la justice, qui ne sont pas loyaux envers le nouveau pouvoir de Kiev.
Nos observations de Donetsk sont déprimantes. En toute conscience, Poutine a réveillé les vieux démons nationalistes et ces démons se promènent déjà dans les rues, en attendant seulement un signe pour commencer leur danse mortelle. A mon avis, l'Europe est naïve et regardera bientôt sur ses écrans de télé des hécatombes et des tueries telles qu’il en fut dans les Balkans. Hélas, je crains que cela ne se produise très vite. Avec l'arrivée des "bonhommes verts" et ensuite de l'armée russe, le scénario à répétition de la Russie impériale se réalisera. Il a été dernièrement répété en Crimée, et avant la Crimée, en Tchétchénie, en Abkhazie, en Ossétie et en Géorgie.
Poutine suit une vieille tactique soviétique : pour détourner l'attention de ses problèmes intérieurs, il a aperçu un ennemi à Majdan de Kiev. Et c’est un ennemi dangereux pour la Russie de Poutine, car il dévoile à un homme post-soviétique qu'on peut vivre autrement. Qu'on peut être libre et qu’on peut protester contre l’énorme appétit de pouvoir des oligarques et de l'administration gouvernementale corrompue, contre aussi le totalitarisme qui bafoue la dignité humaine.
Les Européens n'ont peut-être pas conscience de ce que la machine de propagande de Poutine contrôle tous les médias en Russie. Actuellement, il n'y a aucun journal indépendant, sans parler de la télévision, qui pourrait se permettre d’émettre des opinions différentes de celles dictées par le Kremlin. Aucune forme de critique n'est admise. C'est ainsi que Poutine a convaincu les Russes, et beaucoup d'Européens je pense, que les gens qui sont au pouvoir en Ukraine sont des fascistes et des nationalistes.  Si tel était le cas, moi, en tant que Polonais, je ne pourrais pas me promener tranquillement dans les rues de Kiev, Lviv ou Tarnopol. Là- bas, en tant que Polonais et citoyen de l'Union Européenne, j'ai ressenti beaucoup de sympathie et un grand espoir que nous ne les laisserions pas seuls dans cet affrontement avec l’Ours du Kremlin.
Les émeutiers de Majdan  décrits par la propagande comme fascistes de l'Ukraine de l'ouest, sont bien plus européens que la Russie et Poutine.
Certes, en Ukraine, comme dans toute l'Europe, l'extrême droite est présente. Elle ressemble au Front National de Le Pen en France,  à la Ligue du Nord en Italie, ou encore au Parti de Liberté en Hollande et en Autriche. Comme dans d'autres pays, Secteur Droit est anti-européen, nationaliste et inconciliable dans ses extrêmes. Il s'est cristallisé à Majdan lors de la protestation de trois mois. C'est un amalgame hétérogène de quelques organisations de l'Ukraine de l'ouest et il n'a pas de programme politique cohérent. Dans toute l’Ukraine,  Secteur Droit compte environ 500 membres dont seulement 300 réellement actifs. A Majdan, les activistes de Secteur Droit n’avaient que deux tentes dans lesquelles il y avait par moments environ 40 activistes. Pour un état de 44 millions d’habitants, c’est un minuscule échantillon de la société ukrainienne ! Dans le dernier sondage pour les élections présidentielles, Dmytro Jarosz,  leader de Secteur droit, est crédité de moins d’un pour cent des suffrages.
A part sa carrière politique très rapide et ses sources de financement difficiles à déterminer, Jarosz s’est illustré par une visite au Président Victor Janukowic, quelques heures seulement avant le massacre par les snippers.  Il n’y pas de preuves formelles, mais plusieurs personnes de Majdan pensent qu’il a été financé par les Russes. Le fait d’être présenté  par les médias russes comme un personnage influent (avec moins  d’un  pour cent !) de l’extrême droite, est une raison suffisante pour que la Russie intervienne pour la défense de ses citoyens résidant en Crimée.

Pour comprendre la mentalité d’un Russe moyen contemporain et sa fierté d’appartenir à  la grande et puissante Russie, il faut savoir la peur très profondément ancrée chez l'individu d'un pays totalitaire. Savoir la peur qui habite ces gens depuis des générations et qui fait partie de leur vie quotidienne – comme le fait de respirer, de manger ou de boire de la vodka. Ces esclaves dans leur mentalité à ne pas être libres, courageux et forts en tant que citoyens, enivrent leur soif de liberté afin qu’elle ne puisse pas se réveiller un jour avec  la "gueule de bois". C’est la raison pour laquelle ils voient dans Poutine une sorte d’illusion, un trompe-l’œil, de leur bonheur personnel et le montrent dès lors fièrement au monde entier.
Une discussion que j’ai eue dans le train de nuit d’Odessa à Tarnopol illustre mon affirmation. Mon interlocutrice, une jeune et  jolie Tania, m’a dit, tout en trinquant avec du cognac, que l’Ukraine était une petite datcha russe que le monde leur avait volée et que la Russie récupère maintenant. Elle m’affirmait également ne pas comprendre quel était le questionnement de tout le monde en Europe. Car l’Ukraine n’est qu’une fiction : le fait doit être pris en compte non seulement par la Russie, mais aussi par nous, Polonais.  Ce sera ainsi mieux pour tout le monde.

Dans le monde post-soviétique, les hommes politiques qui entretiennent de vieilles relations à l’intersection du pouvoir, de l’argent et de la pègre, voient d’un mauvais œil le changement proposé par Majdan. Ils ne veulent pas de principes transparents quant au fonctionnement de l’État, ils préfèrent plutôt le flou de la pègre soviétique et, avec ce flou-là, les comptes illégaux à Chypre et en Suisse, ainsi que de belles demeures sur la Côte d’Azur.
Et l’Europe, en appréhendant le monde à travers les lunettes rose de la liberté, de l’égalité et de la fraternité ne comprend pas (ou ne veut pas comprendre comme d’habitude)  la Russie impériale… L’Union Européenne vit avec la conviction que cela ne la concerne pas. Donetsk? Mais c’est où ça, pour que l’on s’en soucie ? Donetsk, mes chers amis français, est là, tout près de vous... Dans vos banques de la Côte d’Azur et dans les  yachts ancrés là-bas. Tout à fait sérieusement, pourquoi pas ?
Dans un premier temps, les « bonhommes verts » en civil déclareront que les Français les persécutent et que la minorité russophone se sent menacée dans ses villas de bord de  mer. Et ces gens, cette fois-ci en uniformes, réclameront la défense des intérêts de la nation de la Côte d’Azur» et demanderont à Poutine d’envoyer son armée à Nice et à Cannes. 
Vous devez certainement penser que ce sont là les coquecigrues d’un Polonais déséquilibré… Pourtant, il y a quelques années, quand je buvais du cognac de Crimée avec mes amis russes, ukrainiens ou tatars en chantant des romances russes, je n’aurais jamais cru non plus que mes amis allaient bientôt s’entretuer.
Et c’est maintenant ce qui se passe là-bas. Les Ukrainiens et les Tatars sont contraints de partir et les Russes occupent désormais leurs maisons.
Réfléchissez bien si cela serait complètement impossible sur la Côte d’Azur. Pourquoi pas, après tout, mes chers amis français ?

Jacek Piasecki

Traduction du polonais : Dorota
Illustration :  
Jacek Piasecki  

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19.03.2014

En direct

 DSCN0621(1).JPG1- Dans un texte écrit fin décembre, je faisais allusion à un ami qui, toutes les semaines, fait le voyage pour Moscou, aller-retour.
Pendant que les occidentaux, défendant une part d’indéfendable (en tout cas ne défendant pas en profondeur ce qu’ils prétendent défendre dans leurs discours et divers effets de menton) menaçaient la Russie de sanctions commerciales, nous nous inquiétions, D. et moi, de ce que cet ami pourrait dès lors perdre son travail si les choses venaient à empirer.
D. lui ayant posé la question, notre copain a répondu,
nullement inquiet :
- Bah ! Penses-tu ! Ce que je transporte en Russie, l’Allemagne nous l’achètera pour le revendre à Moscou. On a déjà vu ça…
Et vlan ! C’est ce que j’appelle avoir, à la base, la conscience et l’intelligence du monde plus franches que ceux qui prétendent le gouverner, ce monde !
Alors, les gesticulations Merkel/Hollande et consorts, c’est quoi exactement ?
Ah, si seulement les chaumières avaient la bonne idée de se réveiller enfin !

2- Une dame ayant une très grande connaissance professionnelle de l’Ukraine dit qu’effectivement on sent très bien, et depuis longtemps, chez les nationalistes ukrainiens un mépris et une attitude hautaine à l’égard des Polonais…
Ce n’est pas une trouvaille, certes. Mais c’est mieux de le savoir par des témoins directs que par la pensée déléguée.
Et ce sont des gens de cet acabit que l’Europe, les Américains et le FMI s’apprêtent à financer. Pourtant, quand on nourrit des renards, en général, on ne s’attend pas à ce qu’ils vous mangent un jour vos poules.
Mystère des diplomaties…

Cette dame dit aussi que si la grande majorité du peuple russe est derrière Poutine et même s’exalte de sa fermeté et de son patriotisme, c’est qu’il a tiré les gens de la misère noire dans laquelle les avait laissés Boris Eltsine.
Poutine a donc derrière lui une force qui ne s’invente pas, une force qui ne se crée pas par l'artifice du discours, une force que jamais n’auront ni Obama ni Hollande : un peuple.
Cela, il faut être russe pour le comprendre sans y aller de ses petits jugements préconçus dans les Hautes Écoles de l’Administration.
Il faut savoir ce que signifie d’avoir survécu par le pain rassis et les patates.
Les occidentaux ne comprendront donc jamais rien à la Russie.
Et en espérant de toute mon âme qu’il soit cette fois-ci encore conjuré, je pense, hélas, que, sur le vieux continent, entre l’Ouest expansionniste, de plus en plus à la botte américaine, et l’Est qui s'éveille aux délices du capitalisme sauvage sans renier encore le sentiment de "nation",
l’affrontement sera, à l‘échelle de l’Histoire, inévitable. 

Illustration : Une photo prise en Russie par notre ami , tout comme celles ci-dessous

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12:53 Publié dans Ukraine | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature, écriture, ukraine, histoire |  Facebook | Bertrand REDONNET

18.03.2014

Diplomatie

- Comment rendre un ours encore plus  féroce encore qu’il n’a coutume de l’être ?
- Avoir l’imagination grandiose des diplomaties européennes :

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13:37 Publié dans Ukraine | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : histoire, politique, ukraine |  Facebook | Bertrand REDONNET

17.03.2014

Je me pose des questions

NR.JPGQui ne sont pas forcément légitimes, mais le fait est qu'elles sont.
Tenez, ce matin par exemple, je voulais écrire ça :

"Un clown

L'UE ne reconnaîtra pas la "pseudo consultation" en Crimée…
Quand il a dit ça, le galant en mobylette, on aurait dit qu’il venait de découvrir l’eau chaude.
Pourtant… Déjà en 2005, il n’avait pas reconnu la vraie consultation qui sanctionnait négativement le traité européen et, au congrès de Versailles, avait déclaré la susdite consultation nulle et non avenue.
C’est une manie chez lui. Une manie de clown.

Interrogé sur la possible suspension de la vente de navires militaires français de type Mistral à la Russie, il a déclaré que ces sanctions "liées à la coopération militaire" relevaient du "troisième niveau de la sanction". "Nous en sommes au premier", a-t-il relevé.
Ben voyons…
Moi, je serais ukrainien que je ne voudrais pas pour un sou d’un ami pareil ! Genre qui vous caresse la joue droite et qui vous flanque une beigne sur la gauche. Genre qui vous chante la messe de l’apaisement le doigt sur une gâchette…
Tant il est vrai que des millions de dollars paraphés sur un contrat, ça vaut bien tous les Ukrainiens et toutes les Crimées du monde !
Un clown, certes, mais pas désopilant du tout. Un clown tragique."

Je voulais donc écrire ça, mais je ne l’écrirai pas.
Parce que je me pose des questions. Depuis que je publie mes textes sur le drame ukrainien et la fourberie démocrate des Européens, les lecteurs sont très nombreux.
En revanche, peu, très peu de réactions. Aucun débat sur cette exceptionnelle situation qui risque fort de nous tous embarquer sur le pire des radeaux.
Pourquoi ?
Peur de se tromper de camp parce que, cette fois-ci, le chaos n’est plus aux antipodes, sous d’autres cieux que nous ne verrons jamais, mais  bien à notre porte ?
Pourtant, je ne fais allégeance à aucun des protagonistes, même si je dénonce plus facilement ceux d’entre eux qui avancent les plus masqués.
Je ne fais allégeance qu’à l’amitié entre les peuples.
C'est-à-dire à une Idée.

J'ai signé ici un article dans la Nouvelle République du Centre-ouest.

11:42 Publié dans Ukraine | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : littérature, écriture, ukraine |  Facebook | Bertrand REDONNET

14.03.2014

Impérities ou immondes calculs ?

reuters.jpgLe ministre russe des affaires étrangères, Lavrov, porte-parole de Poutine-Bonaparte, s’étonne avec juste raison de ce que son homologue français, Laurent Fabius, affirme sans vergogne sur France Inter que le gouvernement insurrectionnel de Kiev n’est pas un gouvernement d’extrême-droite. Bien à droite, admet le rusé Fabius, mais pas à l’extrême-droite  quand même.
On est en droit de se demander où, dans sa stratégie de brouilleur de cartes déjà biseautées, Fabius classe ce gouvernement dans lequel officient trois membres de Svoboda, parti nationaliste, xénophobe, résolument et ostensiblement – brassards croix gammée arborés sans vergogne -  antisémite. Très légèrement à gauche d’Hitler, sans doute. François Copé, dans les «fabiuseries» diplomatiques et eu égard à l’idéologie de ceux qui ont pris le pouvoir en Ukraine, est un anarchiste partisan de la démocratie directe et du partage social. Marine Le Pen, quant à elle, comme chacun ne saurait à présent l’ignorer, est une dangereuse trotskiste !
Si ce n’était à ce point dramatique d’entendre des embrouilles pareilles, si ce n’était pas par ces discours irresponsables ou pervers qu’un nouveau cataclysme guerrier risque de nous trancher la tête, le fou rire nous ferait mal au ventre…
Fabius est un menteur. D’ailleurs Lavrov lui rappelle qu’en octobre 2013 le parlement européen déclarait à propos de Svoboda "que ce parti allait à l'encontre des valeurs fondamentales de l'Union européenne".
Alors qu’est-ce qui a changé en cinq mois, Monsieur le digne diplomate français ? Le parti nazi ukrainien ou les valeurs européennes ? Hum... La question mériterait plus ample examen.
Et Lavrov d’ajouter : « Désormais, on arrive à une situation où les dirigeants de Svoboda, parmi lesquels une figure aussi odieuse qu'Oleg Tiagnibok, sont devenus en Occident des personnalités tout à fait respectables ».
Vous avez bien entendu :
Oleg Tiagnibok. L’Europe a donc bel et bien vendu son âme au diable mais c’est pour nous qu’elle ouvre les portes de l’enfer. Car connaissez-vous bien cet Oleg Tiagnibok ?
Pour plus de rapidité, je pique quelques éléments dans Wikipédia et je jette à la face de Fabius, Hollande, et de tous les soi-disant démocrates européens les lignes suivantes : « Parti Svoboda. Son dirigeant est Oleg Tiagnibok. En automne 2011, le parti avait organisé un défilé contre l'arrivée massive de juifs hassidiques, qui effectuent chaque année en Ukraine un pèlerinage sur la tombe d'un célèbre rabbin.
De même, l’organisation a souvent été pointée du doigt pour la glorification du passé collaborationniste d'une partie du peuple ukrainien avec l'Allemagne nazie et pour avoir organisé la commémoration en 2013 du 70e anniversaire de la création de la division SS Halychyna, qui a combattu dans les rangs hitlériens.»
Est-ce assez  clair ? Fabius sait-il lire ?
Rappelons aussi que les pires fauves, plus redoutables que leurs maîtres SS allemands, fauves parmi les fauves ayant égorgé, pendu et torturé à Sobibor, Majdanek et dans le ghetto de Varsovie étaient ukrainiens et que certains nationalistes se réclament aujourd'hui de cette glorieuse descendance !

 Ce n’est donc pas tant de Poutine – même si ses intentions n’ont rien d’angélique - qu’il faut avoir peur aujourd’hui, mais de ces politiques européens qui, par suivisme à l'égard de la volonté américaine de détruire une fois pour toutes la Russie géopolitiquement gênante, ont fait allégeance aux pires nazis que compte encore sous son ciel le vieux continent.

Et maintenant ?

1 - Dimanche, en Crimée, jour du référendum (duquel on peut effectivement douter de la légitimité), sera la journée de tous les dangers. Des provocations sont à craindre et si cette journée se termine par un bain de sang, il faudra que les citoyens européens réfléchissent pour une fois dans le bon sens et se demandent à qui profite le crime.
A tout le monde sauf à Poutine, ça tombe sous le sens le plus élémentaire.

2 – Tout se passe dans l’ordre. La Crimée verse du côté russe et n’est reconnue au plan international  que par elle. S’en suivra une longue déstabilisation, économique et politique, de toute la région.

3 –L’Ukraine amputée de sa province méridionale, blessée, versera dans le chaos des rancœurs intestines, dans les règlements de compte, et, partant, dans le nationalisme le plus intransigeant et le plus rétrograde.  Elle se tournera vers l’Ouest. Avec un œil gourmand, revanchard, sur les territoires polonais les plus proches, comme le montre une carte de l'Ukraine récemment revue et corrigée par les nationalistes.

4 – La Pologne, par russophobie historique et culturelle, s’est pourtant jetée à corps perdu dans les bras de l’Occident. Le chef de sa diplomatie, Sikorski, a traité publiquement Poutine « de rapace dont l’appétit grandit en mangeant». Avouez que dans la bouche d'un diplomate ayant en charge de calmer les esprits, ces propos sont pour le moins curieux !
Moscou ne lui pardonnera pas le camouflet. Et bien d'autres choses encore...
Les nationalistes ukrainiens, quant à eux, la haïssent… Les deux partis nationalistes, dont Svoboda, se sont déjà illustrés par des propos violemment polonophobes.
La Pologne donc, en fonçant tête baissée dans le brouillard américano-européen, n'a retenu aucune leçon de sa situation géographique et culturelle de pays tampon entre l’Est et l’Ouest, situation qui lui a valu pourtant d'essuyer au centuple toutes les grandes catastrophes du XXe siècle !
Des jours noirs l’attendent.
Je le crains.
Car une fois que Poutine, l’Oncle Sam, l’Allemagne, Londres et Paris - parce qu'ils n'ont que cette solution de compromis pour éviter le troisième cataclysme - se seront tendu la main par-dessus sa tête, ils ne se fâcheront pas une deuxième fois pour les beaux yeux de Varsovie.

En espérant, encore une fois, me lourdement tromper. Par amour pour mon pays d'accueil et amitiés pour tous les peuples de la terre.

Bon week-end à tous cependant !


Photo : Thomas Peter - Reuters

11:38 Publié dans Ukraine | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, ukraine, littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

06.03.2014

Des menteurs sans scrupules

iran-fabius-hollande1.jpgJ’avais pris la résolution de ne plus parler ici de l’Ukraine. D'en revenir aux livres, à la littérature, aux textes. Mais je ne le puis…
Ce sera la dernière fois sans doute. Du moins l’espéré-je.
Car il ne sert à rien d’écrire sur un petit blog misérable contre le mensonge des hommes quand il est érigé en puissance institutionnalisée.
Tout ce que je retire de cela, c’est la souffrance impuissante de voir des millions et des millions d’hommes avaler comme de la bonne soupe, dans leurs journaux ou le soir, abrutis devant leur télé, ce que les autorités américaines et européennes leur servent comme de la bonne morale.
La réalité est toute autre que ce qu’ils racontent. Ce que joue Poutine en portant ses armes en Crimée, ce n’est ni plus ni moins que l’existence même de la Russie. Car ce que les Européens appellent l’Ukraine libre, c’est une Ukraine vassale de l’OTAN, c’est-à-dire des missiles bientôt pointés sur Moscou, quasiment depuis sa banlieue.
J’exagère ? Qu’on se souvienne des missiles qui devaient être plantés en Pologne, à 200 km de l’enclave de Kaliningrad, et ce, au mépris d’accords conclus en 1994, je crois, et aux termes desquels l’Otan ne rechercherait pas à s’étendre à l’est
après la chute du mur.

Que font donc les journaux d’investigations en France ? Que fait Mediapart ? Que fait le très fin et très subtil leveur de lièvres Le Canard enchaîné ? Il n’y a donc que le linge sale de la famille, Cahuzac, Buisson, Copé, Sarkozy qui les fasse bander ? A moins qu'ils ne participent eux-mêmes de l'enfumage général ?
Car enfin, ce que je sais, par un  site d’info polonais, officiel, ils doivent bien le savoir aussi, s’ils sont si malins dans l’investigation ?!

En effet, le 27 février dernier, le ministre des affaires étrangères estonien s’est inquiété auprès de Mme Catherine Ashton (représentant l’UE en Ukraine) de ce que les snipers de Maïdan, photos à l’appui,  tiraient tantôt sur la police, tantôt sur les manifestants. Ils étaient des tireurs d’élite, très entrainés, des professionnels, visant à la carotide et au cœur, les médecins l’ont certifié. Des tueurs. Madame Ashton et la coalition aujourd’hui au pouvoir en Ukraine ne veulent pas entendre parler d’enquête là-dessus.
Pourquoi ? Qui étaient ces tueurs ? Eussent-ils été des Russes au service de Ianoukovitch, que Madame Ashton aurait alerté aussitôt tout l’occident à grands cris terrorisés.
Elle a simplement et calmement répondu :

- C’est embêtant. Cependant nous ne voulons pas d'enquête là-dessus...

Alors, Hollande, Fabius, vous recevez donc dans vos palais des tueurs, des assassins, et, la mine austère et fière, abondamment parfumés, le cheveu gominé, la parole docte, le port altier des gens de pouvoir, vous négociez avec eux ?
Et vous assénez en même temps au peuple de France que Poutine est un dictateur fou et que vous, vous êtes du côté du droit et du dialogue ??
En plus, vous vous faites le bras armé et les vassaux aplatis d’un pays, les USA, qui n’a que le droit international, la légitimité et la démocratie à la bouche alors que, comme le dit un journal russe de langue française « son rôle dans l’histoire de l’humanité a justement été non pas d’éviter les bains de sang mais au contraire de les accroître. Un pays responsable des pires crimes contre l’humanité : seul utilisateur d’armes nucléaires contre la population à ce jour, guerre du Vietnam, putschs criminels en Amérique latine, soutien actif des régimes racistes d’apartheid en Afrique du Sud et Israël, bombardement de la Yougoslavie et de la Libye. Financement, soutiens armés et logistiques de rébellions responsables de crimes contre l’humanité, comme en Côte d’Ivoire et plus récemment en Syrie, maintes tentatives de déstabiliser aujourd’hui les alliés de la Russie en Amérique latine, comme en ce moment au Venezuela, des victimes aux quatre coins du monde parmi lesquelles beaucoup de femmes, d’enfants et d’hommes de tous les âges. »

Messieurs Fabius, Hollande et consorts,  un proverbe polonais dit : le mensonge a de courtes jambes.
Ce mensonge-là ne courra donc pas plus vite que ne court l’Histoire. Vous serez rattrapés et vous en serez comptables.
Le plus tôt possible ; je l’espère vivement.

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04.03.2014

"Le bon côté de l'Histoire"

littérature,politique,ukraine,écritureUn échange hier avec un vieil et très cher ami des Deux-Sèvres – que je resalue au passage -  me donne envie ce matin de préciser quelques points :
Les quelques textes que j’ai pu écrire ici-même sur l’Ukraine, sont des textes qui mériteraient évidemment plus ample travail en profondeur. Car ils pourraient donner l’impression que je considère
en bon papa binaire les évènements qui se déroulent de l'autre côté de la frontière, avec des bons et des méchants et moi, bien évidemment, plaidant pour les bons.
Ce serait bien… Hélas, si je suis en colère contre la bave sans cesse dégoulinante des médias pro-occidentales, comme sur l’attitude mensongère de la diplomatie européenne qui fait semblant de ne pas voir d’où vient le feu alors que depuis des années les Américains arrosent de leurs dollars tous les mouvements radicaux ukrainiens capables un jour de déstabiliser leur pays et de le définitivement fâcher avec la Russie, je ne me fais aucune illusion sur l’humanisme et la sagesse de Poutine.
Poutine est un rapace qui se bat avec d'autres rapaces sur le partage d'une proie. Car dans cette histoire dramatique, tout le monde s'en fout comme de Colin Tampon du bonheur du peuple ukrainien !
Mais je suis Français, j’écris en français, je suis principalement lu par des Français : il n’est dès lors pas nécessaire que je rabâche pour eux ce qu’ils entendent et lisent partout à longueur d’année, à savoir que la Russie n’est pas un pays démocratique et que Poutine est un dictateur.
Il se trouve que dans la situation présente, la fourberie des uns et des autres lui a donné l’occasion d’exprimer visiblement ce qui est essentiel dans sa politique, à savoir l’inféodation plus ou moins marquée de certaines républiques de l’ex-URSS, dont la plus importante, l’Ukraine.

Quand j’écris également que le coup d’État – applaudi par ces anges immaculés que sont les chefs d’État européens tous démocratiquement*élus sur une foule de fausses promesses - a surtout été mené par des groupes paramilitaires ne faisant nullement complexe de leur nostalgie du troisième Reich, il faudrait dire aussi, (comme me le fait justement remarquer mon ami, là-bas, du côté de la Sèvre niortaise) que parmi les milliers de gens rassemblés à Maïdan, il y avait aussi des milliers de gens qui ne calculaient rien politiquement, des milliers de gens sincèrement épris de liberté et qui ne poursuivaient pas d’autre but que de chasser toute la veulerie corrompue du système Ianoukovitch.
Mais ce ne sont pas ceux-là, trop naïfs, trop sincères avec eux-mêmes et avec tout le monde, qui font les révolutions ! Ils n’en sont que le décor en même temps que le prétexte spectaculaire.
Cela vaut hélas pour toutes les révolutions : à un moment donné, ce qu’il y a de substantiel et de spontané dans les tripes du plus grand nombre passe dans la tête de quelques stratèges.
Disons alors que les révoltés sincères, ne sont jamais  du bon côté de l’Histoire.

Et, justement, ce matin, en lisant les titres, cette vieille petite phrase sortie de la bouche d’Obama m’a fait pouffer de rire : la Russie n’est pas du bon côté de l’Histoire !
Enfin un brin de vérité, monsieur Obama ! Mais seriez-vous donc un marxiste qui s’ignore ? Car savez-vous que votre sortie suggère que l’histoire a un sens, une trajectoire juste et inéluctable, qu’elle marche pas à pas vers le bonheur des hommes libérés de leurs aliénations et que ceux qui ne marchent pas dans ses clous sont des tordus ou des réactionnaires ?
Ce matin, monsieur Obama, vous m’avez semblé plagier les discours enflammés d’un certain Vladimir Illich Oulianov…
Mais vous avez raison : la Russie n’est pas du bon côté de l’Histoire… Ça, c’est certain.  Je vous ferais cependant respectueusement remarquer- en exagérant à peine mais en soulignant fortement  qu’il n’y a aucune dimension humaine commune entre eux et Poutine, -  que Sitting Bull, Géronimo, non plus, n’étaient pas du bon côté de l’Histoire.
Pas plus que les Girondins de 1793, les Africains contemporains du triangle d’Ébène, les Arméniens de 1915, les juifs polonais et européens de 1939, les millions de gens des goulags staliniens,  et tutti quanti et tutti quanti…
Alors, de grâce, Monsieur le Président ! Ne présumons pas de ce qu’est la bonne ou la mauvaise histoire et lisons là telle qu’elle est réellement : une suite ininterrompue de crimes commis au nom d'idéologies dévastatrices et passagères, mais toujours servant la pérennité des  intérêts d’un petit nombre d'acteurs...

*Qu'on veuille bien se souvenir - en se souvenant du référendum de mai 2005 en France sur le traité européen - dans quelle estime les démocraties donneuses de leçons  tiennent les sanctions populaires !

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03.03.2014

Moi, Président, …

rubon66.gifCe que je disais, en craignant pourtant le ridicule, dans mon premier texte sur l’Ukraine, semble chaque jour, hélas, mille fois hélas, un peu plus près de la réalité.
Comment donc un pauvre bougre comme moi, aussi pauvre que tous les pauvres bougres que peut porter la terre,  a-t-il pu comprendre avant les maîtres du monde ce qu’il allait advenir de Maïdan pris d’assaut par les groupes paramilitaires ultranationalistes et nazis?
On s’en doute et on me fera cet honneur : cela n’est nullement dû, ni à ma clairvoyance, ni à la finesse de mes analyses, ni à des infos occultes, mais au simple fait que les susdits maîtres du monde mentent comme un seul homme et comme de véritables arracheurs de dents. On les entend aujourd’hui faire mine de pleurnicher sur le brasier qu’ils ont eux-mêmes alimenté, dès le départ, de leurs sournoises jerricanes d’essence et on les voit tous, vierges effarouchées, chantres de la paix et grands prêtres du droit international, exhorter Moscou à la sagesse, après avoir tenté de lui planter carrément un couteau dans le dos !
Poutine porte aujourd’hui ses armes en Crimée : n’allez surtout pas penser que cela me réjouisse ! Mais cette dramatique éventualité était écrite comme le nez sur la figure. Peut-être même était-elle espérée par les grands stratèges qui tirent les ficelles du drame. Car il est impossible, absolument impossible, que l’OTAN,  l’onctueuse armée des diplomates et la horde souterraine des renseignements n’aient tiré aucune leçon de l’expérience de 2008 en Géorgie et n’aient pas envisagé une réaction violente de Moscou. Absolument impossible, répété-je !
De là à penser que l’intervention russe constitue un moment particulier de la vaste partie d’échecs engagée par l'Occident, il n’y a qu’un pas que je me hasarderais bien à franchir… Pourquoi Poutine est-il acculé à cette extrémité ? Parce que c’est lui l’agressé et l’OTAN, avec son rêve d’extension jusqu’à la mer noire suivi d’un isolement total de la Russie, est l’agresseur. La taupe terroriste. Le puissant manipulateur.

Comment dès lors Hollande et les autres «démocrates» peuvent-ils mentir à ce point-là à leurs peuples ? Comment peuvent-ils les tenir dans un tel mépris, dans une telle ignorance de ce qui se joue réellement sur la scène ukrainienne, soutenus qu'ils sont par la meute écumante des médias de tous poils ?
On en a le vertige !
«Moi Président, je soutiendrai toutes les manœuvres de déstabilisation qui s’avèreront nécessaires à une hégémonie des forces de l’Otan partout dans le monde et ce, même en reconnaissant comme démocratiques des coups d’État fomentés par des mouvements d’extrême-droite  dans la poursuite de cet objectif. »

De deux choses l’une, donc : soit ce Président est perdu et ne comprend rien à rien, soit il est un dangereux escamoteur. Un trompeur.
En tout cas, il est indigne de notre considération.
Et en tout cas aussi, quand on pense que ce président sans envergure, versatile, hésitant, est aujourd’hui le chef des armées d’un pays qui se présente comme la cinquième puissance mondiale, quand on pense qu’en deux ans de pouvoir il a déjà engagé son pays dans deux guerres et était sur le point de l'engager,
n’eût été la ruse de la diplomatie russe, dans une troisième en Syrie, on a des frissons dans le dos si on n'est pas un guerrier obtus ou un imbécile chafouin du socialisme made in France !
La crise ukrainienne ne fait que commencer, qui va en révéler bien d’autres.
Une issue fatale au vieux continent n’est plus à écarter, car on a intimé purement et simplement à la Russie l’ordre suivant : laisse-toi encercler sans broncher !
Et déjà Obama laisse entendre-  il laisse entendre seulement - qu’il n’ira pas au G8 prévu en Russie, en juin.  Aussitôt Hollande lui court aux baskets et, sans doute voulant faire mieux que son maître et faire montre de son zèle sans faille, déclare : moi je n’irai  pas ! Na !
On est pris d’effroi !  J’ai mal à ma France ! Aurait-il 
dans ses vues, ce président, de célébrer grandeur nature le centenaire de la Grande Guerre ?

Pour l’heure, Poutine contrôle donc la Crimée sous ses armes. Et il dit maintenant aux occidentaux, pris à leur propre piège ou parvenus à leurs fins  :
- Maintenant qu’on a tous des cartes en mains, discutons, Messieurs !
C’est sans doute ce qui va se passer dans les jours qui viennent. L’ours acculé aux parois de sa caverne par des braconniers qui ne disent pas leur nom a donné son premier coup de patte.
Parmi ces braconniers, figurent la diplomatie française et son président, lequel serait bien inspiré, pour une fois, de chausser de meilleures lunettes et d'examiner d'un peu plus près l'échiquier pour avancer lui-même, d'une main souveraine, responsable et réfléchie, ses pièces, sans attendre qu'on souffle à son oreille défaillante la stratégie à suivre !

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21.02.2014

L'Histoire et ma littérature

littérature, écriture« Ça n’est agréable ni à écrire ni à penser mais je ne suis pas de ceux qui bêlent à tout vent que l’Europe est à jamais sauvée des cataclysmes guerriers. Parce que derrière les poteaux que cette Europe plante pour marquer sa souveraineté, aussi loin qu’elle puisse étendre ses ailes, il y aura toujours un pays qui ne reconnaîtra pas ces poteaux comme plantés au bon endroit ou, derrière eux, une nation qui s’en sentira bafouée. De plus, à l’intérieur même de son enceinte, et ce d’autant plus sûrement qu’elle ne cesse de s’élargir, longtemps des nations seront agitées par leur sentiment équivoque d’une adhésion forcée à une histoire usurpée, sentiment tellement nébuleux qu’il faudra bientôt le taxer, pour être de son temps, de barbare. Peut-être alors les générations d’un futur plus ou moins lointain aboutiront-elles à l’effacement de ce sentiment occulte : lorsque la dissolution liquide des pays dans un même bocal sera devenue plus compacte et plus solide.
Mais les hommes aiment lire le chemin dallé par leurs ancêtres pour arriver jusqu’à eux. Les hommes aiment réveiller les fantômes de leur généalogie qui murmurent sans cesse au plus profond de leur identité. Les hommes déracinés laisseront alors un vide, un trou béant, une incompréhension à leurs enfants des siècles futurs, soucieux de savoir leurs premiers Edens. Et tant qu’il y aura ce manque de traçabilité de l‘histoire individuelle, subsistera ce sentiment d’appartenir à de lointains vaincus, la nation exterminée par le pays.
Prévoir que cette Europe est pour l’éternité à l’abri des guerres et des combats, c’est en outre juger que nous serions des hommes bien meilleurs, bien plus accomplis, bien plus intelligents, bien plus humanistes et bien plus généreux que tous ceux qui nous ont précédés.
Et ça, c’est d’une incommensurable vanité partout démentie par les réalités. »

J’eusse aimé que ce passage tiré de Polska B dzisiaj et écrit en 2009 restât dans le domaine de la littérature.
Mais, quelle que soit la solution que trouveront désormais les diplomates de Kiev et de Bruxelles - chevaux de Troie respectifs de Moscou et de Washington - cet extrait est, et je le regrette douloureusement, hélas vérifié par la centaine d’hommes qui ont versé leur sang sur les trottoirs de Kiev.
Aucune idée sur terre n’est digne d’un trépas, écrivait le poète.
Bien vainement et c’est à désespérer des hommes.

Illustration : un insurgé à Kiev

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20.02.2014

Ukraine : questions aux politiques occidentaux

1596459151.jpgOn pouvait lire ce matin dans la presse et sur divers sites d'informations :

"Il faut rétablir le dialogue politique entre opposition et pouvoir", a déclaré Laurent Fabius, en présence du secrétaire d'Etat américain John Kerry. "Chacun doit se mobiliser pacifiquement pour revenir au dialogue", a-t-il ajouté.
Mais dites-moi : que vient faire ici l'Américain ? Quels oignons vient-il faire frire dans l'arrière-cuisine ? Personne ne songe à poser la question... Pourquoi ? Parce que ça coule de source informelle ?
Transposez cependant la situation au Mexique ou n'importe où ailleurs, mais que ce soit aux portes des États-Unis, et imaginez alors Fabius faisant une déclaration passe-partout comme celle-là et qu'on nous précise : "en présence de Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères."
Vous imaginez qu'il se passerait quoi ?

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19.02.2014

Ukraine : l'échiquier dangereux

politique, littérature, écriture, Galia Ackerman, historienne spécialiste de l’Ukraine, déclarait cette nuit  sur une radio française : Ce soir, ce n’est pas la révolution, c’est la contre-révolution.
Les troupes antiémeutes ont en effet donné l'assaut. Plus de 25 morts. Kiev plonge dans le sang et le chaos.
On accuse ouvertement Moscou d’être à l’origine de cette contre-offensive gouvernementale. Certes, les forces antiémeutes ukrainiennes n’avaient ni l'expérience, ni les moyens d’un tel déploiement de stratégie et de brutalité. Sans quoi Kiev ne serait pas occupé et bloqué depuis 3 mois…
Ça tombe sous le sens.
Mais, jamais, dans la bouche d’aucun journaliste, d’aucun spécialiste, d’aucun témoin, d’aucun commentateur, d'aucun irresponsable politique (dont le belliqueux Hollande et sa porte-bonne-parole) n’est dévoilée la présence d'autres protagonistes venus de l'extérieur, sur ce qu’il convient, hélas, mille fois hélas, d’appeler
désormais le champ de bataille ukrainien.
Les forces ukrainiennes n’avaient pas les moyens de conduire la contre-offensive. Je le répète. Mais les manifestants avaient-ils les moyens, même par milliers qu’ils sont, d’opposer une telle résistance à un régime aussi fort depuis un trimestre maintenant et de bloquer le cœur de la capitale tout comme une partie du pays ?
Les morts de part et d’autre ont, pour beaucoup, été tués par balles. Si on sait, bien évidemment, qui arme les troupes d’assaut pourquoi ne dit-on pas un mot, pas un seul,  sur l’origine de l’armement des opposants ?
"Ils ne sont pas armés", dit la presse occidentale. Des journalistes ont pourtant été tués par balles, notamment un journaliste russophone. Et pas par les troupes d'assaut...

Le véritable affrontement a donc un autre nom géopolitique et les deux armées en présence à Kiev ont pour chef d’Etat major respectif une identité autre que celle qu'on nous annonce.
Leur aide de camp : L’Europe pour l’un, Viktor Ianoukovitch pour l’autre…
Le seul commentaire politique intelligent, réaliste, me semble venir aujourd'hui de Donald Tusk, premier ministre polonais, qui sait de quoi il parle, les nationalistes ukrainiens ayant établi une carte de leur pays, valable en cas de victoire de leur camp, qui annexerait purement et simplement trois powiats (départements) polonais : «Varsovie dit sa crainte de voir éclater une guerre civile dans ce pays divisé entre les régions de l'est et du sud russophones et celles de l'ouest nationaliste.»
Tel est également mon sentiment. C’est cette division historique, géopolitique, culturelle, inaccessible à un européen de l’ouest, qu’utilisent ceux qui tirent les véritables ficelles de l’insurrection, dont les buts avoués seraient pourtant légitimes s'ils étaient déterminants : un retour à la constitution de 2004.

Si telle est réellement la distribution des cartes, le continent européen est, une nouvelle fois, au bord du gouffre, les belligérants venant de faire franchir le Rubicon à leurs troupes.
En souhaitant encore une fois  et de tout mon être me lourdement tromper.
En attendant, Kiev brûle… Comme a brûlé Damas. Sur le même schéma d’une identification fallacieuse des véritables forces en présence et des véritables enjeux à plus ou moins long terme.

13:56 Publié dans Ukraine | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : politique, littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

07.02.2014

Ukraine

carte_ukraine.jpgJe suis pessimiste. Alarmiste même, mais ce qui se passe de l’autre côté de la frontière ukrainienne, à une cinquantaine de kilomètres, donc, de ma paisible demeure sous la neige dormante, ne cesse de m’inquiéter.
Pour bien comprendre, il faut d’abord savoir que l’Ukraine est un vaste pays, culturellement partagé en deux : la partie orientale est profondément slave, très russophile, la partie occidentale est de tradition plus romane, très attirée par l’Ouest et l’ouverture vers l’Europe.
De tout temps.
Mais le problème n’est pas tant l’Ukraine elle-même, quoique aux prises avec cette contradiction et  au bord du chaos, que les intérêts qui sont en jeu dans la mise en place de ce chaos.
La cible réelle, c’est Moscou et Poutine, la puissance militaire russe. Les guerriers de l’ombre sont les Américains qui tiennent là une occasion de couper la Russie de la Mer noire et de lui interdire ainsi toutes sorties, donc toutes politiques, vers le Proche et le Moyen-Orient
(1).
C’est ça, l’enjeu réel et, à moyen terme, la Syrie et l’Iran dont on sait que leur allié le plus militairement sûr est la Russie. C’est un enjeu de taille qui, s’il est avéré, ne se souciera guère des millions de morts qu’il pourrait exiger.
Il n’est pas, comme le disent nos putains de médias et nos non moins putains de dirigeants politiques, une volonté de l’Ukraine d’intégrer la communauté européenne, avec un désir ardent de liberté occidentale et tout, et tout…. Vous connaissez la messe depuis le temps qu’on nous fait prier aux sons de cette liturgie !
De cela, les Américains n’ont que faire, et peut-être même le verraient-ils d’un très mauvais œil.
Il paraîtrait d’ailleurs que la  secrétaire d'Etat adjointe américaine pour l'Europe, Mme Nuland, aurait dit (info à prendre avec les précautions d'usage) à l’Ambassadeur des États-Unis en Ukraine en parlant des pro-européens et des européens eux-mêmes : qu’ils aillent se faire enculer !
Sous-entendu, « ce qui nous intéresse, nous, c’est de mettre les ultranationalistes, à forte proportion nazie, au pouvoir, d’isoler ainsi Moscou tout en nous prémunissant, avec des gens pareils aux commandes, d’une entrée de l’Ukraine dans le grand marché européen."
Car les Américains n’ont pas pardonné et ne pardonneront pas au rusé Poutine (même derrière les simagrées diplomatiques et consensuelles de Genève) d’avoir déjoué leur plan de démembrement de la Syrie à grands coups de bombes. Avec Hollande derrière qui courait comme un p’tit chien haletant derrière un gibier inopinément levé.
Cette tentative d’encerclement de l’ogre russe n’est cependant pas nouvelle. Qu’on se souvienne de la Géorgie en 2008… Là, les chars russes avaient en une nuit réglé la question et la CIA s’était prudemment retirée du champ de bataille.
Mais Poutine est actuellement coincé par l’enjeu médiatique et politique des jeux olympiques d’hiver, pour la première fois de leur histoire organisés en Russie.
Mais jusques à quand ? Ce n’est pas par hasard si les taupes américaines présentes en Ukraine ont choisi ce moment pour mettre le feu aux poudres.

Je vous dis donc, en espérant me lourdement tromper et même que ce texte soit limite ridicule (2), qu’une Europe à feu et à sang comme elle le fut entre 39 et 45, c’est autant de dollars et de perspectives de croissance durable qui rentre dans la poche de l’Oncle Sam.
Et c’est aussi, cette fois-ci, une fois Moscou stratégiquement anéanti,  les pieds et les mains du susdit Oncle déliés pour frapper le monde quand il veut et comme il veut, au gré de ses intérêts.

Voilà l’enjeu réel des troubles et des émeutes en Ukraine, à deux pas de ma paisible demeure sous la neige dormante.
Bon week-end quand même !

_________

(1) Un accord entre l"Ukraine et Moscou permet à la Russie de mouiller une importante flotte militaire dans le port de Sébastopol.

(2) Je fais ici le pari pascalien : si tout cela n'est que pur fantasme, je n'aurai perdu qu'une petite occasion de me taire. En revanche, si c'est réalité et que je ne dis rien de mes pensées sur la question, j'aurai perdu une immense, une irréparable occasion de ne pas m'en ouvrir à mes lecteurs.

11:30 Publié dans Ukraine | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : littérature, écriture, politique |  Facebook | Bertrand REDONNET