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11.05.2018

Le Père Loriot

littérature,écritureDerrière moi tremblotent les ombres d’une lisière, musarde un chemin sablonneux et se déroule, avec une nonchalance un peu convenue, une prairie que bordent de grands bouleaux hiératiques.
Mai a de nouveau égayé l’âme des paysages et je fends mes dernières bûches, que j’entasserai une à une et mettrai à sécher au soleil jusqu’à l’automne prochain, pas fâché que cet exercice entamé généralement fin mars soit sur le point de s’achever.
Il y a du vent sous une lumière flottante et des nuages blanchâtres traversent au grand galop le toit du monde, comme impatients de rejoindre d’autres horizons.
J’attends l’oiseau. Son heure est venue. Il faudra cependant que je l’entende pour être certain que tout le peuple ailé des antipodes est bien arrivé car il est vraiment le dernier des convives à s’installer à la grande table des éternels retours. C’est un retardataire. Tant que dans le vieux polonais on l’appelait Zofia, ses premiers trémolos vibrant aux alentours de la sainte Sophie, le 15 mai.
Il viendra et, à quelques branches près, je sais déjà d’où il sifflera son premier couplet.
Car c’est un grand siffleur, un gosier des plus  mélodieux, un musicien de haut vol, quand il ne lui prend cependant pas fantaisie de faire l’idiot en émettant une espèce de grincement discordant, comme s’il voulait camoufler sa véritable identité et imiter un autre grand contrefacteur des bois et des forêts, le geai.

Il salue toujours depuis l’ombre frémissante des jeunes rameaux.
Je ne le vois pas. Ou si peu. Une ou deux fois seulement sur le cours d’un été, encore que de façon très furtive, un mouvement plutôt qu’une présence réelle, ce qui ne cesse d’intriguer eu égard à l’éclat de son plumage, comme si celui-ci absorbait la lumière ou se fondait en elle.
C’est le loriot, le plus tropical de nos oiseaux de par cette luminosité de la livrée, jaune vif et noir, aussi éclatante que celle des oiseaux de volière que vendent ou trafiquent les marchands, à tel point que le néophyte qui a l’heur de l’apercevoir un jour, peut croire qu’il s’agit là d’un spécimen évadé d’un parc zoologique ou d’une boutique d’oiseleurs. De par, aussi, son sifflement limpide, sobre, flûté, humain presque, et de par son court séjour sous les latitudes de notre hémisphère, quelque deux mois et demi seulement.
Pour son habit cousu d’or, criard sur les tonalités plutôt modérées de nos buissons, on l’appelle, dans certaines régions, la grive dorée ou encore le merle d’or. Cela lui va d’ailleurs comme un gant car il tient effectivement son nom de l’or latin, aurum, qui  donna aureolus, doré, qui lui même se mua vers le milieu du XIIe siècle en l’oriol, puis en l’oriot. L’article, déjà contracté sous l’effet de tous ces avatars de l’histoire linguistique, finit par se coller au mot lui-même, aimanté sans doute par ses reflets affriolants.
Une vraie pépite, donc, la genèse de ce mot d’oiseau. Une lecture aigue, figurative, des choses du monde.
Je n’arrive cependant que très difficilement à mettre la main sur la racine sémantique du compère-loriot, cette petite protubérance autrement dite orgelet, qui peut se malencontreusement former sur les paupières des hommes. Certes, un des noms familiers de l’oiseau chanteur, dans certaines régions, est le compère-loriot. Cette appellation bonhomme lui viendrait de ce qu’il fut longtemps nommé, en vieux français, le merle-loriot, littéralement le merle d’or, qui se métamorphosa en mère-loriot, puis en père-loriot, sous l’influence raisonnée de son genre masculin.
Si tout cela me semble quelque peu tiré par les plumes, ça n’en demeure pas moins assez plaisant.
Mais le petit furoncle de l’œil, ce compère-loriot, ressemble plutôt à un grain d’orge, lequel prit racine sur le bas latin hordeolus. Rien à voir avec le compère-loriot, n’est-ce pas ? Surtout si l’on décortique, non point le grain d’orge, mais le compère, cum et pater, « avec le père ». Avec le père loriot ?
D’autres étymologistes évoquent l'évolution convergente des deux mots latins aureolus et hordeolus avec la même adjonction de l'article pour orgeul, en ancien français.

J’y perds un peu mon latin, je l’avoue. Laissons donc là les paupières et leurs petits désagréments et revenons à l’oiseau qui, en plus d’être un virtuose de la double-croche est un artiste de l’architecture. Il est en effet assez original pour que son nid ne repose pas sur une branche - comme tous les nids du peuple ailé construits dans des arbres -, mais soit suspendu à une fourche,  assez loin du tronc de l’arbre  pour  être ainsi à l’abri des prédateurs grimpeurs, telle la martre. C’est un berceau de lichen et de mousse, qui en permanence fait de la haute voltige au-dessus du vide,  au gré des souffles printaniers.
En Pologne, si le compère-loriot chante beaucoup à la Saint Vincent, soit le 24 mai, on dit :

Loriot de la saint Vincent, pas bon pour le paysan.

Car on prétend ici que plus l’air est chargé d’humidité et plus l'artiste fait montre de son talent flûté. Je ne sais évidement pas si cette appréciation est fondée, quoique sans doute issue de l’observation comme tous les vieux adages autodidactes des campagnes.
Ce que je sais en revanche, ce que je ressens plus exactement, c’est que le chant du bel oiseau jaune et noir a quelque chose d’humide, de frais, de cristallin comme l’eau claire de la source.
Quelque chose de fluide qui, effectivement, peut évoquer l’ondée printanière sur les jeunes frondaisons.
La lecture, l’appréhension du monde, ne nous viennent-elles pas, souvent, des impressions ? Et si les faits, parfois, viennent corroborer ces impressions, que nous importe alors la froide connaissance du cartésien ?

17:55 Publié dans Les Oiseaux | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

29.04.2018

Les ailes de Belzébuth

grand.corbeau.yvto.2g.jpgSans doute serait-il difficile de trouver un autre oiseau du ciel et des nuages qui soit, tel le grand corbeau, chargé d’une symbolique aussi sinistre et d’aussi mauvais augure.
Car la conscience figurée en a fait l’emblème du patibulaire, du fossoyeur, du prêtre et du délateur, sournois, traître, félon, lâche auteur de messages anonymes.
Tout ce qui touche à la mort l’accable, et ça, il le doit à ses mœurs nécrophages, certes, mais surtout à sa couleur.
Si la buse, le geai parfois, qui sont aussi des oiseaux ne rechignant point à inscrire à leur menu quelques lambeaux de chair crevée, ne sont pas pour autant taxés de tant de vilenies, c’est que leur plumage donne le change et ne les associe pas au malheur et au néant. Car la mort est toujours noire, comme la nuit, comme la grotte, comme le caveau, comme les entrailles de la terre, comme le corbillard  et comme l'habit qui fait le moine.
On peut cependant comprendre cette proximité de la mort dans l’imagerie humaine car autrefois, on le sait, quand les guerres recouvraient les prairies, les vallons et les sous-bois de soldats à la fleur de l’âge, inconnus et les tripes à l’air, le grand corbeau, c’est vrai, glanait volontiers sur le carnage.
Aujourd’hui encore, on tue, on massacre aux quatre horizons du monde, on torture et on étripe sans retenue, mais en prenant soin de débarrasser aussitôt les rues et les champs des stigmates assassins du désastre. On tue « propre », c’est la rançon du progrès. Les guerres d’antan, elles, souvent ne trouvaient leurs fossoyeurs que chez le paysan, contraint et forcé de « nettoyer » son champ s’il voulait y tracer à nouveau son sillon et y ensemencer quelque espoir de pain blanc.
Et ces vastes espaces de l’effroi offraient quelque temps un festin au grand corbeau charognard. L’imaginaire ne lui pardonne pas. Ne lui pardonnera jamais. On ne pardonne pas à qui pousse la barbarie jusqu’à se goinfrer de cadavres.
Son bec et son gosier sont ceux de l’Ange déchu.
Autour des gibets aussi notre grand oiseau, paraît-il, aimait à venir déguster des bribes de suppliciés que, par un raffinement des plus exquis, on laissait exposer au regard des passants, tels des épées de Damoclès se balançant au-dessus de leur tête courbée, des fois que...

Pies, corbeaulx nous ont les yeulx cavez
Et arraché la barbe et les sourcilz.

chante la Ballade des pendus de Villon, à laquelle fera écho Le Bal des pendus de Rimbaud :

Le corbeau fait panache à ces têtes fêlées,
Un morceau de chair tremble à leur maigre menton

 

Le grand corbeau porte ainsi sous son aile le sceau de cette infamie alimentaire. Il est irrémédiablement associé aux pendus, tout comme l’est la mandragore, cette plante qui se nourrissait du sperme de la dernière et sporadique éjaculation du trépas, dont la racine ressemble affreusement à un corps humain et que des femmes consommaient pour trouver la fertilité.
La vie puisée aux sources de la mort. De la mort expiatoire. Les deux pôles dramatiquement extrêmes d’une même dialectique.
On peut donc comprendre, disais-je, que ce fantasme de la mort lui colle à la plume, à notre grand corbeau.
Mais pourquoi faire de lui un sycophante des plus pervers, auteur de lettres masquées ? Quelle trace peut-on trouver dans son histoire qui lui vaille qu’on lui emprunte son nom à ce peu glorieux effet ? Aucune, je pense, sinon celle d’une cruauté légendaire et sans scrupules. Le dénonciateur anonyme n’a pas d’âme. Tout comme le corbeau mangeur de chair humaine, prédateur des grandes catastrophes.
La seule trace que je trouverais mais qui n’a vraiment qu’un très lointain rapport, sinon tiré par les plumes, puisqu’il y est question de message, viendrait d’une vieille expression, ne pas revenir comme le corbeau de l’Arche, pour dire un départ définitif, sans espoir de retour. Cette locution était une allusion au corbeau que Noé envoya en éclaireur, en compagnie d’une colombe, et qui préféra demeurer sur terre à se goberger plutôt que de rapporter le message, à la différence de la colombe qui, elle, revint.
Car, comme chacun le sait, les colombes blanches sont loyales et les corbeaux noirs perfides.

Aujourd’hui, le grand corbeau ne survole plus de sa vaste envergure nos campagnes, nos plaines et nos forêts. Il a pratiquement disparu de France, non pas parce qu’on y tue « propre » à présent et qu’on n’y pend plus, mais parce qu’on lui a littéralement détruit son habitat.
Il s’est donc réfugié dans les rochers de la montagne, là où tous les coins de terre ne sont pas ravagés par l’insatiable et stupide industrie agricole.
Partout ailleurs, sur la Beauce, sur les marais poitevins, dans les villes même, on appelle corbeau le moindre freux ou la moindre corneille. Des corbeaux de loin, au rabais, avec usurpation d’identité. Des corbeaux du langage falsifié.
Mais ici, en Pologne de l’est où la frénésie du lucratif n’a pas encore eu le temps de défigurer totalement tous les paysages, où le petit champ et la forêt dominent encore, je l’entends et je le vois souvent, le vrai corbeau, qui traverse avec nonchalance le grand ciel gris au-dessus des villages. Il m’est arrivé de le rencontrer au hasard d’un chemin forestier en train de se sustenter d’un hérisson ou d’une belette crevés. Plus loin au nord, dans l’immense sylve de Białowieża, il suit scrupuleusement les meutes de loups, guettant avec avidité que ceux–ci soient enfin rassasiés d’une prise  pour venir en déguster les reliefs.
Chez moi, il s’appuie sur la cime des grands arbres de la clairière, se pousse du col, ébouriffe sa tunique noire et lance son cri rauque, kruk, kruk, kruk.
D’ailleurs, c’est ainsi qu’on le nomme, kruk. Tout simplement.
Et je m’empresse de signer de mon nom ce petit texte, car je hais l’anonymat, malfaisant ou pas. Je le signe pourtant corbeau illustre, si je m’en réfère aux racines de Bertrand dans l’ancien germanique.
Et il est vrai que je ressens avec le grand oiseau quelque lien de parenté, non pas pour l'illustre ou les mœurs gustatives, mais pour la couleur.

16:52 Publié dans Les Oiseaux | Lien permanent | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

22.04.2018

Aux quatre vents du ciel

littérature,écritureSous le pont, archaïque et tout de pierres bâti, de mon enfance, coulait La Bouleure.
Un vague ruisseau qui resurgissait des entrailles de la terre sous les pluies battantes de novembre, grossissait, enflait, inondait tout alentour, puis s’assagissait au fil des mois, regagnait lentement son lit en laissant derrière lui des écumes et des morceaux de vieux bois éparpillés, avant de disparaître aux premières tiédeurs du mois de mai.
Un vague ruisseau qui sillonnait à travers des prairies humides, qu’on appelait les prés bas et qui étaient entrecoupées d’épais buissons et de bosquets désordonnés.
Au-dessus de ces près bas, je me souviens, des oiseaux le soir tournoyaient en jetant dans la pénombre des nuages des plaintes aigües, telles celles jetées par les âmes errantes à la recherche désespérée de leur salut. Enfant, j’étais fasciné par ces oiseaux, par la solitude attristée qu’ils semblaient inscrire sur le ciel gris des crépuscules d’hiver.
C’étaient des vanneaux. Des vanneaux huppés venus passer l’hiver chez nous, depuis l’Est ou le Nord. Plus tard, quand la sève nouvelle montait aux rameaux des buissons, on les retrouvait en bandes serrées et nombreuses, immobiles, sur le silence inquiet des guérets et des blés verts.
Un proverbe de chasseurs disait d’eux : Qui n’a jamais mangé de vanneaux, n’a jamais mangé de bons morceaux.
Hé bien soit ! Je n’ai donc jamais mangé de bons morceaux et je ne m’en porte pas plus mal, ma foi !
En revanche, je plagierais volontiers l'affligeant chasseur et dirais : Qui n’a jamais vu de vanneaux, n’a jamais vu de bel oiseau.
Car sa fine élégance, le galbe impeccable de sa silhouette, en font un habitant remarquable des paysages de plaine. Avec sa petite huppe à la renverse, comme un épi rebelle,  il ressemble un peu à Tintin et son vol a quelque chose de si gracile, de si léger, de si facile, que je le regardais jadis, et même encore à l’occasion, fasciné par ses voltiges et acrobaties.
D’ailleurs, si le vent ne murmure pas, si l’ambiance est immobile et la campagne crépusculaire silencieuse, on peut entendre, s’il passe à portée, le frottement délicat de son aile contre l’air.
Et il doit probablement son nom à ce froufrou singulier.
Car il y avait aussi dans les cours de ferme de mon enfance de lourds ustensiles de bois, de forme disgracieuse, que nous appelions des vans et que nous orthographiions mentalement vents car c’étaient des sortes de moulins fermés destinés à séparer le bon grain de l’ivraie, à débarrasser le blé de ses impuretés lorsqu’on en tournait une manivelle pour qu’ils produisent, effectivement, du vent. C’étaient en fait des tarares, ou des vanneuses, mais le paysan, fidèle aux mots de jadis, conservateur dans son vocabulaire, les appelaient des vans, car c’est ainsi que leurs parents et grands-parents nommaient autrefois de larges paniers d’osier servant, à leur époque, à éventer le grain. A le tamiser par grand vent.
Il y a des mots, comme ça, qui font fi de la transformation, des métamorphoses techniques des objets qu’ils désignent. Le mot voiture en est l’exemple le plus probant, qui n’a jamais accepté le mot automobile et qui même l’a supplanté partout dans le langage courant…
On dira plus volontiers j’ai acheté une voiture, plutôt que j’ai acheté une  automobile, n’est-ce pas ? Et même la voiture s’impose-t-elle le plus souvent pour dire le wagon d’un train de voyageurs, et tout ça plus d’un siècle après la disparition du véhicule hippomobile comme moyen de locomotion principal !
C’est donc de ce mot van que notre vanneau tiendrait son nom, lui dont le vol léger donne un chuintement, un souffle, tel celui du van dispersant l’ivraie aux quatre vents.
 

Ici, sur les rives du Bug, le vanneau huppé, niche parmi les herbes folles des petites dunes de sable et dans les marécages alentour. Je le vois réapparaître en avril et disparaître dès la fin de l’été. Son séjour est donc exactement l’inverse de celui que je lui connaissais sur les rives de la Bouleure.
Il habitait mes hivers et fuyait mes printemps, il peuple désormais mes printemps et fuit mes hivers. Parce qu’entre la Bouleure et le Bug, il y a son voyage, son exode pour la survie, son survol des climats et des longitudes.
Reste à savoir - comme pour tous les grands migrateurs - quel est le point départ et quelle est la terre d’exil. Est-il un oiseau d’ici ou bien un oiseau de là-bas ?
Quand je me pose la question, j’en arrive très vite à conclure que chez moi pour les oiseaux c’est maintenant.
Parce que sans doute ne s’encombrent-ils pas d’une mémoire qui leur serait, comme à nous les hommes, constitutive et incontournable dans l’appréciation de l’instant.

09:59 Publié dans Les Oiseaux | Lien permanent | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

15.04.2018

Le forban des frondaisons

coucou.a.tete.grise.sisu.1p.jpgAu bocage sans prétention, là où petit à petit l’oiseau fait son nid, le coucou a une sale réputation...
Et les sages ornithologues, eux, qui observent, qui notent, qui étudient, qui déduisent et qui dès lors ne sauraient porter de jugements anthropomorphistes et moraux, parlent à son sujet de parasitisme social. Diantre ! Par renversement de perspective, ça nous le rendrait d’emblée sympathique, ce tricheur et ce vaurien d'oiseau, car nous savons bien, nous autres, que le parasitisme social ne se situe pas là où il se montre le plus, chez le Sans Nid Fixe et le trimardeur, mais sur une branche bien plus haute de l’organigramme de la fortune, chez ceux qui se nourrissent grassement de toutes les misères du corps social.
Notre coucou, donc, a des mœurs affligeantes du point de vue de la morale humaine puisqu’il confie systématiquement et sans aucun état d’âme, vous le savez, ses enfants à l’assistance publique éparpillée dans les branches printanières.
Du point de vue de la morale humaine, j’ai bien dit.
Car est-ce sa faute à lui, si sa nourriture, faite de lombrics coriaces et de chenilles urticantes, processionnaires, rugueuses, serait parfaitement indigeste pour ses nourrissons ? Pire, qu’elle les tuerait assurément dès la première becquée ?
C’est donc par bonté et par amour pour ses rejetons, que le coucou les abandonne aux soins d’un autre bec, comme une maman dont le lait serait empoisonné laisserait son nourisson  téter à un sein plus sain que le sien. N’est-elle pas belle, cette abnégation ? Vous en connaissez beaucoup, vous, capables de supporter avec flegme et philosophie qu’un opprobre unanime soit jeté sur eux parce qu’ils voudraient à tout prix sauver leurs enfants d’un cruel et précoce étouffement ?
Ah ! Gardons-nous donc de péremptoirement juger et écoutons plutôt d’une oreille indulgente ce messager des premières tiédeurs d’avril qui, du fond de sa forêt, semble effectivement narguer tout le reste de la gente ailée et prendre un malin plaisir à l’effaroucher : Suis d’retour ! Coucou, coucou !  C’est moi que rev’ là ! Coucou !
N’empêche. Cette renommée désastreuse, l’oiseau la traîne depuis si longtemps et ses colocataires des bois et des forêts le détestent et le considèrent tellement comme un bandit de grands chemins, qu’il est pour eux une calamité pire que le faucon ou l’épervier. D’ailleurs, sa ressemblance avec ce dernier est telle que les hommes ont longtemps cru dur comme fer que le coucou se métamorphosait en épervier sitôt la saison des couvaisons passée. Ignorant ses migrations jusques sous les cieux de l’Afrique tropicale et méridionale, ils en voulaient pour preuve qu’ils ne l’entendaient plus dès la fin juillet !
Là comme partout ailleurs, on le voit,  les croyances les plus farfelues ne sont jamais avares de preuves  et c’est une des constantes de l’ignorance prétentieuse.

Avec ses mœurs de voyou, le coucou est forcément très présent dans l’atavisme culturel des hommes, où s
on indélicatesse n'a dégal que la cruauté du loup. Le langage qui dit le monde et ses fantasmes, s’est donc doté d’une foule de locutions ayant pour la plupart trait à son impertinence de squatteur, tout comme il s’est fendu de nombreuses expressions sur la méchanceté de la bête sauvage et grise, grande dévoreuse de chaperons rouges.
Si on ne dit pas qu’on a
laissé entrer un coucou dans la volière, par exemple, l’imagerie linguistique dédiée à notre oiseau accuse néanmoins quelque ressemblance avec celle réservée au loup puisque, goguenard, on dira volontiers d’un naïf qui fait rentrer chez lui un galant susceptible de lui souffler sa femme, qu’il invite un coucou dans son nid.
Car si le coucou dispute au curé et à la couleuvre le prix d’excellence d’une incurable fainéantise - feignant comme un coucou - il est également soupçonné, tout comme le loup, de déployer dans l’ombre des sous-bois une activité sexuelle de patachon, comme quoi il y a quand même quelque chose de fondamental qui intrigue les hommes chez les animaux sauvagement libres et qui les questionnent sur leur propre énergie sexuelle, bridée par une foule de tabous et de préjugés à la gomme. On frappe souvent d’indignité ce qu’on n’a pas ou qu’on n’ose pas avoir.
Les raisins verts de la Fable, en quelque sorte.
Dans cet état d’esprit, on pourrait, je crois, et sans rien trahir de la conscience collective, dire d’une péronnelle fraîchement déflorée qu’elle a vu le coucou plutôt que le loup. D’ailleurs, les parents prudes, un tantinet mièvres, n’enjoignent-ils pas à leurs enfants soudain débraillés qu’ils dissimulent leur petit oiseau ? Jamais je n’en ai entendu, il est vrai, faire les nigauds au point de leur dire de cacher leur petit loup !
Ce fantasme du coucou paresseux et qui, sans même prendre la peine de faire un lit de quelques brindilles, copule et se reproduit à l’envi de branches en branches, sans souci autre que son plaisir puisque ce n’est pas lui qui aura en charge l’entretien de la descendance, a donné naissance à une expression pleine de sous-entendus, être maigre comme un coucou. Parce que le mâle très actif, habile de surcroît, aux  insatiables appétits aussi, passe chez les hommes pour être forcément maigre. Dans le Poitou on file même la métaphore selon laquelle un bon coq n’est jamais gras. Tout ça est fort délicat, n’est-ce pas ? Et somme toute assez désobligeant pour les hommes qui, les pauvres, accusent à leur grand dam quelque embonpoint !
Mais je ne puis hélas passer ici en revue toutes les expressions qui fleurissent sur le dos du pauvre coucou ! Je préfère vous conter une de ses particularités, qui m’a toujours laissé rêveur, perplexe même.
Figurez-vous que le jeune coucou, élevé par un rouge-gorge, une fauvette, un rossignol ou un pinson, peu importe, qui n’a jamais vu la moindre plume de ses véritables parents, qui ne sait pas d’où il vient, qui n’a jamais fait le long voyage par-dessus les monts, les plaines et les mers, que ses géniteurs n’attendent pas pour partir sous les tropiques car il n’est pas encore suffisamment fort pour entreprendre le périple quand, aux premiers jours d’août, ils décident de lever l’ancre, les rejoint, eux précisément, aucun autre de ses congénères, à la fin de l’été sur une branche parmi les millions et les millions de branches de la vaste et luxuriante forêt tropicale.
Alors ? Quelle géométrie bleue du firmament, quels scintillements, quelle lumière, quelles étoiles de la nuit, quelle connaissance des horizons qui se meurent et qui renaissent, quelle préscience des vents et des nuages, quelle poésie des paysages, des sinuosités des rivières, des écumes furibondes de la mer, des sables tranquilles de la plage et du désert, a-t-il sous son aile pour réaliser en solitaire cet exploit d’aventurier au long cours, dans le parfait inconnu et jusqu’à un point minuscule des antipodes, tacitement convenu ?
Il y a assurément quelque chose de puissant, quelque chose de grandiose et de précis, dans l’organisation de l’univers ; quelque chose de spontanément accessible à une cervelle d’oiseau et qui échappe totalement à notre cœur et à notre cerveau d’humain.
Quelque chose qui interroge plus profondément, plus intimement, plus miraculeusement, jusqu’à la larme secrète de l’émerveillement, l’athée que le déiste ou que le scientiste, parce qu’il n’a pas, lui, à sa disposition la commodité d’un dieu ou d’une théorie pour signer d’un trait la mystérieuse excellence de ce Grand Tout.

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17.11.2017

L'oiseau épargne

1001195-Geai.jpgRendons tout d’abord à César ce qui…
Par cœur vous connaissez la formule, bien sûr. Laissons donc là César et Dieu et rendons au geai ce qui lui revient de droit, son gracieux plumage  tout de rose et de gris brossé, avec, sur ses ailes délicates, une fine dentelle brodée de bleu turquoise.
Car avec sa fable, Le geai paré des plumes de paon, le poète antique, remis au goût du XVIIe par La Fontaine, a pu laisser croire aux néophytes que le geai était doté d’un plumage des plus vulgaires. Lexicalisée en expression métaphorique, le titre de cette pièce désigne, vous le savez sans doute, un fat qui s’attribue des mérites et des qualités qu’il n’a point, souvent empruntés à plus brillant que lui, d’ailleurs.
Révérence parler envers les deux fabulistes de génie, il s’agit là tout bonnement d’une sombre idiotie. Que n’ont-ils choisi le moineau ou le rossignol aux ternes parures ? Le geai est un magnifique oiseau qui n’a rien à envier au paon et qui, même, possède sur lui l’avantage de n’être point ridicule. Franchement, vous avez déjà vu un paon faire la roue ? Grotesque. La fable en perd du même coup tout son sens et tout son piquant puisque le fat y est plus beau de nature que celui qu'il voudrait imiter.
Notre geai est aussi victime d’une fâcheuse homonymie. On dit être noir comme un geai. En voilà bien une affaire ! Car il y a confusion phonique avec jais et, par le fait, beaucoup qui n’ont point l’heur de savoir les oiseaux croient que notre geai est noir !
Mais il y a eu pire… Une vieille locution disait autrefois être foireux comme un geai. Là, j’avoue ne pas trop saisir car je n’ai jamais vu, de près tout du moins,  fienter un geai, pas plus qu’un merle ou qu’un pinson. C’est assez délicat tout ça. Je ne saurais donc vous dire en quoi ses déjections seraient plus inélégantes que celles de tout autre volatile.
Mais venons-en, après ce tour d’horizon des expressions qui lui sont malencontreusement consacrées, au bel oiseau des bois et des halliers. Il est le perroquet de nos latitudes. Il sait imiter à la perfection toutes sortes de bruits et de voix et il s’en sert comme d’une arme de dissuasion, le malin ! S’il a un repas succulent à prendre, par exemple, et que d’autres représentants de la gent ailée pourraient bien vouloir lui contester, il imite le cri perçant de la buse variable quand elle plane au-dessus des forêts et des champs et tout le monde déserte à tire-d'aile ces environs mal fréquentés. Si c’est un bout de charogne qu’il a inscrit à son menu du jour, notre geai sait miauler comme un bon gros matou et alors corbeaux, pies, corneilles et autres nécrophages se gardent bien de virevolter plus longtemps dans les parages.
Le geai parle aussi, comme un homme, et à s’y méprendre.
Une expérience récente, mais pas des plus intelligentes, a démontré par ailleurs qu’il savait reproduire à l’identique la sonnerie d’un téléphone portable. Là, on se demande avec juste raison ce que ce genre de connaissance peut bien nous apporter. On voudrait subtiliser un peu de poésie au don de ce charmant oiseau pour le ravaler au rang des imbéciles humains, qu'on ne s'y prendrait pas mieux !
Et notre oiseau possède une autre particularité. Il voit tout et il entend tout. Ainsi, dès qu’un intrus, le plus souvent un homme, pire un homme-chasseur, ou alors un prédateur genre fouine ou goupil, pénètre dans les calmes endroits des jardins forestiers, il navigue de branches en branches et prévient tous les habitants par des cris d’alarme significatifs.
Et tout le peuple des sous-bois et des breuils de se mettre vitement à l’abri !
Je ne puis passer sous silence une autre de ses grandes qualités. Ce serait lui faire beaucoup d'offense. Le geai affectionne les glands. Aussi, tel Harpagon, en récolte-t-il bien plus qu’il n’en a besoin pour ses régals d’automne. Il  cache alors sous terre, en prévision des rigueurs de l’hiver, son surplus de récolte, là, ici, là-bas, et comme il n’est pas un écureuil, lui, - sans quoi la caisse d’épargne l’aurait certainement pris pour enseigne parce qu'une banque c'est d'abord fait pour plumer - il oublie le plus souvent où il a recelé ses trésors .
Et des chênes poussent là où, naturellement, jamais ils n’auraient eu le loisir de pousser. Un semeur, le geai. Un forestier soucieux du repeuplement.
Si d’aventure, donc, par des chemins creux aux talus desquels ne poussent d’ordinaire que des épines ou des arbres qui ne sont point de métier, vous vous reposez d’une promenade à l’ombre vénérable de sa Majesté le chêne, pensez un instant que vous devez peut-être cette aubaine à un geai, receleur et distrait.

13:46 Publié dans Les Oiseaux | Lien permanent | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

11.10.2017

Dame de nuit

littérature,écrtitureIl en va des animaux en général et des oiseaux en particulier comme des hommes : certains préfèrent la course du soleil et vivent parmi les chiens, d’autres la course de la lune et vivent parmi les loups. Certains se lèvent donc quand l’étoile de feu darde son premier rayon sur les limites visibles de l’orient, d’autres quand elle arrose le ponant d’une dernière flambée.
Chez les oiseaux, la chouette hulotte, on le sait, est de ces derniers noctambules. Elle habite la nuit qu’elle frôle et caresse de son aile chuintante ; elle voyage sous le silence des étoiles, elle ne vaque à ses mœurs secrètes que dans l’obscurité et ne s’endort qu’au chant du coq, tels les fantômes et les âmes damnées.
La lumière l’éblouit et si vous avez l’heur d’en surprendre une reposant en son repaire - un creux d’arbre, une cavité rocheuse quelconque, une poutre dans la pénombre d'une  vieille grange  - et que vous la tirez de son sommeil, vous verrez alors ses yeux accablés, torturés par cette clarté avec laquelle elle ne sait lire le monde.
Dès lors, si on n’est pas un fringant rossignol du mois de mai, est-ce qu’on peut décemment chanter la nuit ? Est-ce que la chouette chante ? Est-ce que cette plainte, cette sorte de lamentation émise comme par un indicible désespoir, peut être assimilée à un chant ?
D’ailleurs, elle s’appelle chouette hulotte, notre chouette, ou encore chat-huant. Le chat qui hule, huler en vieux français signifiant pousser des cris, et qui donna, emprunté à l’onomatopée latine ululare, hululer.
L’oiseau des ténèbres est inscrit au langage des hommes par son cri seulement… Un chat qui hurle. Une double malédiction sans doute. Le sceau de l'enfer.
Parce qu’il est enveloppé par la noirceur de la nuit, cet ululement est donc ressenti comme profondément lugubre et, dans les campagnes, il évoque toujours la mort qui rôderait alentour. Quelqu’un est mort ou quelqu’un va mourir. La chouette, on le voit, est ainsi l’oiseau de  mauvais augure par excellence. Ne la crucifiait-on pas sur les portes des maisons que l’on prétendait vouloir exorciser ?
Prodiguant au fond des chaumières cette peur atavique, irraisonnée, de la nuit et des fantômes qui la hantent et la bravent, elle est un peu - qu’on me passe le coq-à-l’âne - comme les anarchistes de Léo Ferré : on ne l’entend que lorsqu’on a peur d’elle.

Au vu de tous ces sinistres préjugés de l’imaginaire qui accablent cet oiseau pourtant charmant, on est dès lors en droit de se demander ce que vient faire dans notre langage le qualificatif un peu mièvre chouette pour dire une chose ou une situation agréable, plaisante ou bonne. C’est chouette ! C’est cool !
C’est que cette dame de la nuit passerait malgré toute sa funeste symbolique pour être coquette. Selon P. Guiraud, il n’en est cependant rien. Du moins ne fait-elle pas sa plume plus méticuleusement et plus souvent que tout autre oiseau de la planète. Cette réputation ne lui serait venue que d’une proximité phonétique avec l’ancienne forme du verbe choyer, chouer.
C’est bien possible. Pourquoi pas ? Les mots, il est vrai, dans leur histoire, sont souvent nés par l’oreille et se sont transmis ainsi, car la parole est bien antérieure à l’écrit. Mais, s'agissant de la chouette, le voisinage phonétique n’en a pas moins produit son contraire, car notre oiseau peut aussi prêter son nom à une vieille femme désagréable, acariâtre, dont on dira alors qu'elle est une vieille chouette.
Là, c’est vraiment pas chouette du tout, parce qu’il n’y est vraiment pour rien, l’oiseau noctambule ! C’est la littérature qui lui a collé cette étiquette sur le dos, une de plus, et plus particulièrement Les Mystères de Paris d’Eugène Sue, livre dans lequel une mégère, une harpie, un succube tranchons le mot, des plus imbuvables, s’appelle Chouette.

Reste à savoir pourquoi… Reste à savoir, dans cet emprunt littéraire, qui fut l’œuf et qui fut la poule.

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28.03.2017

Prince de l'onde

indeks.jpgBien plus qu’un plumage, c’est un véritable habit de lumière, chamarré d’orange et de bleu turquoise, qu’arbore cet oiseau farouche des berges humides, des rivières, des canaux, des étangs et des lacs.
Il habitait en grand nombre, je me souviens, les rives des conches et des rigoles poissonneuses du marais poitevin, et sous les sombres frondaisons des frênes têtards et des aulnes, sa parure étincelait soudain, furtive, entre deux rayons de soleil filtrés par l’épais feuillage.
Et je l’ai retrouvé ici, sur les prairies parcourues de minces ruisseaux d’eau claire, tout comme sur les berges escarpées, sablonneuses, du Bug fougueux.
D’ailleurs, sans même parfois les voir, j’ai reconnu aux frontières de l’Europe beaucoup d’oiseaux des rivages atlantiques, quoique décalés par les saisons, ceux qui hivernent là-bas prenant leurs quartiers d’été ici. Je les ai reconnus, pour la plupart, à leurs mélodies, car la langue que chantent les oiseaux n'a ni frontières ni pays. Les ramages, à la double croche près, sont les mêmes sur les rives du Bug que sur celles de la Sèvre niortaise.
C’est ce qui en fait à mes yeux d’expatrié des êtres universels.

Mais les oiseaux  portent d'autres noms selon le coin de ciel qu’ils sillonnent de leurs charmantes, et parfois éphémères, envolées. C'est ce qui fait aussi d'eux des étrangers, en dépit des trémolos identiques, de la même façon de voler, de construire leur nid et de se présenter au promeneur sous les mêmes camaïeux.
En apprenant leurs noms, il m’a alors semblé les apprivoiser mieux, les faire poètes complices de mes paysages et de mes saisons.
Des noms parfois difficiles, tel celui de ce magnifique oiseau, donc, fureteur des eaux et des ajoncs.Le martin-pêcheur...
Son appellation polonaise m’a longtemps posé une grosse interrogation : Zimorodek, littéralement, celui qui naît en hiver.
J’ai longtemps cherché le pourquoi de cette fantasque désignation : les oiseaux naissent au printemps, à plus forte raison sous ces rudes latitudes continentales où l’hiver est tout de silence, de neige et de glace, sans le moindre vermisseau à se glisser dans le bec.
J'ai alors feuilleté mes grands  livres d'oiseaux, leurs textes et leurs images. J'ai consulté les sites consacrés à l'ornithologie... Le martin-pêcheur naît bien en mai ou en juin, comme à peu près tous les personnages de la gent ailée.
De guerre lasse, j'ai alors interrogé quelqu'un dont je savais qu'il avait un ornithologue parmi ses proches. Et la réponse, linguistique, est venue éclairer l’apparent non-sens.
Le martin-pêcheur creuse des galeries souterraines dans les berges des cours d'eau et c'est là, dans ces sombres tunnels, qu'il fait son nid et se reproduit, comme s’il voulait contredire, par un berceau sépulcral, caverneux, humide et froid, l’éclat de sa prestance une fois éclos au grand air. Comme s’il voulait être ce que le gracieux papillon voltigeant d’un parfum de fleur à un autre est à la chenille.
Or, ziemia, c'est la terre et zima, c’est l’hiver. Initialement, l'oiseau portait donc nom ziemiorodek, celui qui naît sous la terre. L'oiseau souterrain...
Mais la langue polonaise, comme toutes les langues du monde, vit. De l'érosion déposée sur elle par des siècles de pratique et d’échanges, d'un emploi fautif un jour glissé entre ses lignes, par deux petites voyelles tombées aux oubliettes, elle s'introduit triomphalement dans les dictionnaires et les manuels, gommant ainsi son histoire aux yeux du quotidien inattentif.
Zimorodek. Celui qui naît bien au printemps, mais sous la terre...
Et qui s'évanouit de mes paysages, le grand hiver blanc revenu.

Sa carte d’identité française, quoique évidemment plus accessible pour mézigue, n’est guère  simple non plus. Le Martin en question se nourrit exclusivement de poissons ; pêcher est dès lors son art de survivre. Mais pourquoi Martin, plutôt qu’Anatole, Paul ou Francis ? Les dictionnaires, reconnaissant que les raisons - linguistiques ou sémantiques - du choix de ce nom propre leur échappent, notent cependant que le procédé dans l’histoire de la langue qui dit les oiseaux fut assez courant, jacquot pour le perroquet ou sansonnet, de Samson, pour l’étourneau ou la grive.
Ils ne disent pas, et je m’en étonne, que Martin a également longtemps désigné l’âne, jusqu’à donner ce beau sarcasme lexicalisé,  il y  a plus d’un âne à la foire qui s’appelle Martin, pour dire un caractère, une réputation, un défaut communs à beaucoup de monde.
Pour en revenir cependant à notre beau martin-pêcheur, au XVIe siècle, celui-ci portait simplement nom martinet, après s’être fait appeler martinet-pescheur. La langue supprima donc d’abord le pescheur, avant de se raviser et de préférer abroger le suffixe et, pour rétablir dans sa plénitude la qualité première de l’oiseau.
Elle a laissé ce nom de martinet tout court à un autre oiseau, qui, lui, en exécutant tout là-haut, sur les ciels torrides des soirs d’été, ses acrobaties et ses criardes farandoles, n’excelle en fait que dans la pêche aux moustiques.

 

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18.03.2017

Assoiffées d'azur

grues.jpgQuand les tout premiers soleils de mars s'abreuvent aux tout derniers îlots de neige sur la prairie riveraine de la forêt, que l’eau forme ainsi de petites lagunes qui clapotent et miroitent au vent, que le ciel d’hiver a tronqué sa tunique blanche pour une liquette légèrement bleutée, que dans les halliers qui jouxtent ma maison la grive, le merle et le bouvreuil se volent dans les plumes pour la meilleure branche où sera posé leur nid d’herbes et de mousses, alors, un beau matin, je les entends enfin...
J’entends leurs cris discordants, presque gutturaux, que répercute l’écho des lisières et je sais dès lors que les grues sont revenues de leurs quartiers d’hiver.

J’eus une fois, à l’aube naissante, l’heur de voir un couple de ces grands oiseaux en pleine chorégraphie nuptiale. Les deux amants déployaient leurs ailes et leur zèle pour bondir tantôt sur un pied, tantôt sur un autre, et ils criaient, et ils se tournaient autour, et ils levaient la tête et le cou vers le ciel comme pour une incantation chamanique vers les nuages rosissant, transcendés par leur désir - leur besoin diront les puristes de la faune emplumée  - d'accouplement.
Car ils sont de grands amoureux, ces oiseaux-là ! De fidèles amoureux. Les couples juvéniles se forment ad vitam aeternam au cours du long voyage de retour vers le nord et l’est de l’Europe. Là, on se rencontre au hasard d’un jour de repos, sur un rivage atlantique, une plaine des Flandres ou un vallon humide des Ardennes, et, au milieu de la bruyante multitude des congénères, on discute, on se plaît, on se promet de ne pas se perdre sous les nuages, sur la mer, dans la nuit et dans les vents du grand périple. On se jure, dur comme bec, de se retrouver là-bas, au pays des amours, qui dureront ce que dure l’été septentrional et oriental.
Les grues cendrées commandent mon respect. Un respect mêlé d'une certaine mélancolie du bonheur. Comme toutes les créatures allégoriques de la liberté, de l’exil, du voyage et de l’éternel retour ; comme toutes les créatures jouant leur vie sur les musiques inscrites au firmament des saisons, des climats et, in fine, des mouvements de la machine ronde ; comme toutes les créatures dont le sang palpite à l’unisson avec celui de la planète bleue ; comme toutes les créatures qui n’ont pas oublié ce que la créature humaine, par orgueil crasse et délire économique, a cessé de sentir.
Elles sont de grandes navigatrices et d'habiles aventurières de l’atmosphère, mes grues ! Elles savent trouver les ascendances thermiques pour s'élever très haut et voyager ainsi, d'un thermique à l'autre, par vol plané, soutenues et poussées par les courants. Elles pourraient ainsi donner aux hommes de grandes leçons d’humilité et d’intelligence, eux qui, par panique un peu tardive d’être tantôt contraints de grouiller comme des rats dans la poubelle qu’ils ont consciencieusement souillée de leurs détritus, n’ont désormais de cesse qu’ils n'aient fait référence aux énergies renouvelables ! Les grues, elles, ne puisent dans leurs réserves et n’usent du vol battu, grand consommateur de leur énergie, qu’au-dessus des mers, que pour les étapes de nuit et par météo contraire, ce frein sévère à l’espoir d’atteindre la chimère lointaine.

Ils sont ces oiseaux de la bohème automnale que chantaient les deux poètes :

 Regardez-les passer, eux, ce sont les sauvages,
Ils vont où leur désir le veut par-dessus monts,
Et bois et mers et vents et loin des esclavages :
L’air qu’ils boivent ferait éclater vos poumons !

Même si, sacrifiant à l’expression, dans une autre évocation, l'un d'entre eux chante aussi :

Car même avec des pieds de grue,
Faire les cent pas le long des rues,
C’est fatigant pour les guibolles.

 Ah, mais que parfois les mots sont bien cruels ! Faire le pied de grue, attendre comme un sot, attendre aussi comme la fille de joie attend qu’un esseulé en mal d’une étreinte humaine lui verse son obole ! C’est donc par une image uniquement physique que le crétin de base a affublé la Fille du nom de l’oiseau. Parce que le vieux verbe gruer, c’est aussi attendre et que l’impassible oiseau, au repos sur une patte, semble lui aussi attendre.
La grue grue, certes.
Mais pas plus que le héron ou le flamand rose. Alors..? Mais il est vrai que notre crétin de base, dont le langage a phagocyté les lexiques, parle aussi de cocotte et de poule. De la volaille qui ne grue pas, donc.

Dans la langue polonaise, l’oiseau cendré s’appelle żuraw. Il tient ce nom d’une délicieuse baie dont on fait une confiture qui accompagnera avec bonheur les viandes froides et qui pousse dans les sous-bois de l’automne et les tourbières, żurawina, la canneberge qui, avec sa fleur inclinée vers le sol au bout de sa longue et fragile tige, évoque peu ou prou la grue.
Ah, mais que parfois les mots sont avec délicatesse parfumés !

canneberge.jpg

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09.05.2016

Les oiseaux - 2 -

                                                                                        La huppe

huppe_10.jpgElle est de si remarquable façon emplumée qu’on est en droit de se demander pourquoi le langage se plaît à l'identifier sous deux antinomies. C’est en effet la huppe fasciée pour son plumage, sa physionomie, son apparence délicate - son délit de sale gueule à l’envers si l’on veut - mais c’est aussi la huppe ordinaire.
Peut-être parce que, chez elle, il  est ordinaire d’être singulier.
N’ayant pas poussé plus avant l’investigation, je l’avoue, c’est à cet oxymore drolatique que j’en suis arrivé, ayant par ailleurs remarqué que cet oiseau des bosquets et des prairies supportait très bien la contradiction.
Je ne parle là que de ses noms confirmés, de ceux que lui prêtent les ornithologues, les dictionnaires et les livres d’oiseaux. Un détour par les langues vernaculaires nous apprendra cependant que pour la dire on s’est essayé également à de nombreuses onomatopées, en imitation de son chant ingénu, joué sur une note trois fois répétée, machinalement, comme sans état d’âme. Un ramage qui ne ressemble donc en rien à son plumage, avec ou sans fromage tenu dans son bec. Suivant les régions, cela donne ainsi la poue poue ou la bout bout, par exemple. Dans mon Poitou natal, on l’appelle plutôt la pue pue, par une double allusion quelque peu désobligeante à son chant et à l’odeur fétide qui s’exhale de son nid où, paraît-il, jamais elle ne daigne faire le ménage et qui recèle ainsi les déjections accumulées de ses oisillons, mêlées à d’autres immondices toutes plus nauséabondes les unes que les autres.
Certes, elle ne fait pas le ménage, cette grande dame ! Mais a-t-on jamais vu une tête couronnée vaquer à des occupations domestiques ? Son élégance, sa toilette raffinée, sa belle couronne de haut dignitaire des royaumes champêtres, tantôt haut relevée, tantôt rabattue sur la nuque, ne la dispensent-elles pas des charges qui incombent d’ordinaire à une maîtresse de maison ? Noblesse oblige, voyons !
Les gens huppés, l’histoire nous en donne leçon, ne sauraient se compromettre dans l’exercice d’aussi viles besognes !
Deux réputations, la beauté de l’habit et la mauvaise odeur,  lui collent dès lors à la livrée : une vraie aristocrate, on le voit, la poudre et le maquillage dissimulateurs en moins. Dans les temps jadis, une troisième réputation, dont elle s’est apparemment libérée, l’accablait aussi : celle de la stupidité. Et voyez comme se construit ainsi notre langage ! Dans celui des joueurs et des tricheurs du XVIe, son nom servait à épingler un naïf que l’on pouvait facilement spolier, un étourdi, un jocrisse, et c’est par altération de ce nom qu’est né le mot «dupe», initialement orthographié «duppe». La duppe n’était donc qu’une huppe qu’on effeuillait et qu’on dépouillait ainsi de toute sa superbe !
Mais la huppe de nos jours n’est plus dupe et a su, au fil des métonymies malintentionnées, laisser derrière elle cette bien peu reluisante carte de visite. Elle l’a gentiment refilée au pigeon qui, comme chacun sait, se laisse facilement plumer…
Car ainsi vont les argots, les jargons et finalement les vocables du dictionnaire et de l’écrivain. Ils volent de sémantique en sémantique, du tripot à la rue et de la rue à l’Académie. Un jour, le pigeon se débarrassera sans doute, lui aussi, de sa fâcheuse renommée et, ayant dès lors dans vos desseins de détrousser un sot, parlerez-vous peut-être d’un moineau, d’un chardonneret ou d’un vulgaire choucas ; que sais-je encore ?
Les noms d’oiseau, c’est bien connu, servent à tout et plus particulièrement, à des lustres de leur tranquille réalité, à pimenter les volées de bois vert !

Notre huppe, fasciée ou ordinaire, comme il vous plaira, est donc une aristocrate par la prestance, mais aussi par l’éducation qu’elle donne à ses oiselets. Quand elle leur distribue la becquée au nid - un nid de roturier du plus bas étage qui soit, négligé et seulement établi dans un amas de pierrailles ou dans le trou délaissé d’un pic, - ils se présentent à elle en file indienne, chacun à leur tour, comme à la grand’messe. Dans ce cérémonial de haut rang, celui qui vient d’être servi se place aussitôt en dernière position et l’oiseau ne saurait admettre qu’on dérogeât au décorum : un coup de bec vindicatif ramènerait aussitôt le petit filou aux bonnes manières dues à sa naissance !
Pourtant, l’oiseau sang-bleu trouve souvent pitance, pour lui et sa petite famille, dans les bouses peu ragoûtantes des vaches, qu’il explore à seule fin d’y dénicher insectes et autres petits vermisseaux. Pour la conservation de son espèce, l’aristo va ainsi jusqu’à se faire fouille-merde et, de fait, exécute une fois encore le grand écart entre son noble maintien, son étiquette sociale, et des pratiques dignes du dernier des gueux !
Oui, il est bien tout ça, ce magnifique oiseau bizarrement chamarré et dont les mœurs semblent vouloir sans cesse contredire l’apparence. Mais il est surtout, pour moi, un des grands et premiers messagers de la belle saison revenue.
Sur la pelouse gorgée de rosée, Madame de la Huppe, l’œil alerte, un beau matin d’avril picore.
Ou alors, si je ne la vois pas encore, j’entends bien sur la prairie où somnolent quelques derniers brouillards, ses trois notes, pou-pou-pou, pou-pou-pou, légèrement teintées de mélancolie et lancées un peu à la manière du crapaud sous les chauds crépuscules de juillet.

Décidément, Madame la Marquise est bel et bien l’oiseau de la controverse et des contraires ! Car le sonneur squameux blotti sous l’humidité obscure d’une pierre, n’est-il pas, à tort ou à raison, l’archétype même de la laideur ?

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03.05.2016

Les oiseaux - 1 -

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La grive litorne

 Vous en souvient-il de ce conte romantique - au demeurant fort beau - qu’est Le Merle blanc d’Alfred de Musset ? De cet oiseau singulier au plumage albinos et qui, rejeté de toute la gent ailée, ne trouve pas la moindre branche où passer sa nuit ?

Il s’agit bien sûr d’une allégorie, tant de fois remise sur le métier qu’elle en est devenue proverbiale pour dire le poète, le différent, l’incompris du commun des mortels, le moqué puis le banni, bref, il s’agit de l’Albatros baudelairien et de bien d’autres figures littéraires.
Le Merle de Musset, lui, découvre enfin un confortable dortoir sur lequel tombent les pénombres du crépuscule. Mais les branches en sont déjà peuplées de grives qui ne stigmatisent nullement ni ne chassent l’oiseau blanc mais qui, au contraire, lui font une petite place et l’invitent à partager leur gaieté du soir. Car elles viennent de faire, à n’en pas douter, la tournée des vignobles et, gavées de raisins frais, elles ricanent, causent, s’agitent, rotent, tiennent des propos fripons et repoussent fortement du bec. Des grives qui, voulant sans doute tenir la dragée haute aux dictionnaires des expressions et locutions, ont à cœur de montrer qu’elles n’usurpent point leur réputation, soûles qu’elles sont comme des Polonais, des pompiers, des ânes ou des bourriques.
Le Merle blanc se voit donc contraint de chercher ailleurs un pampre où poser son sommeil. Ceci dit, il ne devait point s’agir là du bel Alfred qui, comme on le sait, d’aventure invité à une table où coulait le vin, y courait plus qu’il n’y allait. Ce qui, à mes yeux, en fait d’ailleurs un poète véritablement aux prises avec le mal du siècle et en phase sincère avec l’esprit romantique – quoiqu’il en ait dit -, à la différence de l’austère Hugo, du sérieux de Vigny ou du politicard Lamartine.
Mais revenons à nos grives… Serait-ce cette sympathique propension aux bacchanales automnales qui donnerait à la chair de cet oiseau, appréciée autant des aristocrates de la papille que du brutal chasseur, un goût des plus raffinés, comme un arôme subtil que l’on ne retrouverait que dans les vapeurs des grands crus ? Toujours est-il que son joli nom sert à formuler un de ces proverbes exécrables de la résignation, selon lequel faute de grives, on mange des merles. Blancs si possible. Dans le même genre de saloperie propre à formater des âmes d’esclave, on trouve aussi, quoique de façon plus abrupte et sans faire le détour par la délicatesse de la grive, quand on n’a pas ce qu’on aime, il faut aimer ce qu’on a. Bien voyons… On reconnaît dans ces deux misérables énonciations tout le poids du joug social et judéo-chrétien. Eh bien moi qui ne mange pas de grives, sinon des yeux, je dirais que faute de grives, il faut manger des ortolans, du caviar, du foie gras fermier, des testicules d’ours sauce champenoise… en un mot comme en cent, tout ce qui pourrait égaler ou surpasser en succulence et finesse le bel oiseau des bois et des jardins ! Et quand on n’a pas ce qu’on aime, et qu’on y a humainement droit, alors il faut tout faire pour l’avoir, le voler, même, si nécessaire. C’est comme ça qu’on vit sa vie quand on a du mal à la subir...
Mais voilà que poussé par les aquilons d’un intempestif courroux, je me suis encore envolé à tire-d’aile bien loin de ma grive. Litorne. J’ai choisi celle-ci, plutôt que la mauvis, la musicienne ou la draine, parce qu’ici, sous cette latitude orientale, elle est ce que m’était l’hirondelle sur les rivages de l’ouest. Aux premiers jours de mars, quand d’épais îlots de neige parsèment encore les champs, les chemins et les sous-bois, que le vent est encore frais mais transporte déjà sous son aile comme un changement d’intention, un beau matin, j’entends le tchak tchak tchak caractéristique de la grive litorne. Elle est juchée au plus haut du vieil orme qui ombrage mes étés, elle bombe son torse délicatement moucheté et me fait joyeusement savoir son retour.
Elle a passé l’hiver sous des cieux plus cléments, plus à l’ouest et plus au sud, en France ou en Espagne. Elle vient d’où je suis venu, la litorne. Elle m’apporte des nouvelles de là-bas, elle me chante que ça n’est pas si loin, allez, qu’avec deux petites ailes seulement on fait feu de tout climat, on navigue d’une branche de pin maritime à la ramure d’un bouleau continental et que la terre est toujours ronde et belle qui tournoie sous le ciel des saisons.
Tout le printemps durant, je verrai et j’entendrai la grive litorne autour de moi. Car elle est la seule de son espèce à vivre en colonies et tous les membres du clan vont, viennent et s’en reviennent du nid aux halliers, des halliers aux vergers, aux buissons, aux ruisseaux, aux herbages des prés, dans une incessante cavalcade.
Et gare à  l’intrus qui s’approcherait du coin de bois ou du breuil où la turbulente communauté a choisi d’installer ses nids. Qu’il soit chat, pie, corbeau, fouine, chien errant, homme, la garde prétorienne qui veille sur les couvaisons, le survole aussitôt, descend sur lui en vol piqué et le bombarde à qui mieux mieux de ses fientes. Elle conchie à volonté. C’est là son arme de dissuasion.
Et si vous êtes dans les parages sans pourtant aucune intention mauvaise en votre cœur, que vous cherchez l‘ombre ou des fleurs sauvages, hé bien peut-être serez vous victime de dommages collatéraux.
Mais, pour peu ragoûtants qu’ils soient, on n’en meurt pas, de ces dommages-là. Les oiseaux viennent de loin, de très loin, de bien plus loin que ne viennent les hommes : ils savent la lenteur et la beauté des choses et, de fait, ignorent la barbarie.
Et c’est bien là l’ignorance qui les élève au rang de l’intelligence, loin, très loin, à des années-lumière au-dessus des hommes.

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