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24.08.2019

Le casse-noisettes...

Gros-bec-casse-noix.jpgUne fin d’après-midi du plein été, que les ombres s’allongeaient aux lisières comme si elles attendaient  la chute complète du soleil pour se fondre dans la nuit, une dizaine de curieux oiseaux étaient venus s’égayer dans ma cour, sous le vieil orme.
Je les avais tout d’abord pris pour des pinsons, mais, à la réflexion, quelque chose m’avait semblé étrange dans leur morphologie. Je cherchai un moment ce qui me troublait dans ces oiseaux-là et découvris l’importance un peu disproportionnée de leur bec.
Je n’avais jamais vu un tel oiseau. Je consultai donc un de mes livres et reconnus, justement, le gros-bec.
Je retournai très vite à la fenêtre pour en être tout à fait certain. Sous l’orme, il n’y avait plus déjà que de l’ombre grandissante.
J’avais eu de la chance, je crois, même si j’eusse aimé observer plus longtemps mes petits visiteurs du crépuscule, sans perdre ce temps à vérifier leur identité. J’avais eu de la chance car il est difficile à rencontrer, le gros-bec.
Plus difficile à voir qu’à entendre.
Une oreille attentive, parfois, dans la cime épaisse des grands feuillus peut en effet percevoir comme un craquement, comme le bruit sec d’un petit objet que l’on casserait là-haut, dans les frondaisons. Et ce peut être alors notre oiseau, tout occupé à ouvrir le noyau d’un quelconque fruit.

Parce qu'il est un original.
Un fin gourmet. Un exigeant. Lui, ce qui l’intéresse dans votre cerisier, ce n’est pas la cerise elle-même comme s'il était un vulgaire étourneau ou un merle chapardeur. Non. C'est son noyau. Même pas le noyau ! L’amande du noyau. Il va au fond des choses, cet oiseau. Il veut de la substantifique moelle et pour l’obtenir il remonte le temps d’un puissant coup de son gros bec. Il remonte presque le cours de la cerise, dont il dédaigne la chair, jusqu’au temps où elle n’était qu’une fleur délicate du mois d’avril, suspendue toute blanche à sa branche.
Je dis la cerise, mais ce peut bien être un autre fruit. Qu’importe le flacon, n’est-ce pas, pourvu qu’on ait l’ivresse… du noyau ! Mais il faut tout de même, pour ce petit volatile qui semble absolument vouloir mettre à profit l’outil dont la nature l’a doté, que ce soit des fruits à coque dure. Sinon, il se contentera des pépins de pomme, de poire… Ou alors, mais rarement, en situation de crise (non financière,) il se rabattra sur des graines d’herbe folle, sans doute très vexé d’en être réduit à cette extrémité facile, à la portée du bec le plus insignifiant !

C’est aussi un erratique, le gros-bec. J’aime beaucoup ce mot. Erratique. Il fait apatride, il ouvre la porte à l’imagination, il résonne d'incertitudes. Plus que le mot migrateur qui, lui, indique une zone de départ et une zone d’arrivée, toutes les deux régulières, toujours les mêmes. Le migrateur sait sa trajectoire et connaît sa carte du ciel sur le bout des ailes. Pour fabuleux à mes yeux que soit son périple, il est programmé dans sa cervelle, avec l’étoile du Nord, la hauteur du soleil ou l'angle de telle ou telle constellation du firmament qui définissent a priori le chemin de son exil.
Il a presque la froideur du scientifique, le migrateur.
L’erratique, lui, va au gré des saisons et de leurs intempéries soudaines. Il envahit là, s’en va, revient, cherche le territoire d’un éphémère accueil. Ainsi, dans l’est polonais le gros-bec de l’été n’est-il pas le gros-bec de l’hiver. Il déménage. Dès les premiers froids, il fuit vers le sud ou l’ouest plus cléments et d’autres congénères venus des lointaines steppes et forêts, plus septentrionales et plus orientales, viennent emprunter sa branche.
Comme si l’accord était tacite, convenu entre eux. Comme une sorte de solidarité de conservation de l’espèce et comme si, dans cette population des gros-bec, les individus, les groupes, avaient des capacités différentes à affronter les rigueurs climatiques, selon la latitude de leur berceau, et s'offraient, s'échangeaient ainsi, l'espace vital.
Pas comme les hommes qui, eux, à l'heure venue des grands changements climatiques, rejettent à la mer d'autres hommes en détresse, venus  des contrées déja en feu.
Ils les rejettent à la mer et font valoir la loi du premier occupant.
La loi des purs salauds qui, pourtant, souvent, pour ce faire, se réfèrent à leur dieu ! 

11:51 Publié dans Les Oiseaux | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

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