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06.10.2018

Si cet oiseau m'était conté

images.jpgLe convive qui avait dégusté toutes les têtes d'oiseaux rôties et ointes de graisse parce qu’un des longs becs tournant sur un petit dispositif ingénieux mis en place par le baron des Ravots l’avait désigné pour ce faire, était alors tenu de raconter une histoire pour dédommager ses commensaux de n’avoir pas eu l’heur de goûter à ce mets, à ce qu’il paraît absolument succulent.
On aura reconnu, je n’en doute pas un instant, la scène introductive de ce petit joyau de la littérature - n’en déplaise à tous les pédants - que sont Les Contes de la bécasse.
Désigné par un bec. Voilà bien l’oiseau des bois et des fourrés épais tout à fait désigné lui-même : c’est en effet à ce bec particulier, démesuré, effilé telle une aiguille, qu’il doit son nom.
L’oiseau est farouche, secret, ne sortant pratiquement jamais des sous-bois où, dissimulé par son plumage aux couleurs de feuilles mortes, il est le plus souvent au sol, fouillant de son long appendice l’humus et le terreau. Prisé des chasseurs et des gourmets, sa capture est donc très difficile, affaire de patience et d’affût prolongé et aussi d’adresse car, lorsqu’il prend son envol, c’est toujours en zigzaguant entre les branches et surtout, pour accentuer encore la difficulté, aux heures crépusculaires.
Il ne nous déplaît pas dès lors, c’est certain, que ce  bel oiseau échappe le plus souvent au coup de fusil du chasseur assassin, lequel tombe ainsi sur un bec, mais pas vraiment sur celui qu’il escomptait.
Mais il est vrai que ces becs-là, fort heureusement, n’existent pas dans les profondeurs des bois. Car l’expression, rencontrer une difficulté importante, fait allusion en fait au réverbère, au bec de gaz sur lequel, dans une semi-obscurité, un maladroit - ou un pochard, ce qui revient au même -  viendrait à heurter.
Le bec, d’ailleurs, quand il se mêle d’expressions métaphoriques, ne fait jamais allusion à celui de l’oiseau mais plutôt à la bouche des hommes. Un bec fin, un bec salé, claquer du bec, avoir une prise de bec avec quelqu’un et tutti quanti.
Ce que je ne m’explique cependant pas, concernant notre belle et astucieuse  bécasse, c’est qu’elle désigne aussi une femme niaise. Une péronnelle. "Quelle bécasse !"  dit-on. Et ce n’est pas vraiment un compliment. Peut-être faudrait-il y voir une lointaine paronymie avec bêta. Mais c’est un peu tirer par les plumes, je vous le concède.
Cette capture difficile dont peut s’honorer l’oiseau, avait autrefois produit une bien belle expression qui n’a pas résisté à l’usure du temps et dont on ne se sert donc quasiment plus aujourd'hui. Et c'est bien dommage, ma foi !
Tendre le sac aux bécasses, pour dire user de procédés grossiers, rudimentaires, inappropriés, dans la poursuite d’un but difficile et, par extension, irrémédiablement voué à l’échec.
Ce sac-là, hélas, en bien des circonstances, j'ai cru bon de m'en servir...
Il va sans dire que je suis à chaque fois tombé sur un bec.

20:29 Publié dans Les Oiseaux | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

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