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17.11.2017

L'oiseau épargne

1001195-Geai.jpgRendons tout d’abord à César ce qui…
Par cœur vous connaissez la formule, bien sûr. Laissons donc là César et Dieu et rendons au geai ce qui lui revient de droit, son gracieux plumage  tout de rose et de gris brossé, avec, sur ses ailes délicates, une fine dentelle brodée de bleu turquoise.
Car avec sa fable, Le geai paré des plumes de paon, le poète antique, remis au goût du XVIIe par La Fontaine, a pu laisser croire aux néophytes que le geai était doté d’un plumage des plus vulgaires. Lexicalisée en expression métaphorique, le titre de cette pièce désigne, vous le savez sans doute, un fat qui s’attribue des mérites et des qualités qu’il n’a point, souvent empruntés à plus brillant que lui, d’ailleurs.
Révérence parler envers les deux fabulistes de génie, il s’agit là tout bonnement d’une sombre idiotie. Que n’ont-ils choisi le moineau ou le rossignol aux ternes parures ? Le geai est un magnifique oiseau qui n’a rien à envier au paon et qui, même, possède sur lui l’avantage de n’être point ridicule. Franchement, vous avez déjà vu un paon faire la roue ? Grotesque. La fable en perd du même coup tout son sens et tout son piquant puisque le fat y est plus beau de nature que celui qu'il voudrait imiter.
Notre geai est aussi victime d’une fâcheuse homonymie. On dit être noir comme un geai. En voilà bien une affaire ! Car il y a confusion phonique avec jais et, par le fait, beaucoup qui n’ont point l’heur de savoir les oiseaux croient que notre geai est noir !
Mais il y a eu pire… Une vieille locution disait autrefois être foireux comme un geai. Là, j’avoue ne pas trop saisir car je n’ai jamais vu, de près tout du moins,  fienter un geai, pas plus qu’un merle ou qu’un pinson. C’est assez délicat tout ça. Je ne saurais donc vous dire en quoi ses déjections seraient plus inélégantes que celles de tout autre volatile.
Mais venons-en, après ce tour d’horizon des expressions qui lui sont malencontreusement consacrées, au bel oiseau des bois et des halliers. Il est le perroquet de nos latitudes. Il sait imiter à la perfection toutes sortes de bruits et de voix et il s’en sert comme d’une arme de dissuasion, le malin ! S’il a un repas succulent à prendre, par exemple, et que d’autres représentants de la gent ailée pourraient bien vouloir lui contester, il imite le cri perçant de la buse variable quand elle plane au-dessus des forêts et des champs et tout le monde déserte à tire-d'aile ces environs mal fréquentés. Si c’est un bout de charogne qu’il a inscrit à son menu du jour, notre geai sait miauler comme un bon gros matou et alors corbeaux, pies, corneilles et autres nécrophages se gardent bien de virevolter plus longtemps dans les parages.
Le geai parle aussi, comme un homme, et à s’y méprendre.
Une expérience récente, mais pas des plus intelligentes, a démontré par ailleurs qu’il savait reproduire à l’identique la sonnerie d’un téléphone portable. Là, on se demande avec juste raison ce que ce genre de connaissance peut bien nous apporter. On voudrait subtiliser un peu de poésie au don de ce charmant oiseau pour le ravaler au rang des imbéciles humains, qu'on ne s'y prendrait pas mieux !
Et notre oiseau possède une autre particularité. Il voit tout et il entend tout. Ainsi, dès qu’un intrus, le plus souvent un homme, pire un homme-chasseur, ou alors un prédateur genre fouine ou goupil, pénètre dans les calmes endroits des jardins forestiers, il navigue de branches en branches et prévient tous les habitants par des cris d’alarme significatifs.
Et tout le peuple des sous-bois et des breuils de se mettre vitement à l’abri !
Je ne puis passer sous silence une autre de ses grandes qualités. Ce serait lui faire beaucoup d'offense. Le geai affectionne les glands. Aussi, tel Harpagon, en récolte-t-il bien plus qu’il n’en a besoin pour ses régals d’automne. Il  cache alors sous terre, en prévision des rigueurs de l’hiver, son surplus de récolte, là, ici, là-bas, et comme il n’est pas un écureuil, lui, - sans quoi la caisse d’épargne l’aurait certainement pris pour enseigne parce qu'une banque c'est d'abord fait pour plumer - il oublie le plus souvent où il a recelé ses trésors .
Et des chênes poussent là où, naturellement, jamais ils n’auraient eu le loisir de pousser. Un semeur, le geai. Un forestier soucieux du repeuplement.
Si d’aventure, donc, par des chemins creux aux talus desquels ne poussent d’ordinaire que des épines ou des arbres qui ne sont point de métier, vous vous reposez d’une promenade à l’ombre vénérable de sa Majesté le chêne, pensez un instant que vous devez peut-être cette aubaine à un geai, receleur et distrait.

13:46 Publié dans Les Oiseaux | Lien permanent | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET