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21.02.2014

L'Histoire et ma littérature

littérature, écriture« Ça n’est agréable ni à écrire ni à penser mais je ne suis pas de ceux qui bêlent à tout vent que l’Europe est à jamais sauvée des cataclysmes guerriers. Parce que derrière les poteaux que cette Europe plante pour marquer sa souveraineté, aussi loin qu’elle puisse étendre ses ailes, il y aura toujours un pays qui ne reconnaîtra pas ces poteaux comme plantés au bon endroit ou, derrière eux, une nation qui s’en sentira bafouée. De plus, à l’intérieur même de son enceinte, et ce d’autant plus sûrement qu’elle ne cesse de s’élargir, longtemps des nations seront agitées par leur sentiment équivoque d’une adhésion forcée à une histoire usurpée, sentiment tellement nébuleux qu’il faudra bientôt le taxer, pour être de son temps, de barbare. Peut-être alors les générations d’un futur plus ou moins lointain aboutiront-elles à l’effacement de ce sentiment occulte : lorsque la dissolution liquide des pays dans un même bocal sera devenue plus compacte et plus solide.
Mais les hommes aiment lire le chemin dallé par leurs ancêtres pour arriver jusqu’à eux. Les hommes aiment réveiller les fantômes de leur généalogie qui murmurent sans cesse au plus profond de leur identité. Les hommes déracinés laisseront alors un vide, un trou béant, une incompréhension à leurs enfants des siècles futurs, soucieux de savoir leurs premiers Edens. Et tant qu’il y aura ce manque de traçabilité de l‘histoire individuelle, subsistera ce sentiment d’appartenir à de lointains vaincus, la nation exterminée par le pays.
Prévoir que cette Europe est pour l’éternité à l’abri des guerres et des combats, c’est en outre juger que nous serions des hommes bien meilleurs, bien plus accomplis, bien plus intelligents, bien plus humanistes et bien plus généreux que tous ceux qui nous ont précédés.
Et ça, c’est d’une incommensurable vanité partout démentie par les réalités. »

J’eusse aimé que ce passage tiré de Polska B dzisiaj et écrit en 2009 restât dans le domaine de la littérature.
Mais, quelle que soit la solution que trouveront désormais les diplomates de Kiev et de Bruxelles - chevaux de Troie respectifs de Moscou et de Washington - cet extrait est, et je le regrette douloureusement, hélas vérifié par la centaine d’hommes qui ont versé leur sang sur les trottoirs de Kiev.
Aucune idée sur terre n’est digne d’un trépas, écrivait le poète.
Bien vainement et c’est à désespérer des hommes.

Illustration : un insurgé à Kiev

11:10 Publié dans Ukraine | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature, écriture |  Facebook | Bertrand REDONNET

Commentaires

Après l'emploi des armes et le bain de sang, les négociateurs arrivent en sauveurs, réclamant des élections et donc le départ du Président actuel (ce qu'on croyait faire facilement en Syrie). Le nouveau régime, déjà, penchera davantage vers l'Europe et il finira bien par signer le fameux accord avec l'Union européenne.

De là à dire que le bain de sang profite à certains...

Écrit par : Feuilly | 21.02.2014

Le pouvoir annonce ce matin : élections présidentielles anticipées, retour à la constitution de 2004, gouvernement de coalition...
Mais si l'opposition semble vouloir signer cet accord, les insurgés en accepteront-il les termes ? Il arrive souvent qu'on est pris aux pièges de ses propres et "officielles" revendications et que, grisés par un bout de victoire, on veuille aller plus loin.
C'est le lot quasiment, de chaque insurrection, quelle qu'elle soit.
Si tel était cas en Ukraine, on
verrait alors sur quel pied les chevaux de Troie se remettraient à négocier...

Écrit par : Bertrand | 21.02.2014

La situation évolue rapidement...

La Pologne regarde le spectre soviétique : l'Histoire serait-elle en train de bégayer de nouveau ?

Écrit par : Dominique Hasselmann | 08.03.2014

Bonjour Dominique,

La Pologne - en tout cas les Polonais - est peu encline, effectivement, à donner quelque crédit à la Russie, toujours synonyme de Grand frère étrangleur...
En fuyant un ours, elle s'engouffre cependant dans la gueule béante d'un ogre dont toutes les démocraties d'Europe ses sont faites les porte-paroles.
Ce qui est ironique et dramatique, c'est que le monde marche sur des œufs, sur les stigmates d'un partage qui a été signé à Yalta. Or, comme chacun le sait, Yalta... c'est en Crimée.
Drôle de coïncidence à défaut d'être coïncidence drôle !

Écrit par : Bertrand | 10.03.2014

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