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21.11.2011

Brassens : les mots du cygne - FIN -

J’en termine donc aujourd'hui de cette mise en ligne entamée en janvier dernier, avec une interruption quand même entre juin et août.
Je la termine par le texte qu’on donne généralement pour être le dernier de Brassens
Reprendre page par page un livre écrit en 1999/ 2000, il y a donc 11 ans, a quelque chose de fastidieux, certes, mais aussi quelque chose de concluant :
1) D’abord, j'ai bien senti que si j’avais dû écrire ce livre en 2011, je ne l’aurais pas écrit comme ça. C’est certain. Au niveau de l’expression surtout. Mais c’est une constatation qui vaut pour à peu près tout ce que nous écrivons.
2) Ce dont je me suis aperçu surtout, c’est combien nous avions changé d’époque et combien ce livre, dans la façon dont je l’avais conçu et avec quels matériaux je l’ai écrit, ne correspond plus aujourd’hui aux sources de notre savoir à la con.
Avant d’entamer la rédaction proprement dite de cet ouvrage, j’avais pris des notes et consulté des livres, des dictionnaires et des encyclopédies pendant presque un an, de janvier 1999 à novembre. Cette recherche m‘avait passionné. J’ai d'ailleurs conservé toutes les notes prises à l'époque, quelque 300 pages. Pour plus de clarté, je vous ai joint la bibliographie.
Aujourd’hui, mesdames et messieurs, un  petit coup de clic sur Wikipédia, sur Google ou ailleurs, et hop, terminé…On survole, on choisit… On fait le fier. On ne feuillette plus. On clique, on clique…Même pas besoin de carnet et de stylo… Un rapide copier/coller, et l’affaire est dans le sac. Et ça brille, en plus !
Aujourd’hui, donc, je mettrais peut-être trois semaines à rechercher et à noter ce que j’ai recherché et noté pendant un an.
J’en éprouve un sentiment mitigé. Une sorte de découragement peut-être, une nostalgie, et une sourde colère contre les imbéciles heureux du «Tout internet».
Passéiste ? Un peu, oui…Et fier de l’être. Car si Internet est un outil performant, incontournable pour certaines choses, il n'en reste pas moins l'outil des ignorants pressés de passer pour savants, et à bon compte...
Je pourrais aujourd'hui faire publier ce livre en numérique. J'y ai pensé à l'époque où Bon n'avait pas encore, pour moi, mis bas les masques. J'en ai aujourd'hui la possibilité ailleurs.
Me manque le principal : la franche envie. Parce que c'est un livre décalé de l'esprit internet, une recherche d'avant homo internetus.

Il reste, lecteurs, que si j'ai pu vous procurer quelque plaisir en vous offfant ce texte par "petites goulées" - selon le mot de Brigitte Célérier du temps elle passait encore par là- alors, je ne me serai pas livré inutilement à cette activité de recopiage, in fine quelque peu monastique.
Salut !

brassens.jpg

 Jeanne Martin

 Moi, la première à qui
Mon cœur fut tout acquis
S’appelait Jeanne Martin,
Patronyme qui fait
Pas tellement d’effet
Dans le Bottin mondain.
Mais moi j’aimais comme un fou
Ce nom si commun,
N’en déplaise aux minus.
D’ailleurs, de parti  pris,
Celle que je chéris,
S’appelle toujours Vénus.

 Hélas un béotien
A la place du sien
Lui proposa son blase
Fameux dans l’épicerie
Et cette renchérie
Refusa pas, hélas !
Et j’eus ma troisième  tristesse d’Olympio,
Déférence gardée envers le père Hugo.

 les chants du crepuscule.jpgAu tout début, il y eut la canne de Jeanne. Il y eut aussi en 1962, Jeanne, deux hommages à l’amie et la confidente de toujours, Jeanne Le Bonniec.
A la toute fin, comme un tendre clin d’œil posé sur la dernière page des cahiers de l’artiste, voici un poème, tout fait d’une délicate nostalgie et qui porte le prénom de celle qui accueillit le jeune homme à Paris, lui offrit le gîte et le couvert, pour qu’il puisse entièrement se consacrer à sa plume.
La première qui a cru en lui.
Alors qui es-tu, toi, Jeanne Martin ?
Une astuce du poète, une rencontre de jeunesse, une imagination sublimée ?
Peu importe.
Brassens fait de Toi le symbole de la jeunesse enfuie et des choses de la vie qui évoluent, qui changent, qui se débaptisent, ne nous laissant que les brumes un peu mélancoliques du souvenir.
Le temps s’enfuit.
La ville où est née le poète, Cette, est devenue Sète.
La rue où il est né, au 54 rue de l’Hospice, porte maintenant le nom d’Henri Barbusse, écrivain d’inspiration communiste rendu célèbre en 1916 par Le feu, œuvre réaliste sur la vie des combattants des tranchées.
Et puis, Jeanne, une Jeanne dont on ignore tout, a contracté mariage avec un jeune freluquet, délaissant ce nom si commun mais qui chantait si bien à son oreille.
Quelqu’un, depuis longtemps, guette le poète et l’attend dans l’ombre.
Brassens ne reconnaît qu’à peine son monde, réel ou imaginaire.
Il ne pouvait guère mieux nous transmettre le chagrin qu’il en éprouve de s’en sentir peu à peu exclu, qu’en faisant allusion à Olympio.
C’est en effet sous le nom d’Olympio que se désigne Victor Hugo dans différents poèmes des recueils, Les Rayons et les ombres, Les chants du crépuscule, Les Voix intérieures ou encore Les Feuilles d’automne.
En fait, Hugo parle de lui et s‘adresse à lui-même, Olympio étant dans ces poésies le lien qui unit le «Moi» au «je», comme dans Tristesse d’Olympio qui évoque les amours entre le poète et la jeune actrice, Juliette Drouet.
L’artifice permet d’aller au fond de soi-même en évitant le «je» brutal et quelque peu indécent dans les confidences, indécence qu’on a tant reprochée aux romantiques. C’est à la fois un procédé de modestie (qualité assez rare chez Hugo) et une manière de se tenir à l’écart : «je me raconte intimement en vous parlant d’un autre.»
Olympio est le personnage dialectique capable de résoudre la contradiction du discours intime.
Plus tard, Hugo abandonnera Olympio, et, avec plus de force et de maturité, célébrera ses états d’âme en assumant complètement le «je».

FIN

 Salut, Monsieur Brassens, et qu’aux grandes ripailles de l’éternité, ton âme se soit installée à la même table que celle de François Villon, de Jean de la Fontaine, de Rabelais, d’Hugo, d’Apollinaire et de Rimbaud.
Tes amis de toujours.

Manuscrit terminé le 22 août 2000, édité en avril 2001 (première édition) puis en mai 2003 (deuxième édition) 

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BIBLIOGRAPHIE
Auteurs consultés, ouvrages cités

 -          Pierre Abélard : Sic et non
-          Guillaume Apollinaire : Alcools / Les Onze mille verges
-          Honoré de Balzac : Le père Goriot
-          Baudelaire : Les fleurs du mal
-          Nicolas Boileau : Discours au roi
-          Bonaventure des Périers
-          Alphonse Bonnafé : Brassens, poésie et chansons
-          Brantôme
-          Buffon : Histoire naturelle
-          Louis-Ferdinand Céline : Mort à crédit
-          André Chénier : Elégies
-          Pierre Corneille : Le Cid
-          Démocrite
-          Diderot : Le neveu de Rameau
-          Alexandre Duval : Les Héritiers
-          Jean-Pierre Claris de Florian : Fables
-          Jean de La Fontaine : Fables
-          Antoine Furetière : Le dictionnaire universel
-          Jean Giraudoux : Amphitryon 38
-          Pierre Guiraud : Les locutions françaises
-          Hébert : Le Père Duchesne
-          Homère : L’Illiade et l’Odyssée
-          Victor Hugo : Les Misérables/Les Chants du crépuscule/ Le dernier jour d’un condamné
-          Alphonse de Lamartine : Ode à Némésis
-          Paul Léautaud : In Memoriam/ Le petit ami
-          Stéphane Mallarmé : L’Azur
-          Clément Marot : Le Blason du beau tétin
-          Molière : Don Juan/Amphitryon/ L’Amour médecin/Tartuffe
-          Michelet : Histoire de la Révolution française
-          Max Nettlau : Histoire de l’anarchie
-          Frédéric Nietzsche : Le gai savoir / Ainsi parlait Zarathoustra
-          César Oudin : Les curiosités françaises
-          Blaise Pascal : Pensées
-          Charles Perrault : Contes
-          Jacques Prévert : Paroles
-          L’abbé Prévost : Manon Lescaut
-          Marcel Proust : A la recherche du temps perdu
-          François Rabelais
-          Jean Racine : Bajazet
-          Jean-François Régnard : Les folies amoureuses
-          Arthur Rimbaud : Œuvres complètes
-          Jean-Paul Sartre : Les Mouches
-          Madame de Sévigné : Lettres
-          Paul Scarron : Le roman comique/ L’Enéide
-          Schopenhauer : Sur les femmes
-          Jules Vallès : L’insurgé
-          Varron : Les satires Ménippée
-          François Villon : Le testament
-          Vincent voiture
-          Jaroslav Vrchlicky : Les Fenêtres dans la tempête
-          Zo D’Axa : L’en dehors

DICTIONNAIRES ET ENCYLOPEDIES CONSULTES :

Jean-Claude Bologne : Dictionnaire commenté des expressions d’origine littéraire - LAROUSSE - Collection Le souffle des mots  - Edition mai 1999
LAFFONT- BOMPIANI - Dictionnaire encyclopédique de la littérature française - Robert LAFFONT - Collection  Bouquins - Edition mars 1999
Alain REY - Sophie CHANTEREAU - Dictionnaire des expressions et locutions - LE ROBERT - Edition avril 1995
Alain REY - Marianne TOMI - Tristan HORDE - Chantal TANET - Dictionnaire historique de la langue française - 3 volumes- LE ROBERT - Edition mars 1999

Encyclopédie UNIVERSALIS : 1997
Encyclopédie ENCARTA : 1997 -
LE LITTRE : Dictionnaire de la langue française classique -  Edition de référence : entre 1873 et 1877 -

10:47 Publié dans Brassens, poète érudit | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

Commentaires

Merci quand même d'avoir rendu ce texte (d'un autre siècle) public et disponible sur l'Exil. A cheval sur deux siècles, notre génération, en effet, aura connu deux mondes. C'est là-dedans qu'elle puisera, plus tard sans doute, son romantisme au regard de celles qui la suivront

REPONSE DE BERTRAND:

Oui, Solko, et c'est avec cette position de "cul entre deux chaises" que nous travaillons notre propre "testament". Vainement ou pas, peu importe.

Écrit par : solko | 21.11.2011

Juste un point de détail : je voudrais défendre la recherche sur Internet... Je crois que la situation peut être plus nuancée que celle que tu décris. Bien sûr, il existe des gens qui fonctionnent comme ça : "un petit coup de clic sur Wikipédia, sur Google ou ailleurs, et hop, terminé…" En ce qui me concerne, je viens de passer deux ans, presque trois, à une recherche (dont tu as entendu parler...) dans laquelle Internet m'a beaucoup aidée, en ce sens qu'il m'a mise sur la piste d'ouvrages que je suis allée ensuite consulter en bibliothèque et m'a permis aussi de trouver depuis ma chaise dans quelles bibliothèques ils pouvaient se trouver... Je suis certaine de ne pas être la seule à travailler de cette manière.
Sinon, il faut dire aussi que ta bibliographie est impressionnante !


REPONSE DE BERTRAND :

D'accord avec toi, Elisabeth...Nuançons, nuançons...D'ailleurs j'ai bien écrit qu'internet était aussi incontournable et un outil très performant.
Et tu précises : " ...qu'il m'a mise sur la piste d'ouvrages que je suis allée ensuite consulter en bibliothèque,"
Oui, un tremplin. C'est comme cela que je m'en sers moi-même. mais une foule de gens ne font pas cette démarche et ce contentent des miettes éparpillées ça et là. Les "Internet en soi"

Écrit par : elizabeth l.c. | 23.11.2011

juste une remarque : je crois que tu as coupé l'extrait de mon commentaire que tu cites... au lieu de le copier... de sorte que la phrase en question devient incohérente ! Peux-tu corriger ? merci ! :-)

REPONSE DE BERTRAND :

Zut, excuse-moi...Voilà, c'est réparé, je crois...

Écrit par : elizabeth l.c. | 23.11.2011

Quelle belle bibliographie...

Écrit par : Pintoux | 06.01.2013

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