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05.11.2011

Brassens : les mots du cygne

L’Andropause

Ô, n’insultez jamais une verge qui tombe !
Ce n’est pas leur principe, ils crient sur tous les tons,
Que l’une de mes deux est déjà dans la tombe
Et que l’autre à son tour file un mauvais coton.

littératureC’est là un morceau purement bravache et provocateur.
Le ton du cinglant démenti rappelle celui du Bulletin de santé, sauf que ce ne sont plus les élucubrations de la presse qui sont visées, mais celles de ces maris trompés qui font courir la rumeur selon laquelle leur dangereux rival aurait enfin atteint l’âge où, lentement, déclinent les appétits sexuels.
Si le Bulletin de santé avait un pied dans la réalité - la presse murmurant que Brassens était gravement malade - l’Andropause est évidemment une pure fiction. C’est là toute la différence aussi.
Se targuant d’en être resté à ses premières vigueurs, Brassens tente toujours et encore de conjurer l’inexorable vieillissement.
Comme dans Trompe la mort, il affirme que le temps n’a aucune prise sur lui. L’angoisse suprême ancrée au fond des tripes, il adresse encore une fois un bras d’honneur tapageur à l’éphémère condition humaine.
Et quand bien même les érections seraient-elles plus velléitaires à présent ! Le fait serait de lui-même assez pathétique sans, qu’en plus, on ne vienne l’injurier de sarcasmes désobligeants. J’allais dire, tirer sur une ambulance.
Pour ajouter à ce pathétique hypothétique, Brassens détourne alors un vers de Victor Hugo, qu’il va chercher, subtil clin d‘œil, dans Les Chants du crépuscule :

Oh, n’insultez jamais une femme qui tombe !
Qui sait sous quel fardeau la pauvre âme succombe !

Victor Hugo - Les Chants du crépuscule - XIV -

brassens.jpg
Tout au plus, gentiment diront-elles : « Peuchère,
Le vieux Priape est mort » et, la cuisse légère,
Le regard alangui,
Elles s’en iront vous rouler dans la farine
De safran, tempérer leur fureur  utérine
Avec n’importe qui.

 littératureLe fait est assez rare pour mériter d’être souligné : les deux derniers vers de cette strophe constituent à mes yeux une faute de goût sous la plume du poète. Je mets ça sur le compte que nous sommes dans les textes posthumes, inachevés, presque des brouillons encore. Il me plaît de croire que Brassens les aurait supprimés ou les aurait profondément  remaniés. J’ai déjà eu l’occasion de lire certains de ses brouillons, (notamment ceux publiés par André Tillieu) et où l’on voit bien le travail accompli sur les vers et la distance qui sépare parfois la formulation définitive du premier jet.
Reste l’évocation de cet étrange petit dieu, fils d’Aphrodite et de Dionysos, et dont la particularité réside, comme chacun sait, en ce qu’il possède un membre absolument démesuré et toujours en érection. Le pauvre !
Pour cette malformation, impudique et difforme, sa mère, déesse de l’Amour, le rejeta, comme quoi, les dieux ont leur raison que la raison etc.…
Mais, loin d‘être ici une hâblerie de gros phallo, l’allusion à Priape peut être un aveu dramatique et désespéré et c’est en cela qu’elle est des plus fines. Je parle de l’allusion, bien sûr.
Car aux environs de 300 avant Jésus-Christ, dans les épigrammes de l’Anthologie grecque, Priape, le sexe toujours érigé, est le gardien des vergers et des potagers, l’agressivité de ce colossal pénis devant effrayer les voleurs qu’il menace des pires sévices sexuels.
De plus, Priape porte sur lui des fruits abondants, symboles d’une fertilité qu’il serait censé procurer aux terres sur lesquelles il est campé.
Mais rien, dans les jardins qu’il protège, ne pousse. Ce sexe incongru est donc traduit dans les textes comme stérile et parfaitement inutile quant à la conservation des espèces.
Il nous faut également ajouter que dans toutes ses tentatives de séduction, Priape échoue et, jamais apaisé, le sexe aux mensurations légendaires devient alors un objet de dérision, à tel point que Priape supplie les voleurs et les voleuses de franchir les clôtures des jardins, afin qu’il puisse sur eux satisfaire ses appétits.
Non seulement, donc, ce sexe est infécond mais, comble de malheur, il est incapable de procurer la moindre volupté. Les médecins hippocratiques ont d’ailleurs qualifié de «priapisme» une maladie congénitale où le pénis reste constamment et douloureusement en érection.
Le drame de Priape est drame humain. Il est en effet toujours représenté comme totalement homme, à  la différence des satyres, mi-hommes, mi-bêtes et qui ont, eux, les veinards ! accès à la volupté, comme si une sexualité débridée ne pouvait être que l’apanage des créatures hybrides.
Heu...C’est curieux, ça…Je précise donc que je raconte là ce que dit stricto sensu la mythologie, et que je me garderais bien de porter un quelconque jugement critique sur la chose.

08:00 Publié dans Brassens, poète érudit | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

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