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15.10.2011

Brassens : les mots du cygne

Les ricochets

J’avais dix-huit ans
Tout juste et quittant
Ma ville natale,
Un beau jour, ô gué,
Je vins débarquer
Dans la capitale.
J’entrai pas aux cris
D’« A nous deux Paris ! »
En Ile-de France,
Que ton Rastignac
N’ait cure, ô Balzac :
De ma concurrence.

Balzac4.jpgEt comme pour corroborer le propos précédent, comme pour bien montrer que ses artifices ont bel et bien berné les cruautés du temps, le poète enchaîne avec une salve de ricochets qui glissent avec une aisance exquise, une jeunesse insolente et une souplesse de cabri, sur les eaux de la Seine.
Faisant discrètement allusion à Rimbaud ;

«On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans.
-         Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !

-         On va sous les tilleuls verts de la promenade…

Georges Brassens semble ajouter : « on n’est guère plus sérieux à dix-huit ans.»

Mais tout ça, c’était il y a longtemps… Au début. Quand le jeune Sétois, plus ou moins contraint de quitter Sète après son fric-frac raté, «monte» à Paris.  Les ricochets est un poème sur des souvenirs de jeunesse, sans nostalgie, maîtrisé par une plume souveraine, en pleine possession de son art.
Il est la mémoire du jeune homme découvrant le pavé parisien, dans ces rues où flotte le parfum des plus grands poètes. C’est bien à la  rencontre de ces âmes qui hantent encore la Ville qu’est venu le Sétois. Il est venu là pour écrire et flâner derrière ses illustres maitres, Villon, Hugo, Apollinaire, Baudelaire et tous les autres.
Il n’est pas venu faire fortune, animé par l’esprit de la conquête ou celui de la revanche sociale, pour gravir les échelons de la notoriété comme Eugène de Rastignac, héros balzacien et jeune homme du «Père Goriot» qui, arrivant de Province, lance depuis le Père Lachaise son célèbre défi :
- A nous deux, Paris !
Avec un certain succès d’ailleurs, parce qu’on retrouvera Rastignac, arriviste et mondain, dans toute la série balzacienne des «Scènes de la vie parisienne.»

Nulle intention de cet ordre n’habite le jeune Brassens. Il se souvient avec délices qu’il est venu pour la poésie et c’est avec une grâce singulière qu’il nous le confie dans la strophe suivante.

*
Gens  en place, dormez
Sans vous alarmer,
Rien ne vous menace.
Ce n’est qu’un jeune sot
Qui monte à l’assaut
Du p’tit Montparnasse.
On s’étonn’ra pas
Si mes premiers pas
Tout droit me menèrent
Au pont Mirabeau
Pour un coup d’chapeau
A l’Apollinaire.

 62-Pont+Mirabeau_06-2007.JPGMontagne de Phocide, région centrale de la Grèce antique, le «Mont parnasse » était consacré à Apollon et aux Muses.
Il est depuis le séjour symbolique des poètes.
Par extension, le Parnasse désigne la poésie et la locution « les nourrissons du Parnasse" nomme les poètes.
C’est donc cette montagne que Brassens se propose d’abord de gravir en rencontrant Paris.
Après les difficultés des premières marchent – qui dureront quand même quinze ans - il parviendra au sommet, nous le savons, même si une prime amourette sur les berges de la Seine, contée ici avec humour et tendresse, le distraira un moment de son initial projet
De cette aventure première, sa première aventure parisienne,  il ne garde point de blessure indélébile. Car tout est éphémère, tout s’en va, rien, ou peu de choses, n’est véritablement accessible :

Et qu’j’avais acquis
Cette conviction qui
Du reste me navre,
Que mort ou vivant
Ça n’est pas souvent
Qu’on arrive au Havre !

Les grandes questions traitées avec une simplicité magnifique. En quelques vers…
Oui, tout s’en va… Comme cette eau du fleuve sous le pont Mirabeau où, poète en herbe, Brassens était tout de suite venu saluer, comme il se doit à un poète en herbe, le grand Apollinaire :

Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine.
Guillaume Apollinaire – Alcools – Sous le pont Mirabeau

07:00 Publié dans Brassens, poète érudit | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | Bertrand REDONNET

Commentaires

Heu ...:

"Que ton Rastignac
N’est cure, ô Balzac "

N'ai cure, pluto ?


REPONSE :
La Honte ! Oui,bien sûr...N'ait cure...
C'est un livre que je retape au fur et à mesure des mises en ligne, alors, forcément...Mais là, quand même, la coquille était gigantesque.
Merci à vous.

Écrit par : DDuret | 15.10.2011

Les commentaires sont fermés.