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08.10.2011

Brassens : les mots du cygne

A L'ombre des maris

 C’est mon cas ces temps-ci, je suis triste, malade,
Quand je dois faire honneur à certaine pécore.
Mais son mari et moi, c’est Oreste et Pylade,
Et, pour garder l’ami, je la cajole encore.

Ne jetez pas la pierre à la femme adultère,
Je suis derrière.

littératureLe cocu, nous l’avons vu avec le titre du même nom, bénéficie dans l’œuvre de Georges Brassens d’un véritable statut, fait de droits et de devoirs comme tous les statuts, et l’éthique du poète commande qu’on ne déroge point à certaines dispositions de ce statut.
Plus loin, nous rencontrerons Lèche cocu qui, à cet égard, fait figure de véritable délinquant.
Partout chez Brassens donc, le cocu a droit au respect et à la considération.
Avec cette farce conjugale, à la hauteur de celles de Georges Feydeau, la condition de l’infortuné prend du galon : on passe de la considération, de l’urbanité de bon aloi, à la franche amitié.
Au risque, calculé, de me répéter, j’invite quand même le lecteur à plus d’attention sur cet apparent badinage.
Car sous les dehors d’une truculente bouffonnerie et d’un plaisant marivaudage, Brassens renverse toutes les valeurs établies par les plaisanteries de comptoir. Une lecture plus sensible de ce poème qui fit sourire beaucoup, ravale en effet l’amant au rang de victime et grandit le porteur de cornes.
Car ce n’est évidemment  pas l’adultère en soi que brocarde le poète, mais le mensonge qui le sous-tend.
Ici tout se joue autour d’un désordre transparent. L’institution du mariage y est aussi allégrement moquée et, en usant d’un autre langage, les théoriciens de la camaraderie amoureuse, de Georges Darien à Louis Armand, n’avaient pas mieux exposé leur point de vue.
Reste que l’amitié entre le mari et l’amant, puisqu’elle égale celle d’Oreste et Pylade, peut être telle que l’amant accepte même d’endosser des responsabilités qui normalement incombent au mari, telle que la garde des enfants.
C’est donc, comme pour Oreste et Pylade, une amitié qui ne recule devant aucun sacrifice.

Ainsi, dans la mythologie grecque, Oreste est confronté au douloureux dilemme du devoir de matricide pour venger son père, Agamemnon, assassiné par sa mère et son amant Eghiste, alors qu’il rentrait victorieux de la guerre de Troie.
Pour le détourner de son funeste destin, Electre, sa sœur aînée l’envoya vivre avec le roi de Phocis, Strophius, leur cousin.
C’est là qu’il se lia d’amitié avec le fils du roi, Pylade, qui, partout et toujours, l’accompagna dans ses aventures et ses périples et, même, lorsque l’oracle de Delphes conseilla à Oreste de retourner à Mycènes pour tuer sa mère.
Plus tard, Pylade épousa Electre et le Erinyes, déesses de la vengeance, qui pourchassaient Oreste après son matricide ayant cessé leur persécution, celui-ci épousa Hermione et devint roi de Mycènes.

L’histoire de cette amitié sans faille a inspiré bien des récits, du dramaturge Euripide jusqu’à Jean-Paul Sartre avec Les Mouches.
Avec bonheur, elle inspire aussi Brassens pour faire état d’une situation tellement cocasse qu’elle ne pouvait être créée que par une amitié de ce tonneau.

 Illustration : Antoine Julien POTIER ,  Oreste défendu par Pylade 

 

08:00 Publié dans Brassens, poète érudit | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

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