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28.09.2011

Brassens : les mots du cygne

Sauf le respect que je vous dois

 Cupidon, ce salaud, geste qui chez lui n’est pas rare,
Avait trempé sa flèche un petit peu dans le curare,
Le philtre magique avait tout du bouillon d’onze heures…
Parlez-moi d’amour et j’vous fous mon poing sur la gueule,
Sauf le respect que je vous dois.

littératureComme nous l’avions indiqué avec Sale petit bonhomme, Cupidon est souvent pris à partie et malmené dans la poésie de Georges Brassens.
Dans ce pamphlet rageur en lequel René Fallet se plaisait à voir une version plaisante des fureurs d’Othello, pièce de la jalousie et de la trahison, Cupidon n’est même plus ce facétieux lanceur de flèches qui s’amuse à titiller et blesser, de-ci, de-là, selon son bon plaisir.
Il est un empoisonneur.
Circonstance aggravante, ce penchant assassin est, selon Brassens, assez coutumier chez l’ange de L’Amour.
Directement emprunté au latin philtrum, le mot «philtre» en a gardé absolument le même sens d’un breuvage supposé rendre amoureux ou amoureuse celui ou celle qui y trempait les lèvres.
Par extension, le mot avait pris au XVIIIe siècle, le sens d’une boisson dangereuse, acception disparue par la suite
Aussi avec ce petit vers magique de Brassens, le mot retrouve-t-il son inquiétante substance d’antan en se transformant en bouillon d’onze heures, c’est-à-dire en breuvage empoisonné, capable de donner la mort.
Obtenu par ébullition avec émanation de vapeur, le bouillon a toujours eu la connotation un peu maléfique de la mixture et de la potion étrange. Point de sorcière consciencieuse sans sa marmite qui boucane et qui gargouille en de grosses bulles !
Dès 1690, la locution
«donner le bouillon» est attestée par Furetière pour dire «empoisonner». Elle a été renforcée assez obscurément du  onze heures, à la fin du siècle suivant.
On pourrait arguer que la onzième heure signifie « le dernier moment », « la dernière heure ».
Mais il semblerait que ce sens n’apparaisse que tardivement, vers 1862 chez Sainte-Beuve avec l’expression «  Matthieu, l’apôtre de la onzième heure », par une allusion au Nouveau Testament.
C’est pourtant ce sens de bouillon de la dernière heure qu’il faut donner au bouillon d’onze heures, onze heures étant, dans les repères mathématiques du jour, la dernière heure avant que ne retentissent les douze coups de minuit, avant que ne meurt une date au calendrier.

11:09 Publié dans Brassens, poète érudit | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

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