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23.09.2011

Brassens : les mots du cygne

Je reprends la mise en ligne de Brassens, poète érudit (Arthémus 2001 et 2003), que j’avais abandonnée, pour moult raisons, fin mai.
J’en étais resté à l’année 1969.
Il nous reste 1972, 1976 et...des titres posthumes.
Trente ans, dans un mois, que le poète sétois aura cassé sa pipe. J’ai beaucoup pensé à lui, hier, avec cette immonde mise à mort de Troy Davis

 _______________

1972

  Stances à un cambrioleur

 Monte-en-l’air, mon ami, que mon bien te profite,
Que Mercure te préserve de la prison
Et pas trop de remords, d’ailleurs, nous sommes quittes,
Après tout ne te dois-je pas une chanson ?

littératureA partir d’une mésaventure qui lui advint réellement, - le cambriolage de sa maison, - Georges Brassens tisse une de ses plus belles poésies, tendre, saisissante de tolérance et pleine d’humour.
Certes, l’admirateur de François Villon et l’auteur de La Mauvaise réputation, ne pouvait guère s’adresser autrement à son cambrioleur. Il aurait cependant pu passer le fait divers sous silence. Mais Brassens vit comme il écrit et écrit comme il vit. Il est, en cela aussi, un des derniers grands poètes de notre temps. Il n’est pas de ces corniauds versatiles et vendus d’aujourd’hui qui écrivent noir et vivent blanc, ou vice-versa. Il est indivisible. Tous ceux qui furent de ses proches et amis en attestent.
Sa plume se devait alors d’adresser un message de bienveillance à ce furtif visiteur,
dans lequel il a reconnu un frère de la nuit et qui eut le bon goût de choisir sa maison pour y exercer son art :

D'ailleurs moi qui te parle, avec mes chansonnettes,
Si je n'avais pas dû rencontrer le succès,
J'aurais tout comme toi, pu virer malhonnête
Je serais devenu ton complice, qui sait ?

C’est là du grand Brassens. Tant du point de vue de l’écriture que de l’humanité qui s’en dégage.

La divinité dont la protection est ici plaisamment sollicitée est un dieu multiple et complexe, Mercure, le dieu Hermès du panthéon grec.
Fils de Zeus, il est le messager de tous les dieux. Il possède des vertus magiques agissant sur le sommeil et sur les rêves et il est celui qui conduit les âmes des morts vers le royaume souterrain d’Hadès.
Il veille surtout sur les marchands et sur toutes les professions itinérantes. Il est ainsi le protecteur des bergers et de leurs troupeaux, tout comme celui des voyageurs.
Néanmoins, en dépit de ces multiples et célestes "attributions", c’est sans doute en tant que dieu de la chance que Brassens s’adresse à lui pour lui demander d’épargner à son voleur les affres du cachot. Dieu de la chance, oui, mais aussi des voleurs et des menteurs : le jour de sa naissance, Hermès, ici Mercure, vola les troupeaux de son frère Apollon et brouilla les pistes en faisant marcher les animaux à reculons.
Je trouve assez cocasse que le dieu des marchands soit en même temps celui des voleurs et des menteurs. Peut-être fallait-il commencer par là notre critique du monde de la marchandise-spectacle. Cela nous aurait évité bien des détours.
Mais revenons au cambrioleur de Brassens.
Sans doute la généreuse requête du poète a-t-elle été entendue car jamais le monte-en-l’air ne fut confondu. De toute façon, la chance, il l’avait déjà rencontrée en forçant la porte d’un homme aussi proche de lui. Anonymement, il venait de rentrer dans la postérité et, justement, par la plus belle des portes : celle de la poésie.
Sans doute aussi a-t-il entendu cet amical conseil, plein de tact, car il ne s’est pas présenté une seconde fois :

Fort de ce que je n’ai pas sonné les gendarmes,
Ne te crois pas du tout tenu de revenir
Ta moindre récidive abolirait le charme
Laisse-moi, je t’en prie, sur un  bon souvenir.

Du grand Brassens, oui. Et dans ce monde de turpitudes, de tromperies, dans ce monde procédurier à outrance aussi, il nous manque terriblement, le vieux troubadour moustachu.

 

10:28 Publié dans Brassens, poète érudit | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

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