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02.04.2011

Brassens : les mots du cygne

Le fantôme

Au p’tit jour on m’a réveillé,
On secouait mon oreiller
Avec une fougue pleine  de promesses,
Mais foin des délices de Capoue !
C’était mon père criant : debout !
Vains dieux, tu vas manquer la messe !

hannibal.jpgGeorges Brassens, s’il sait être profond, mélancolique, frondeur, moqueur, truculent, sait aussi adopter le verbe du conteur.
Pour preuve, cette fable onirique, guillerette et soigneusement composée. Tant qu’elle en est presque crédible. Elle nous entraîne dans les spirales en demi-teinte d’une robe ; celle d‘une adorable nymphe surgie de l’au-delà. Avant la chute cruelle du retour au réel.
Badinage, Récréation ? Amusement ? Pur exercice de plume ? Je n’en suis pas certain.
L’écriture est ample, certes, impeccablement travaillée mais surtout, l’amoureux des beaux archaïsmes littéraires, le fervent des poésies médiévales, celui qui emprunte volontiers à Rabelais et Villon et qui par ailleurs regrettera de n’être pas né cinq siècles plus tôt, s’offre, au moins une fois, la volupté d’une étreinte avec une dame du temps jadis.
Le poète a toujours eu l’angoisse de la fuite du temps. Alors il le remonte allègrement et s’offre une odyssée de mille ans en arrière. Poétique révélation du destin après la mort dont la peur, encore une fois, est ici conjurée.
Hélas, le réveil est brutal et bien douloureux.
D’abord, c’est le père, symbole de l’autorité et du principe de réalité, qui met fin au voyage fabuleux du jeune poète. C’eût été la mère, que la brutalité s’en serait trouvée amoindrie.
Ensuite, l’ordre donné d’aller à la messe, lieu où l’on est censé se rendre pour sauver son âme des enfers, semble alors réellement plus vain quand on vient de faire la rencontre d’une dame qui sait tout des mystères de la mort, et ce, depuis 1000 ans !
On peut imaginer aussi que l’éducation religieuse - où il est beaucoup plus question de mort que de vie et où le désir amoureux est lourdement fautif - favorise ce genre de rêve chez l’adolescent, culpabilisé et effrayé par d’effrayants sermons.
Mais, n’eût été ce réveil intempestif, Brassens allait éprouver un malin plaisir à transgresser doublement l’interdit fait à l’amour car il allait s’y adonner, hérésie suprême, avec un fantôme, c’est-à-dire avec une vie post-mortem !
De quoi frémir de douleur tous les missels de la Sainte Eglise !

L’expression pour dire cette débauche fantastique, les délices de Capoue, désigne habituellement les plaisirs où l’on se laisse aller et dans lesquels l’âme s’amollit. Elle est une allusion historique à la seconde guerre punique.
La marche sur Rome du général carthaginois Hannibal constitue un des plus hauts faits de toute l’histoire militaire. Elle débuta en 218 av. J.C. et partit de Carthagène, en Espagne.
Quarante mille hommes environ, avec cavalerie et éléphants, franchirent les Pyrénées, le Rhône et les Alpes en quinze jours, malgré les tempêtes de neige, les glissements de terrain et les attaques-surprises des tribus montagnardes hostiles.
D’humiliantes et cuisantes défaites furent ainsi infligées aux troupes romaines commandées par Publius Cornelius Scipion en 218 av J.C. et  par le consul romain Caius Flaminius, en 217 av. J.C.
Hannibal franchit donc les Apennins et dévasta les provinces romaines de Picenum, d’Apulie et de Campanie. A Cannes sur l’Aufidus, il anéantit une armée romaine de plus de 50 000 hommes.
Après cette victoire, les portes de l’opulente Capoue lui furent ouvertes et toute l’armée y prit ses quartiers d’hiver en 216-215 av J.C.
La ville, par sa richesse, était alors la rivale de Rome. C’était aussi une ville de plaisirs. Les redoutables guerriers carthaginois s’abandonnèrent de longs mois durant à sa luxure et à la débauche des sens.
Y eut-il alors une relation de cause à effet et ces vaillants soldats y perdirent-ils toute leur fougue guerrière ? Toujours est-il qu’à la reprise des combats, quand Hannibal donna l’ordre de marcher sur Rome,  les Romains réussirent à conserver leurs positions et, même, à reprendre Capoue.
Peu à peu la fortune des armes cessa de sourire au général carthaginois. Il fut rappelé en Afrique, en 202 av. J.C. pour tenter de faire échec à une invasion romaine de son pays, conduite par Scipion l’Africain.

14:00 Publié dans Brassens, poète érudit | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

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