29.05.2012

Le garde champêt' qui pète qui pue...

la vie est un jeu.jpgJe me souviens d'un dîner - on disait souper- aux terribles admonestations. Le garde-champêtre m'avait surpris quelques heures plus tôt en train de m'évertuer à dégonfler son vélo, négligemment posé sur la grille de l'école. Faut dire que j'avais singulièrement aggravé mon cas en couvrant ma fuite de ces quelques vers, maintes fois rabâchés :

Le garde champêt'
Qui pète qui pue,
Qui prend son cul
Pour une trompette !

Le susdit garde-champêtre n'avait que faiblement apprécié le facile exercice de versification et, entre deux quintes de toux et deux bouteilles de mauvais vin, avait prophétisé que si l'on n'y prenait garde, je courais droit à la potence.
On n'y prit point assez garde, sans doute. Maintes fois, ma route se trouva en effet barrée par des gardes-champêtres de toutes sortes, en guêtres, en costumes, en uniformes,en blouses blanches et même en minijupe, tant il est vrai que le chiendent ne se métamorphose que très rarement en coquelicot.
Ma mère s'en foutait d'ailleurs royalement des conneries du garde-champêtre : elle n'éprouvait pas non plus une grande sympathie pour tout ce qui représentait peu ou prou l'autorité. En outre, elle n'avait pas besoin des objurgations du collaborateur de mairie (sic) pour régenter tout son monde. L'ortie fraîche du printemps, urticante à souhait, la jeune baguette de noisetier de l'été, bien cinglante, ou la giroflée à cinq branches en toutes saisons, constituaient des arguments trop puissants, des « ultima ratio régum » trop redoutables pour qu'on s'avisât de transgresser ostensiblement les différents interdits de l'ordre domestique.
Pourtant, je ne saurai jamais pourquoi j'éprouvais une jouissance secrète, savoureuse, à braver ces interdits alors que mes frères et sœurs  s'appliquaient à les respecter tant bien que mal. Un sang rebelle, échu de quelque vexation intra-utérine peut-être, ou tombé des étoiles, devait couler dans mes veines et qui ne faisait palpiter le cœur que dans l'ombre de la violation des règles.
J'ai perdu une énergie folle à vouloir comprendre. En vain. D'autant qu'il m'en souvienne, plus ma mère se montrait sévère, et plus j'étais pris d'une incoercible passion à vouloir contrevenir, de plus en plus gravement.
Ce sentiment étrange, cet Œdipe de la recherche de l'affrontement, a peut-être déterminé, pour une bonne part, la suite d'une existence tumultueuse, conflictuelle et désordonnée, mais - et c'est là la victoire -  toujours joyeuse.
Il me plaît d'en formuler l'hypothèse que rien, évidemment, ne peut vérifier.
Peu importe d'ailleurs, les psychanalystes et autres mécaniciens de l'intime, étant ravalés dans ma tête au rang des grands prêtres du monde coercitif.

Le silence des chrysanthèmes - 2006 -

Image : Philip Seelen

Commentaires

Ah, ah, la transgression des interdits ne flirte-t-elle pas avec une bonne gestion des frustrations tout simplement ?

Écrit par : ArD | 29.05.2012

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Je n'imagine pas une seconde Monsieur BR en "bon gestionnaire" de quoi que ce soit !

Écrit par : Alfonse | 30.05.2012

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Je n'ai effectivement pas géré grand chose dans ma vie ( outre le fait que le mot me pue aux yeux).
Gérer des frustrations, je me demande effectivement bien ce que ça peut sous-entendre comme démarches et quel résultat ça peut donner...

Écrit par : Bertrand | 31.05.2012

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L'emploi de ce terme est galvaudé, j'aurais dû l'éviter effectivement. On ne retient plus que le sens comptable au détriment de sons sens que j'évoquais ici : organisation, conduite. je sous-entendais, sur un ton badin, que la transgression était là une bonne manière de ne pas accumuler de vaines frustrations, icelles qui obèrent le sentiment de liberté.

Pardon de m'être mal exprimée et d'avoir ainsi frôlé le contresens.

Écrit par : ArD | 31.05.2012

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Tous les contresens sont permis, chère ArD, sur un blog qui ne fait pas foi de la cohérence.
Mais j'ai compris ce que vous vouliez dire. Il est vrai aussi qu'on a tous nos mots qui nous révulsent un peu,parce que marqués d'une trop forte utilisation.

Écrit par : Bertrand | 31.05.2012

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Et puis arrêtez de vous prendre le chou avec ce petit bonhomme insignifiant qui est moche comme tout, en plus.

Écrit par : Alfonse | 01.06.2012

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