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27.04.2010

Ce champ peut ne pas être renseigné - 2 -

Du bleu en laisse.jpgVous n’avez certes pas fait le tour de la terre, mais vous avez fait le tour de l’essentiel : nous sommes des bateaux qui nous inventons des ancrages, des ports d’attache, des caps et  des capitaines.
Des bateaux handicapés par les libertés du vent.
Tout le contraire des bateaux ivres et des jonques sans rameurs voguant sur des fleuves inconnus.
Vous avez constaté, avec
amère délectation, qu’il suffisait de prendre le large pour supprimer les plages et les rochers.
Les indispensables compagnons de votre "avant" ont agité leurs mouchoirs un moment, tant que votre voile sur le dos tout rond du voyage paraisse encore un peu, puis, n’ayant plus que la vacuité des horizons à offrir à  leurs yeux, ils ont rangé leurs petits chiffons, tourné le dos et cheminé vers le déclin d'un "nous".
Le silence vous a englouti. Comme l’écume le grain de sable.
Vous en avez été dépité, vous y avez pensé beaucoup, puis, à votre tour, n’ayant plus que la vacuité des hommes à offrir à votre cœur, vous avez soupiré d’aise et planté là votre libre voyage.
Le choix des solitudes incendie forcément  le poids des habitudes.
Et les choix sont toujours moins lourds à porter que les poids.
Vous êtes, en fait, revenu à un point  de départ.  Celui d’avant qu’on s’élance, la barbe naissante et l'esprit  et le corps ingénus,  à l’assaut des grands sentiments.

Vous avez, enfin, de toutes les messes sonné le glas.
Vous n’avez pas fait le tour de la terre mais celui de l’essentiel.

Image : Philip Seelen

12:56 Publié dans Apostrophes | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

Commentaires

Fulgurance. Difficile de dire quelque chose après, Bertrand.

Sinon que les nouveaux compagnons du 'pendant' bien que loin, trop loin, sont là.

Écrit par : Michèle | 27.04.2010

Touchée par le texte, très beau. Mais troublée par l'image, qui me semble sortie de «mon» grand paysage. Est-ce bien un bout du Léman? Ma question doit être agaçante et un peu ras des vignes.

Écrit par : Natacha | 27.04.2010

C'est un bout du Léman, Ph Seelen ayant ses entrées en Suisse.

Beau texte Bertrand. On est là, nous, mais on est loin et notre visage est inconnu.

Écrit par : Feuilly | 28.04.2010

Synthèse de vie brillante, belle métaphore; désarroi et morosité n'ont donc pas le dessus puisque le primordial, c'est d'approcher le fond de l'affaire.
Pour te remettre un peu de baumme au coeur, vois ce que permet le net: je pense à tous ces polonais arrivés dans la Creuse en 1950 pour travailler , toutes ces belles filles blondes qui épousaient les garagistes et artisans du coin; elle avaient nom Kowasski et paraissaient heureuses; quelle coupure nette toutefois avec leurs racines; quelle souffrance sans doute! Maintenant, ces messages d'amis tous les jours,te donnent-ils l'impression d'être plus près?

Écrit par : Anne-Marie Emery | 28.04.2010

Mon grand bonheur est de m'être délivré des illusions, des ancres que l'on croit solidement jetées, pour rentrer dans un monde plus solitaire, plus silencieux, mais plus authentique.
Pour savoir la solidité de nos attaches, il faut donc déchirer les décors. Ça n'est pas mon privilège mais le sort de tous et toutes et c'est sans doute pourquoi les décors sont souvent préférés aux véritables jeux.
Les amis du net, les amis du "pendant" comme dit Michèle, "n'avez pas de visages", comme dit Feuilly. Vous avez, tout comme moi pour vous, donc l'avantage de ne pas être exposés aux érosions.
On ne peut guère quitter quelqu'un qu'on n'a jamais rencontré, tout comme on ne peut guère en être abandonné.
Natacha, il n'est jamais barbant, pour moi du moins, de poser une question sur un paysage.
Cette image de Philip est de Suisse, oui....
Amicalement

Écrit par : Bertrand | 28.04.2010

On n'est jamais seul(e) dans la vie...Qu'au moment de mourir...

Écrit par : madeleine | 28.04.2010

«On ne peut guère quitter quelqu'un qu'on n'a jamais rencontré, tout comme on ne peut guère en être abandonné» dites-vous. J'ai encore cette vrille au coeur, quand je suis allée, comme d'habitude depuis plusieurs années, sur le blog de Dominique Autié, en mai 2008, et que j'ai lu «blog fermé», avec une belle photo de l'auteur et ses dates de naissance et de décès. Un deuil d'une brutalité terrible. J'ai mis des mois à pouvoir digérer cette mort impossible. Le blog de Dominique Autié, on peut toujours le consulter. Quand je fais des recherches sur des sujets qui me touchent, je tombe et retombe sur lui. Une sorte d'éternité du Net.

Écrit par : Natacha | 28.04.2010

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