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26.02.2012

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Delegacja leśników 008.JPGTrop longtemps vous avez laissé les brûle-gueule agacer votre bec.
Non pas que vous soyez un poète émérite ou un grand oiseau blanc voguant par-delà les contingences, mais plus prosaïquement parce que vous n'aimez pas les brûle-gueule et que vous auriez bien voulu faire de votre bec ce que vous entendiez en faire, plutôt que de ne l'ouvrir que pour survivre et de vous le faire régulièrement clouer par de redoutablres béotiens.
Embrasser et chanter, par exemple.
Eussiez-vous été un oiseau que vous auriez dédaigné le plumage de l'albatros pour celui du Loriot. Parce qu'il est jaune, couleur de l'opprobre, avec du noir, couleur des pirates et de l'anarchie, et qu'il siffle remarquablement bien.
Les oiseaux possèdent cette insurmontable supériorité sur les hommes qu'ils savent chanter sans  éprouver le besoin de s'auto-proclamer des chanteurs ou des artistes.
Ils chantent parce que c'est comme ça qu'on vit. En chantant sa vie et ses amours.
Vous avez pourtant vous-même chanté toute votre vie sans jamais être un chanteur. Alors vous vous êtes mis à écrire.
L'écrivain n'écrit pas la vie.  Vous le savez bien : quand la vie le prend dans ses grands bras de passion ou de souffrances, il n'écrit plus rien. C'est la vie enfuie qui l'écrit. Lui, il est sous la dictée d'une archéologie, parfois à peine entrevue.

D'ailleurs, à quoi bon tout ça ?
Est-ce qu'un oiseau s'évertue à être autre chose que ses chants et ses migrations ?
Vous avez donc posé votre cul à la croisée des chemins et interrogé les quatre horizons.
L'un était brumeux et c'est là que sombraient les soirs honnis. Dans de l'eau salée. Vous n'avez jamais su nager.
L'autre était froid et gris. Vers l'île des fats.

L'autre encore tremblait de chaleur. Vous n'aimez pas la chaleur.
Le dernier enfin rosissait le matin, aux heures où vous aimiez croire encore possible qu'on puisse prendre son envol.
C'est donc vers là que vous êtes allé.
À la rencontre de vos chers matins. Remonter le temps. Tourner le dos aux jours qui s'effondrent.
Mais les quatre horizons ne sont que métonymies d'une même illusion !
Plus vous avanciez et plus le déclin vous poursuivait et plus devant vous s'enfuyait le rose bleuté de vos aurores.
Vous vous êtes aperçu un peu tard que la machine était vraiment ronde.
Parce que vous êtes un homme, que les hommes sont des vaniteux et croient n'avoir plus rien à apprendre des évidences primaires.
Il eût fallu, pour métamorphoser votre condition au monde, marcher plus vite que  la lumière.

09:00 Publié dans Apostrophes | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

Commentaires

On ne peut que souscrire...Mais j'aurais arrêté l'identification au moment de "tourner le dos aux jours qui s'effondrent", le reste vient expliquer ce qui a été bien suggéré précédemment...

Ce commentaire a vocation à reconnaître et non pas à sanctionner.

Écrit par : Alain L. | 26.02.2012

Bonjour Alain,
Bien sûr que je ne prends pas cette remarque - au demeurant judicieuse - telle qu'une sanction. Et puis, quand bien même en serait-ce une, que le lecteur a tout loisir de sanctionner. Il est bien là, aussi, dans sa passion de lire.
Une écriture qui ne saurait lire que les applaudissements - aussi agréables soient-ils - n'en aurait jamais été une. Tout au plus une quémande existentielle.
Bien à Vous

Écrit par : Bertrand | 27.02.2012

Les commentaires sont fermés.