04.05.2014

Inventeurs en culottes courtes

J'ai beaucoup pensé à tout ça, à eux, en enfonçant mes pointes, en rabotant mes planches et en me flanquant des coups de marteau sur les doigts lors de la construction - que dis-je ? !  - de l'élévation de mon poulailler...
C'est une des raisons pour laquelle, amusé, je remets ce long texte en ligne.

 littératureJ’ai décidément grandi au sein d'une communauté d’inventeurs. Après l’idée géniale de la guitare et celle plus saugrenue des bicoques et des édifices en allumettes, cette dernière ayant rencontré un franc succès auprès de ma mère, les esprits s’étaient échauffés.
Les matières grises voulaient en découdre ; on désirait se mesurer, rivaliser d’ingéniosité. On m’avait déclaré hors concours et j’avais signé des deux pattes l’unanime et implicite décret d'exclusion. On disait que je ne savais rien faire de mes dix doigts et comme on en était alors en pleine effervescence cérébrale, on riait à gorge déplacée que mes mains ne me servaient que pour pisser.
Sans qu’ils aillent jusqu’à brûler les chaises et les buffets, j’étais donc entouré de petits Bernard Palissy et de Léonard de Vinci qui démontaient ceci pour fabriquer cela, qui massacraient l’utile pour produire du futile.
Je contemplais tout ce déploiement d’habileté et m’en amusais beaucoup, passant quelques outils rudimentaires à tel ou tel artiste, l’accompagnant de mes vains commentaires. Il hochait les épaules et, goguenard, me demandait inéluctablement d’aller chercher une bulle pour le niveau ou la clef du champ de choux. Nous partions d’un grand éclat de rire. En fait, je devrais dire "de deux grands éclats de rire." Car c’étaient deux rires qui s’alimentaient réciproquement mais qui ne se rencontraient pas : quand le sien était d’autosatisfaction - car me voyant rigoler si généreusement il pensait que sa plaisanterie à répétition était exquise - le mien se nourrissait justement de tant de naïveté et de crédulité.
Le quiproquo était excellent, d’autant plus que tout le monde y trouvait son compte.

Que toutes les bonnes âmes féministes me pardonnent, mais les dispositions créatrices de chacun des membres de ce club de virtuoses étaient fort sexistes. Les filles faisaient des canevas de toutes les couleurs, des napperons, des taies d’oreillers au crochet et des rideaux que je ne vis jamais pendre à nos fenêtres. Je dois être moi-même un ignominieux phallocrate, tant il est vrai que je ne peux pas les imaginer en train de fabriquer une brouette.
Si ceci peut compenser cela, je les aidais parfois, les filles. Le point de chaînette et le point de croix n’avaient pas de secret pour moi, mais vous savez déjà tout ça. Je vous ai raconté  mon passage à l'école des filles...
C’était le soir, sous la pâle clarté de l’unique ampoule électrique. Le couvert sitôt démis, la table était envahie de coton, de laine et d’aiguilles. On faisait silence. Installée au bout de la table, ma mère recopiait des chansons retenues par cœur ou lisait des romans-photos, avec des héros bellâtres et gominés et des héroïnes aux longs cheveux et aux talons aiguilles. Invariablement, quand elle refermait son Nous Deux, elle soupirait que c’étaient vraiment des conneries et que ça ne ressemblait à rien ! Elle n’en guetterait pas moins le prochain numéro qu’apporterait le facteur et s’empresserait alors de vérifier si les bellâtres gominés susnommés étaient restés fidèles à leurs poules, les avaient trahies voire trucidées ou, romantisme en promotion oblige, s'ils n’étaient pas tragiquement morts. Quoi qu’ils aient fait, ce seraient de toutes façons des conneries ! Les Nous Deux s’empilaient pourtant par centaines dans le grenier et, un jour ou l’autre, les héros finissaient immanquablement sous des épluchures de patates ou en allume-feux, quand, vil destin s’il en est, leurs gueules de papier glacé ne se retrouvaient pas accrochées dans les rudimentaires commodités du fond du jardin.
Les garçons, eux, bras de chemise retroussés tambourinaient la planche ou la ferraille, limaient, ajustaient, dégauchissaient. Sur un atelier rustique, que j’ai toujours vu installé au même endroit, dans la grange, ils usinaient dur et sifflaient comme de vaillants ouvriers.
L’un d’entre eux avait fait le tour des bâtiments, avait démonté des portes ou des clapiers, récupéré les planches et entreprit la construction d’un radeau qui voguerait bientôt sur la rivière. L’idée de descendre le ruisseau pour contempler les prés et les bosquets depuis le fil de l’eau, comme des indiens, me séduisait. J’encourageai donc l’armateur de toutes mes félicitations et suivis pas à pas la conception du bateau. J’étais chargé de faire le guet quand il démontait une porte trop ostensiblement utile ou quand il dépouillait une cage de ses pointes.
Il avait travaillé les planches, ils les avaient polies, il en avait corrigé les arêtes pour qu’elles puissent bien s’épouser, il les avait assemblées, il les avait pointées, il les avait ficelées. Il avait aussi détourné un  pot d’une matière noire et grasse destinée à protéger de la vermine et de la putréfaction les piquets de clôture du jardin, et il en avait badigeonné son œuvre.
Le chantier naval en empestait. Ça prenait à la gorge mais ça faisait plus vrai. Il avait alors décidé que la coque était finie et qu’il fallait maintenant s’attaquer aux appareillages de flottaison. C’est comme ça qu’il avait dit. Je ne sais pas où il avait pris ça.  Personne ne l’avait contredit, au contraire, on avait salué respectueusement ses connaissances techniques en la matière et il en avait reniflé de plaisir en tordant une narine. Je soupçonnai bien une supercherie, une invention, un alliage intempestif de mots, mais je me tus. Le sujet était trop grave : faire flotter ces quelque trente kilos de planches à moitié pourries me semblait pour le moins un audacieux pari, une sorte de délire à la hauteur de Jules Verne, révérence parler.
En échange d’une promesse de balade sur l’eau, il lança des offres d'emploi à qui  voulait bien courir les bois et les fossés à la recherche des décharges sauvages où des bidons de toutes sortes étaient jetés.
Il avait ensuite attaché tous ces vieux récipients ensemble, avec un long fil de fer pillé à la clôture du jardin et avait fixé cet assemblage à la plateforme de son bateau. Aux ignorants contemplatifs que nous étions, il avait dit que c’étaient des réservoirs d’air. On l’avait cru sur parole, on avait exalté derechef sa science, et il avait toussoté de plaisir contenu en tapotant les précieux poumons de son petit navire. J’avais quand même tenté de signaler, timidement il est vrai, du bout du doigt, quelques bouchons qui me semblaient défectueux, le filetage rongé par la rouille. Unanime, la troupe avait crié à l’emmerdeur, alors j’avais levé les mains en l’air en signe de renonciation.
C’était fort singulier. Il y avait là des bidons de toute grandeur et de toute forme, des bidons jaunes, des bidons noirs, des bidons jaune et noir, des bidons blancs, des bidons rouges, des bidons Castrol, des bidons Shell, des bidons partout. Le bateau était sponsorisé par des marques d’huile et des compagnies pétrolières du monde entier. Le constructeur ayant décidé qu’il servirait aussi à pêcher des grenouilles - peut-être pour calmer ma mère qui commençait à se demander d’où sortaient tous ces matériaux et qui soupçonnait quelque sabotage - il installa un chiffon rouge au bout d’une longue baguette de noisetier. L’embarcation semblait ainsi battre pavillon soviétique.
Ma mère en fut ravie et ne poussa pas plus avant ses soupçons.

Enfin, arriva le jour du baptême de l'eau !  Nous descendîmes, comme en procession, jusqu’à la rivière. Ce fut vraiment un beau matin, un matin bleu clair. Dans les feuilles nouvelles, ça gazouillait à becs déployés et il y avait des pâquerettes, des boutons d’or et des coucous en fête sur les talus herbeux et sur les prés. Des pissenlits en fleurs aussi. Les printemps de la campagne océane sont toujours verts et jaunes.
Tout émoustillés à l’idée d’aller cette fois-ci non pas à la rivière mais sur la rivière, nous gambadions et nous sautillions sur le chemin, derrière les trois porteurs du radeau, dont l’ingénieur-concepteur bien sûr. C’est lui qui avait nommé les deux autres, en leur indiquant comment et où poser les mains. Plus exactement où ne pas les poser, car de-ci, de-là une grosse pointe rouillée avait traversé les planches ou bien un fil de fer non moins oxydé et pointu n’avait pu être retourné convenablement.
Nous n'en avions pas moins l’impression d'être sur le point de vaincre un des éléments les plus redoutables et les plus mystérieux de la nature,  la rivière.
Retenue par deux longues ficelles, la jonque bigarrée fut mise à l'eau avec d’infinies précautions. Et sous les applaudissements, ô miracle, la voilà qui se mit à flotter et à tourner sur elle-même, chahutée par le courant encore très vif en ce tout début de printemps.
Qu’un rectangle aussi grossier puisse tourner comme cela sur lui-même, ne me disait rien qui vaille. Un rond, j’aurais mieux compris. N’y avait-il pas là comme une sorte de déséquilibre de l’ensemble ? Mais il est vrai que mes connaissances dans le jeu des forces et de la physique ont toujours été très approximatives et puis, chacun avait l’air si content, chacun souriait tellement benoîtement, que je ne voulais pas encore être traité d’emmerdeur et gâcher la fête. Je fis donc taire mon angoisse et  m’associai à l’optimisme général.
Le capitaine monta à bord tandis que deux matelots immobilisaient l’embarcation. Sur son ordre, ils larguèrent les amarres et mon frère partit au fil de l’eau en poussant les cris d'une forte sensation. Il partit vite, très vite. Sûrement un peu trop vite. Les rires et les applaudissements s’estompèrent puis se turent, les yeux s’écarquillèrent, car il devenait évident que le marin d’eau douce était déjà en perdition.
En fait, il avait construit une toupie. Il tournoyait sur lui-même, levait les bras, hurlait, gesticulait d’un pied sur l’autre et tâchait avec une longue gaule de ramener son youyou fou à la raison. Sinistres présages, on vit dans la tourmente des bouchons de bidons qui dansaient alentour. Les fameux réservoirs d’air changeaient d’élément avec de préoccupants glouglous. L’esquif maintenant non seulement toupillait mais encore se mettait à pencher dangereusement. Un coin du rectangle était déjà submergé. Le marin fit bien des efforts pour faire contrepoids, peut-être même serait-il parvenu à corriger l’horizontale, mais il y eut le pont !
On cria gare, on indiqua le danger avec de grands gestes et en courant sur la berge pour suivre de près ce qui semblait maintenant inévitable. Le sinistre eut lieu dès que la tête heurta l’arche en pierres. L’éphémère timonier fut projeté dans l’eau et le radeau, comme un cheval fou enfin libéré de son cavalier, s’engouffra sous la voûte où il s’immobilisa, coincé.
Mon frère sortit en rampant et à grand peine de l’eau, la tempe dégoulinante de sang, grelottant, toussant  et crachant.
Le regard qu’il nous lança était pitoyable, inondé par la panique et la désillusion. Bien qu’il fût beaucoup plus grand que moi, je le pris affectueusement dans mes bras et lui dis que ça n’était pas grave, qu’il ferait mieux la prochaine fois et que ce genre de déconvenues était réservé aux grands pionniers et au courage des imaginatifs. Il ne semblait pas comprendre, il me regardait, hébété, apparemment fort sonné.
À une saison où, soi-disant, il ne faut pas se découvrir d’un fil, il risquait au moins la pneumonie.
Nous rentrâmes donc au galop, abandonnant l’épave sur les lieux du naufrage. Solidaires mais néanmoins prudents, nous le laissâmes aller plaider seul sa cause devant son juge et, eu égard à la gravité du délit, le verdict fut relativement clément : deux jours de jardin ! Deux jours pendant lesquels il demeura taciturne, arracha la moindre petite herbe entre les sillons naissants, ramassa tous les cailloux, jusqu’au plus minuscule, ratissa les allées.
Visionnaire, ma mère savait déjà prononcer des jugements d’intérêt collectif. Une large bande ceinturait la tête du condamné et dissimulait un oeil.
Amère ironie, on eût dit un corsaire des mers !
Sa peine exécutée, il retrouva enfin l’usage de la parole pour dire que la brouette du jardin était foutue et beaucoup trop lourde. Il allait en faire une autre. Une brouette légère et qu'il peindrait en vert.
Au moins, c’était un projet au service de la communauté et, avec une brouette même approximativement conçue, il ne risquait pas de périr noyé.

 

littératureToutes les initiatives de cette famille inventive ne se terminaient cependant pas de façon aussi lamentable.
J’assistai à la naissance d’une espèce de moulin à vent pour Lilliputiens et dont on se servit vraiment pour séparer le bon grain de l’ivraie de nos deux sacs de blé. Le principe était bête comme chou, avec une petite tour, grossière mais solide, avec des ailes en gros carton, actionnées par une lourde manivelle. Un meunier présentait un panier d’osier rempli de blé devant les voilures, un autre faisait tourner la mécanique et la balle de la céréale s’envolait au vent. On s’en servit quand il n’y avait pas de vent, justement, c’est-à-dire deux ou trois fois. On admit bientôt que c’était inutile et fatigant, alors on passa la moulinette par les flammes.
Je vis aussi naître un vélo conçu à partir d’ossements de cadavres de bicyclettes abandonnés dans les bois, comme les bidons du radeau. Dans une société qui ne consommait encore que de l’essentiel, les déchets ne posaient pas de problèmes cruciaux. Ils étaient jetés dans de larges trous, souvent dissimulés au plus profond des taillis. Ces trous, racontait-on, avaient été pratiqués par de lointains bâtisseurs, pour  extraire de la terre glaise, leur ciment, ou bien de la pierre. Ainsi, dans notre jargon transmis de mémoire en mémoire, les appelait-on des carrières.
J'ignore si c’était exact. Je n’ai en effet jamais compris pourquoi ces maçons fantaisistes d’autrefois allaient chercher si loin, en des lieux si peu accessibles, les matériaux nécessaires à l’exercice de leur art. Des chemins avaient-ils disparu, engloutis par les bois ? Ces constructeurs cherchaient-ils la meilleure qualité, au prix de l’inconfort de l’extraction ? Voulaient-ils ne pas être vus ? Mais alors pourquoi ? Je posai plusieurs fois les questions. Je m’entendis répondre qu’il y avait longtemps, alors qu’il ne fallait pas chercher à comprendre. Ces hommes-là ne pensaient pas comme nous. C’est tout.
Quand ils n’avaient pas été réorientés en dépotoirs, les trous étaient envahis d’une tendre mousse. Ils donnaient du relief et du mystère aux sous-bois, comme des empreintes laissées par des géants. Souvent c’était sur leurs talus,
généralement arrosés d’un rayon de soleil parce que les arbres y étaient plus clairsemés qu’ailleurs, qu’on découvrait les girolles ou les cèpes. J’aimais venir m’asseoir là, au bord de ces fosses silencieuses et solitaires. Je m’y attardais, je descendais au fond, j’explorais du regard et des ongles, cherchant à les faire parler. De rudes paysans maniaient devant mes yeux des pioches et des pelles. Une fois,  je découvris un œillet de cuir cerclé de cuivre. Je l’enveloppai dans mon mouchoir et l’attribuai aux guêtres d’un de ses lointains travailleurs des ombres.
Comme tous les pauvres du monde, on espérait toujours découvrir dans une carrière des trésors jetés par négligence ou par des esprits gaspilleurs, à l’imagination limitée. Le pauvre sait recycler le déchet comme la hyène nettoyer la savane. Cependant, quand il découvre l’objet de sa convoitise abandonné là, il jubile, certes, mais vilipende toujours le dilapidateur anonyme. Peut-être pour donner une morale à une activité qu’il juge lui-même peu reluisante.
Mon constructeur de bicyclette ne dérogea pas à la règle. Il revenait toujours de ses expéditions brandissant un guidon, une roue à peu près ronde, un cadre complet ou une selle biscornue et tempêtant contre ces imbéciles qui jetaient des objets quasiment neufs à la carrière. Avec tous ces os rouillés jusqu’à la moelle, il réussit néanmoins à reconstituer un squelette qui, astiqué à la toile émeri, finit effectivement par ressembler à celui d’un vélo.
Mais pour prodigues que fussent les pourvoyeurs de carrière, ils n’allaient tout de même pas y abandonner des pneus ou des chambres à air réutilisables. Tout ce que ramena le prospecteur en la matière n’était que lambeaux. Alors le vélo resta en suspens, ses gentes désespérément vides. Je suggérai à son inventeur de le proposer à un des petits cirques qui s’arrêtaient parfois devant l’école, avec des gros lézards verts qu’on nous disait être des bébés crocodiles, des clowns qui ne faisaient rire qu’eux-mêmes et des équilibristes qui perdaient régulièrement l’équilibre. Peut-être qu’un beau jour, il  y aurait un semblant de funambule en vélo. Mon frère dit que l’idée n’était pas si conne qu’elle en avait l’air.
Consultée, ma mère ordonna que ce pâle croquis de la petite reine fût réexpédié là d’où il venait, au fin fond des bois.

Il y eut aussi le maniaque du clapier. Il en construisait partout, les uns sur les autres, des immeubles de clapiers à quatre ou cinq étages, en toute saison et beaucoup plus que de besoin. Il passait le plus clair de son temps à fabriquer des cages, tant et si bien que lorsque les lapereaux devaient être séparés des mamelles maternelles, au lieu de s’entasser dans un logement collectif, ils accédaient directement à la propriété individuelle.
De cette profusion de lapinières, je me souviens surtout des charnières en cuir, prélevées sur les vieilles chaussures, à tel point qu’on ne trouvait plus que des semelles en lieu et place des souliers mis au rebut, que le cuir vint à manquer à l’entrée de l’hiver pour faire les frondes et que le promoteur de casiers s’attira les foudres de tous les chasseurs du clan.
Les plus radicaux démontèrent des portes pour en voler les charnières. Des bagarres éclatèrent. Un compromis fut signé aux termes duquel il était permis de prélever une charnière, celle du milieu, là où le pointilleux
lapinophile en avait mis jusqu'à trois !
Fort heureusement.
Il était en effet inconcevable de n'avoir pas un lance-pierres en poche pour aller le long des haies et par les chemins, même quand c'était celui de l'école. Il fallait d'ailleurs en construire plusieurs par hiver, soit que la fourche, pourtant soigneusement sélectionnée à la branche d'un arbuste, cassait, soit qu'on le perdait, soit - et c'était là le plus souvent - qu'il était confisqué par l'instituteur. Au printemps, les armoires de l'école en recelaient tout un arsenal.
C'était une arme peu redoutable pour la gent ailée que nous prétendions chasser. Je n'ai en effet jamais vu le moindre passereau tomber sous le feu nourri des  petits cailloux pointus ou, en période faste, des billes qui nous servaient de munitions. J'ai bien vu plusieurs fois quelques plumes s'envoler au vent, mais l'oiseau s'envolait encore plus vite que ses plumes et surtout beaucoup plus loin. Le tireur se vantait alors de son adresse et même furetait dans les fourrés, voir si le bruant ou le moineau friquet n'y avait pas succombé. Il ramassait et exhibait les plumes pour preuves de sa dextérité. Même fort désappointés de cet énième échec en demi-teinte, nous en convenions. Surtout moi, qui n'ai jamais pu toucher une cible.



littératureCe fut alors une révolution quand, peut-être de guerre lasse d'en revenir toujours bredouille et de n'avoir jamais le moindre ortolan à mettre dans la poêle, un de mes constructeurs décida de faire une carabine. Le pari était risqué. Le projet était dangereux. On frisait le complot et l'activité du hors-la-loi. Nous prêtâmes serment, tous, de tenir secrète la téméraire entreprise.
L'arme à feu était en effet interdite dans notre maison. C'était l'arme des vrais chasseurs et elle pavoisait dans toutes les autres maisons, généralement au-dessus de la cheminée, soutenue par des têtes hideuses de sanglier féroce ou de chevreuil à l’œil de verre larmoyant. À travers la brume des champs, on entendait pétarader les fusils dès les premiers jours d'octobre. Les gibecières laissaient dépasser sur le coup de midi des museaux sanguinolents de lièvre ou la plume maculée et multicolore des perdrix rouges. Tout le monde dans le village était chasseur, des grands aux petits en passant par les lilliputiens, même les plus pauvres. Dès qu'ils avaient atteint l'âge légal, les jeunes paysans, après avoir battu toute la campagne pendant des années derrière leur papa chasseur, porté des trophées, le casse-croûte et la chopine et appris les gestes et ruses cynégétiques paternels, s’arnachaient d'une veste avec des boutons dorés en têtes d'animaux sauvages, de culottes de cheval ridicules, d'un chapeau feutré avec une plume de geai, de bottes, d'une cartouchière et d'un fusil flambant neuf ou bien à la crosse lustrée par l'épaule d'un grand-père qui, les jambes usées et l'œil déficient, avait passé le flambeau.
Ils partaient alors par les bois et le long de la rivière, avec ou sans chiens, et déclaraient la guerre aux gibiers. Il y en avait partout, du gibier. Du vrai gibier, farouche, habile et fier. Du gibier digne de Raboliot et des Contes de la Bécasse. L'idée d'élever en cage des volatiles et autres lagomorphes pour les libérer la veille de leur tirer dessus ne serait venue à personne, à moins qu'il ne soit fou à lier. La foire aux coups de fusil et aux cibles fictives n'était pas encore ouverte. Pour cela, il y avait la fête foraine de septembre.

Chez nous, le chef était une femme et dans nos sociétés, une femme ça ne chassait pas, eût-elle même répondu au doux prénom de Diane. Pas de chasseur, donc pas d'arme. Pas d'arme, donc interdiction d'en avoir. C'était comme cela la loi. Ce dont on n'avait pas besoin ou ce qui était au-dessus de nos moyens, passait automatiquement au chapitre des interdictions.
C'était d'un irréfutable pragmatisme.
A quoi eût d'ailleurs servi une arme à feu dans une maison qui ne chassait pas, sinon à vouloir menacer ou malfaire, hein  ? Il arrivait que ma mère racontât un crime lointain, commis par un ivrogne ou un jaloux, peut-être les deux à la fois, en tout cas un non-chasseur qui possédait néanmoins un fusil.
Pas d'arme donc, mais nous nous sentions néanmoins frustrés de voir les lièvres et les lapins détaler par la plaine, les cailles et les perdrix s'envoler sous nos pieds ou, sur la plus haute branche d'un chêne, les gros pigeons ramiers en train de faire miroiter leurs poitrails rose et bleu, comme des vitraux sous le rayon d'un soleil d'équinoxe, sans qu'aucune venaison ne vînt jamais  rôtir aux flammes de notre feu.
C'était comme si nous eussions été en présence d'un vaste plateau d'offrandes, appartenant à tout le monde et à personne, et sans que nous eussions le droit de nous servir. Il y avait bien nos pièges tendus sous les pommiers, l'hiver, s'il venait à geler et auxquels venaient se faire prendre un ou deux merles, très rarement une grive, mais c'était là du menu fretin. Alors on avait essayé les collets, sur des passages de lapins dans les haies ou sur  des musses de lièvres dans la prairie. Soit nous ne savions pas faire, soit les pistes repérées n'étaient plus fréquentées, toujours est-il que nos collets sont toujours restés inopérants.
Une fois seulement un animal consentit à venir y engouffrer son cou. A l'entrée d'une vieille grange, un de mes frères captura un chiot.
C'est dire si la perspective d'une carabine rencontra l'approbation et la complicité, même inquiète, de tous.
Les filles furent tenues à l'écart du complot.

L'armurier eut tôt fait de nous présenter l'ébauche de son œuvre, la partie menuiserie, crosse et repose-canon. Nous admirâmes, nous nous passâmes l'objet de mains en mains, nous le caressâmes, nous fîmes mine de viser. C'était du beau travail, à n'en pas douter.
Mais le côté technique, avoua l'artiste en se grattant la tête et en faisant la moue, serait plus délicat. Il ne fallait pas rigoler avec ça. Ce ne serait pas un jouet mais une arme, une vraie, capable de moucher un étourneau à vingt mètres.
Je fus déçu. Un étourneau, c'est moche, c'est petit et ça n'est pas bon. Ça sent les fourmis. Il se fâcha. Il avait dit un étourneau comme il aurait dit une mésange ou une vache, quelle importance ? Il rectifia quand même et dit un faisan. Tout le monde siffla d'admiration en se frottant les mains. Mais trêve de supputations, il fallait qu'il se remette au travail et qu'on arrête de l'emmerder.
Le soir après souper, il griffonna donc moult croquis, des ronds, des lignes et des carrés, avec des petits chiffres un peu partout.  Il se creusait le crâne en se frottant les cheveux. Ma mère, intriguée par une telle débauche d'activité cérébrale chez un garçon connu pour des préoccupations plutôt prosaïques, jeta quand même un œil sur ses hiéroglyphes. Il dit que c'étaient des calculs pour faire des chaises ; il n'y avait pas de chaises dans cette maison. Que des bancs. Il avait dû dire des chaises comme il avait dit un étourneau. Il aurait tout aussi bien pu annoncer qu'il voulait installer l'eau courante.
Ma mère haussa les épaules et rejoignit dans leurs tourments les bellâtres gominés de son roman-photos.

Comme des soldats d'élite devant les ateliers de construction d'une arme secrète, nous montions tour à tour la garde pendant que le frère, qui avait apparemment résolu tous les problèmes théoriques de la mise à feu, s'échinait sur l'établi, limait, tapait, ajustait. Il sifflait gaillardement aussi, comme un pinson sur branche d'avril. C'était de bon augure : la pratique devait vérifier la justesse des calculs et des griffonnages spéculatifs.
Mais il jurait aussi comme un conducteur de mules et là, je m'inquiétais. Il n'y arriverait pas et comme je le savais d'un caractère ombrageux, je craignais qu'il ne fracasse brusquement son projet contre le mur. Ce qui faillit arriver. Un bel après-midi que j'étais de garde et que j'en avais un peu marre de l'entendre injurier le monde entier, un vacarme épouvantable se fit soudain dans l'atelier du maître.
Je me précipitai. Dans un accès d'irrépressible colère, il avait renversé le lourd établi et les divers outils étaient un peu partout dispersés. Il était hébété et tenait quand même dans ses mains ce qui ressemblait de plus en plus à une carabine. Cela me rassura. Il avait dans son coup de folie penser à préserver l'essentiel.
C'était un coléreux raisonnable, mon frère, pas un romantique.
Cette alternance de radieux sifflements et de ténébreux courroux dura bien deux semaines avant que nous ne soyons conviés à applaudir la prouesse.
Et il faut le dire, c'était une prouesse. Je ne me souviens plus  exactement des détails de la performance technique. Je revois cependant encore aujourd'hui avec émotion et tendresse les pièces détachées utilisées. Faite de bois, la gâchette passait par un trou pratiqué entre la crosse et le porte-canon. Elle rejoignait ainsi un caoutchouc de bocal de conserve fortement bandé, qui retenait un bout de rayon de bicyclette, rigide et que l'inventeur avait pris soin d'affûter comme une aiguille...
Si on actionnait cette détente, le caoutchouc de bocal se libérait comme un ressort et, ce qu'il me faut bien appeler le percuteur, canalisé par une habile rainure, s'engouffrait à l'entrée du petit tuyau d'acier qui tenait lieu de canon.
Voilà à peu près ce qu'avait conçu mon Gastibelza, l'homme à la carabine.
Nous étions émerveillés. Le créateur fit plusieurs essais concluants devant nous. Le rudimentaire mécanisme fonctionnait avec un petit claquement sec et précis.
Il ne manquait plus que l'essentiel : des munitions.

littératureLes premiers effets de surprise et d'exaltation dissipés, il fallait bien que quelqu'un s'en enquît. Timidement d'abord, je montrai du bout du doigt l'orifice du canon. Mon frère prit l'arme à l'envers, mit un œil à l'intérieur, face au soleil, comme dans une lorgnette, et dit que tout allait bien. C'était droit, c'était  lisse à l'intérieur et c'était solide. Je dis que j'étais d'accord, mais encore. Encore quoi ? Il regardait les autres alentour qui opinaient savamment du chef.
Je ne sais pas s'ils faisaient ainsi pour lui signifier qu'il disait vrai ou pour l'encourager à me répondre. A bout de patience, je le pris franchement à partie et demandai s'il avait construit une sorte de massue, si le canon était un manche et la crosse un assommoir, ou s'il avait voulu faire une vraie carabine. Auquel cas, il faudrait mettre dans ce foutu canon des balles ou des cartouches. Sans quoi, il n'était pas prêt de moucher un étourneau à vingt mètres. Pas même à dix centimètres.
Il baissa la tête et murmura que j'avais raison. Qu'il y avait pensé. J'en soupirai d'aise mais cela ne me rassura qu'à demi. Il fallait des balles de six millimètres et il n'en avait pas, évidemment, mais il en avait vu au magasin du marchand de vélo, dans des boîtes métalliques, sur des étagères poissées de cambouis.
Nous tînmes conseil. L'affaire était grave car nous n'avions pas un sou et aucun moyen de nous en procurer. Sans un sou, la carabine devenait un objet d'art, une performance d'intellectuel, aussi abstraite que vaine.
L'art pour l'art, ça ne veut pas dire grand-chose chez les pauvres.
Nous enragions, les idées fusaient, des bonnes et des franchement saugrenues, comme celle qui suggéra de mettre ma mère au courant en l'appâtant avec la perspective des merles et des grives qu'elle ferait bientôt rôtir et dont nous allions tous nous pourlécher les babines. Il s'agissait en fait de faire passer la carabine pour un objet à vocation sociale, comme un outil conçu pour être au service du clan. L'idée valait qu'on l'examinât. J'haranguai qu'effectivement le premier homme qui avait taillé un silex en pointe de couteau capable d'égorger une proie et de la découper, n'avait pas gardé par-devers lui le fruit de son génie. Il s'en était ouvert à ses frères et la communauté tout entière en avait profité.
Les miens, de frères, ils étaient inquiets et renfrognés. Ils fronçaient les sourcils. Peut-être que mon argumentation était trop évocatrice et qu'ils s'imaginèrent un instant vêtus d'une peau de bête, accroupis dans une grotte sombre et humide, en train de mâchouiller un moineau cru.  Ils rejetèrent violemment la proposition.
Je me rangeai finalement à leur avis. Pour séduire ma mère avec trois ou quatre merles à rôtir, il eût fallu lui amener sur un plateau, pas sur une promesse. Le délit d'armurier était trop grave, et puis, elle disait souvent qu'il n'y a que les imbéciles pour faire cuire les œufs dans le cul d'une poule. Alors, dans le cul d'un merle...
J'étais impatient. Je voyais aussi que le désespoir allait conduire les conspirateurs à abandonner l'affaire et qu'ils allaient s'en retourner raisonnablement à leurs frondes. Je pris donc ma décision et annonçai que si quelqu'un venait avec moi, j'allais ramener des balles. La cacophonie des suggestions s'interrompit. On m'entoura. Je devais avoir trouvé la solution dans quelque livre ou alors j'avais appris quelque chose à mon collège. Après tout, c'était moi le savant. On me bouscula et on me pressa de m'expliquer.
Je pointai l'index sur Gastibelza soudain médusé. Je fis un long discours selon lequel quand on entraînait les autres dans un rêve, il fallait aller jusqu'au bout, ne pas les abandonner, pantois, au bord de la route. Nous, nous ne lui avions rien demandé. Il nous avait alléchés et séduits avec son histoire d'arme à feu et d'étourneau mouché à plus de vingt mètres. S'il avait été capable d'imaginer une carabine dans sa tête, il aurait dû, avant de se vanter comme un coq juché sur ses ergots, être capable de prévoir qu'il aurait forcément besoin de cartouches. Sinon, il était bête comme un âne ou malhonnête comme un bandit ! Alors, j'allais crever un pneu du vélo maternel avec une épine du rosier. On recevrait l'ordre d'aller faire réparer. Il allait prendre son courage à deux mains, il allait venir avec moi et pendant qu'il discuterait le bout de gras avec le boutiquier penché sur ses rustines, j'allais mettre une boîte de balles dans ma poche.
Il n'avait plus le choix. Il acceptait et tout allait bien, ou alors je me considérais démis de mon serment, m'en allant de ce pas présenter le fruit avorté de son génie à notre chère maman, en dénonçant bien sûr la complicité coupable de tous les autres. Je ricanai au nez de la petite assemblée épouvantée, coincée entre la peste et le choléra.
Ils savaient bien que j'avais l'esprit d'un voyou. Il l'avait souvent entendu dire par le garde-champêtre, par des voisins dont j'avais pillé le jardin, par notre mère aussi, mais là, ça n'était pas très grave. A eux aussi, elle disait qu'ils étaient des bons à rien quand ils avaient manqué à quelque insignifiant règlement ou planté un rang de poireaux de travers.
Ils savaient que je n'étais pas très ordinaire et que je lisais tout le temps des livres dangereux. Ils n'avaient cependant jamais eu à se plaindre de moi et ils voyaient bien que, tout voyou que je fusse, je leur vouais une loyale tendresse. Ils m'aimaient aussi, à leur affectueuse façon. Bien longtemps après la carabine, l'un d'entre eux, voulant me protéger comme l'ours de la fable son maître, avait écrit à un juge d'instruction avec qui j'avais quelque maille à partir qu'il ne fallait pas être trop sévère avec moi, que j'étais un anarchiste. Dans sa tête, ça devait résonner comme une espèce de circonstance atténuante. Il avait été content, le magistrat !
Pour l'heure, je les avais littéralement assommés. Ils se virent tous en prison pour l'éternité, par ma faute, certes, mais surtout par la faute de ce sacripant avec son idée burlesque de carabine et sur le râble duquel ils tombèrent à bras raccourcis. Ils poussaient des cris, proféraient des injures et menaçaient de le frapper durement.
Saisissant la carabine, je les mis en joue. Ils oublièrent jusqu'à l'objet même de notre dispute puisqu'ils poussèrent des supplications d'effroi, certains se cabrant en arrière, protégeant leur visage de leurs bras repliés, les autres levant carrément les mains en l'air. Je les traitai de poules mouillées, de femmelettes et, outrage suprême récupéré dans la cour du collège, de pédérastes.
Ces arguments massus firent une grosse impression. On consentit à m'écouter à nouveau, à faire des mines intéressées, à poser des questions, à émettre des phrases et à faire des moues de connaisseurs, comme pour dire que oui, le coup était jouable. Après tout, ce n'était pas de notre faute, si nous n'avions pas d'argent. Les autres, eux, ils en tuaient des centaines de grives et des lapins et des pigeons. La voisine, tiens, cette vieille bigote, elle avait même fait du pâté de lièvre ! C'étaient tous des hypocrites, des égoïstes et des fesse-mathieux, comme disait notre mère.
Je les tenais. Je dus les arrêter avant qu'ils ne proposent d'assommer le marchand de cartouches, réparateur de vélo.

Ce fut la première volerie que je fis dans ma vie. Tout se passa comme je l'avais exactement prévu, tant et si bien que mes frères, même les plus grands, me vouèrent dès lors une admiration craintive. Jamais, même avec le recul de l'âge, quand on s'aperçut que faire une carabine n'était pas un crime mais un amusement dangereux de garnements, jamais, même quand ils ne risquaient plus les foudres maternelles, ils ne me dénoncèrent auprès de qui que ce fût.
Peut-être étaient-ils eux-mêmes, au bout du compte, des voyous qui s'ignoraient.
En tout cas, ils avaient de l'honneur. Sur le cours tourmenté de mon existence, j'ai rencontré bien des honnêtes gens qui n'étaient pas animés du même esprit de loyauté.
Et nous en fîmes, des parties de chasse clandestines avec notre carabine, le long des haies d'érables que faisait danser le souffle de l'hiver ! Elle fonctionnait bien, les balles volées sifflaient aux oreilles des moineaux mais il ne fallait pas viser là où l'on voulait atteindre. Il fallait décaler beaucoup son point de mire, pointer à gauche pour espérer toucher à droite et vice-versa.  Comme avec les frondes, je ne vis que quelques plumes ébouriffées, moqueuses,  s'envoler au vent.

Il y a bien longtemps que je n'entends plus le timbre de vos voix, les coups de vos marteaux et les lames de vos scies, créateurs histrions de mes primes années !
Notre monde est mort. Nous sommes en exil, mais je vous porte en moi, très loin en moi. Je vous porte en moi plus sûrement que si nous nous étions usé le bec à vouloir nous dire. Nos mots ne se seraient jamais rencontrés ; nos silences ont été plus édifiants. Hélas, il était bien tard quand j'ai su lire ce besoin de vouloir en découdre avec la matière, ce besoin de dessiner son âme sur les choses, moi qui voulus toute ma vie en découdre avec les mots, avec les gammes, les contraindre à  faire du monde, mon monde.
Vous ne cherchiez pas autre chose au bout de vos pointes rouillées et votre poésie était aussi auguste que prétendait être la mienne. Eusse-je été un poète, que je l'aurais entendue comme telle !
Rien n'est jamais perdu cependant. La course du soleil dans le ciel de notre vie est celle du grand mouvement des choses. Il y a deux équinoxes et deux solstices. Vivre sa vie d'homme en homme, plutôt qu'en instrument, n'est-ce pas comprendre lequel de ces deux équinoxes et de ces deux solstices annonce le réveil de la lumière et l'autre avertit du retour des ténèbres ?
Il n'était donc pas trop tard pour vous reconnaître tous poètes sans lecteurs et sans postérité.

Le silence des chrysanthèmes

05:00 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature |  Facebook | Bertrand REDONNET

Commentaires

Un texte très beau, très émouvant.

Frères, sœurs et mère ne seront pas sans lecteurs ni postérité, tu en as fait des personnages de roman, c'est comme si nous les connaissions.

Écrit par : Michèle | 05.05.2014

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Merci, Michèle. J'aimerais bien un jour re-proposer "Le Silence des chrysanthèmes" à un éditeur... Graver tout cela dans un livre.

Écrit par : Bertrand | 06.05.2014

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"vivre sa vie d'homme en homme et non en instrument"; à mon sens , c'est de plus en plus ardu; il serait profondément injuste que ce "silence" ne soit pas édité et tombe dans l'oubli

Écrit par : Emery Anne-Marie | 06.05.2014

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Bonjour Anne-Marie,

Hélas, oui, de plus en plus ardu. Pas tant pour nous autres qui sommes déjà un peu passés, mais pour les chemins qui s'ouvriront après nous.

Écrit par : Bertrand | 06.05.2014

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