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jeudi, 06 mars 2008

Merde !

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 J’ai toujours vécu ma condition de rebelle à la recherche d’un guide, naviguant d‘un pôle à l’autre de cette dialectique, de la poule à l’œuf et de l’œuf à la poule.

Et j’entends déjà aller bon train les commentaires de ceux qui refont leur voyage à l’envers.

Car parmi la foule d’imbéciles que j’ai eu à côtoyer, je crois que les plus ennuyeux ont bien été ceux qui se prévalaient de posséder quelque vertu d’intelligence en matière de psychanalyse. Il n’y a pas plus névrosé qu’un chercheur de névroses, un peu comme un alcoolique qui se piquerait d’œnologie.

Des gens comme moi, car il y en a des kyrielles, si vraiment on veut se distraire à les comprendre, ne doivent pas être abordés par le biais de la psychanalyse, toujours mielleusement thérapeutique, mais plutôt par celui de l’ethnologie.
Nous sommes une ethnie à part.
Nous n’avons pas appris de croquis unique, nous avons entendu des milliers de voix qui, toutes, revendiquaient savoir le monde et prétendaient devoir nous l’enseigner. Nous avons dû choisir, rejeter définitivement ou bien repousser pour un temps avant de nous raviser pour élire et enfin, laisser tout cela de côté pour ne nous pencher que sur nous-mêmes.
Tels les poètes vaincus des mythologies du ciel, nous sommes empreints d’une certaine métaphysique. Nous serions plutôt des panthéistes, jamais nous n’avons pu concevoir l’idée d’un dieu unique. Père écrit avec un grand P nous arrache des cris d’indignation. D’ailleurs, tout ce qui se veut unique est pour nous forcément suspect et entaché de perfidie totalitaire.
Nous  n’avons jamais sucé le lait lénifiant des règlements absolus et des certitudes accomplies, qu’elles soient suavement célestes ou doctement matérialistes.
Nos choix ne sont que rarement et brièvement cornéliens, pas de stances de Rodrigue chez nous,  car la raison, quand il lui arrive de vouloir s’imposer, plie le plus souvent le genou devant la passion. Nous conduisons à vue, sans instrument, et n’apercevons les obstacles que lorsque notre corps et notre âme viennent à se disloquer dessus.
Nous ne sommes donc pas des êtres libres, mais des êtres assujettis à leur volonté de vivre.
Nous possédons toutefois sur tous les autres ce délectable privilège de ne pas préjuger de la justesse de nos intentions. Avoir raison ou tort ne signifie d’ailleurs pas grand-chose pour nous, tel qu’entendu dans le commerce courant des hommes. Nous n’avons le sentiment d’avoir réellement tort qu'au passé,  lorsque nous nous sommes trahis nous-mêmes, lorsque nous avons été amenés, pour un temps claudiquant, à nous prostituer devant quelque valeur objective d’un monde qui n’est ni à nous, ni en nous.
Nous ne redoutons pas d’être contradictoires, nous savons que nous le sommes. La cohérence nous paraît être une trop lourde tâche pour nos épaules et nous effraie.
Et nous sommes ainsi non pas parce que notre enfance intime fut ceci ou fut cela, que nos lésions sont là plutôt qu’ici, profondes ou légères, que l’onde de nos premiers chocs tarderait à s’adoucir...Foutaises que tout cela !
Nous sommes ainsi  parce que nous avons grandi dans une société, dans un clan, aux sentiments néolithiques.
Nous sommes aujourd'hui de la diaspora des orphelins et, loin de nous en dépiter, nous nous en nourrissons, nous nous abreuvons de mélancolie, nous nous délectons de nos promenades de manants.
Nous ne disons pas seulement Merde à Dieu mais aussi à tous les hommes capables d'entendre.
L'état pitoyable du monde, le mensonge et ses fioritures, la noire bassesse des desseins humains, nous savons tout ça depuis notre premier vagissement.
Les fleurs de nos berceaux étaient bardées d'épines.
Nous ne jouons donc pas les ingénus effarouchés de la révolte.
Notre dégoût est ailleurs.
Et notre joie de vivre encore plus loin, beaucoup plus loin que cet ailleurs. 
 
Le silence des chrysanthèmes 

 

Commentaires

"Je suis de race inférieure de toute éternité."

Arthur Rimbaud, Une saison en enfer.

Ecrit par : Feuilly | jeudi, 06 mars 2008

L'ensemble de ce texte me fait un peu penser à ce qu'aurait pu dire Maldoror, avant de s'enrouler dans sa cape et de fondre dans la nuit sans fin.
Très intéressant, il est évident que je repasserai par ici.
Salutations.

Ecrit par : Mike B. | jeudi, 03 avril 2008

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