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vendredi, 26 octobre 2007
Les hommes boivent
Peut-être parce qu’ils sont tous des artistes à qui on a volé les outils, ou du moins à qui on a pas tendu les bons, peut-être aussi, tout simplement, parce que ça ne leur plaît pas d’être des hommes et que d’autres, à qui ça ne plaisait sans doute pas beaucoup plus, ont voulu trop tôt leur faire partager leur fardeau d’homme, leur ôtant d’autorité le lait de la bouche.
Alors ils tètent, à la recherche d’un paradis à jamais perdu, à peine entrevu, si peu qu’ils s’engouffrent en sens inverse, directement en enfer.
Je n’ai jamais pu croiser un homme qui chancelait sous un pont, sur un banc, dans la rue et dans la nuit, le cerveau en dormance sous des vapeurs d'eau-de-vie, sans me demander quel mal pouvait bien ronger l’intimité de ses entrailles.
Je n’ai jamais pu croiser un homme qui chancelait sous un pont, sur un banc, dans la rue et dans la nuit, le cerveau en dormance sous des vapeurs d'eau-de-vie, sans me demander quel mal pouvait bien ronger l’intimité de ses entrailles.
J’ai pourtant bu moi-même toute ma vie et j’ai aimé boire, vraiment.
Alors quel tourment m’a rongé ? Je n’en aperçois et n’en ai toujours aperçu que les symptômes, sorte de mélancolie, instabilité sociale et amoureuse, inconduite et autres marginalités, comme lorsqu’on a mal aux dents. En fait, on devrait dire mal à une dent. Je n’ai jamais vu un homme souffrir de ses trente deux dents à la fois. Le bougre en serait mort de douleur, assurément. On dit avoir mal aux dents parce qu’on ne sait jamais précisément laquelle est malade. On souffre terriblement de quelque chose d’imprécis, quelque part dans la bouche, sur les mâchoires.
Un mal qui irradie.
Alors peut-être ai-je arrosé ce mal, pour inonder la bouche et faire taire la carie. A dire vrai, je ne sais pas.
En tous cas, je n’ai jamais voulu être de ceux qui semblent n’avoir pas mal. Ils sont pour la plupart d’affligeants coquins. Tous ceux que j’ai vu jeter la pierre au buveur étaient intoxiqués à de bien plus pernicieux élixirs, des quintessences grossières et qui ne troublent pas la hiérarchie de la meute.
En tous cas, je n’ai jamais voulu être de ceux qui semblent n’avoir pas mal. Ils sont pour la plupart d’affligeants coquins. Tous ceux que j’ai vu jeter la pierre au buveur étaient intoxiqués à de bien plus pernicieux élixirs, des quintessences grossières et qui ne troublent pas la hiérarchie de la meute.
Le plus souvent, ils avaient les dents pointues, des petits rires sans objet ni musique et l’œil éteint, gelé par des vérités tellement commodes qu’on peut aussi bien se réclamer de l’envers que de l’endroit.
Des évidences comme les choux.
sans queue ni tête.
Extrait d'un manuscrit entassé parmi d'autres dans les tiroirs "Le silence des chrysanthèmes"
Photo : La forêt polonaise
13:57 Publié dans Acompte d'auteur | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : litterature




Commentaires
Les hommes boivent par peur des femmes ...
Ecrit par : Tietie007 | jeudi, 01 novembre 2007
Voila qui est d'une simplicité déconcertante...Et les femmes qui boivent, elles ont peur de quoi ? D'elles-mêmes ou des hommes ?
Mais il est vrai que nous vivons dans un monde où tout le monde fait peur à tout le monde. Ceci dit...bof...
Ecrit par : Redonnet | vendredi, 02 novembre 2007
Voilà le deuxième extrait du " Silence des chrysanthèmes" que je lis dans l'entreprise depuis une heure de relecture systématique de tous vos textes sur ce blog.
Primo, je me dis que "Le silence des chrysanthèmes" et autres manuscrits, va falloir qu'ils sortent des tiroirs et de chez les éditeurs papier (c'est commencé).
Deuxio, on est avec le numérique dans une sacrée aventure. Dire que j'aurais pu ne rien connaître de la route (d'écriture) de ce jeune potache qui se détourna des chemins balisés. J'en ai froid...
Tertio. Je n'ai pas fini ma lecture, alors je dirai ailleurs...
Ecrit par : michèle pambrun | lundi, 04 août 2008
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